La liberté guidant le peuple vandalisée à Lens pour des motifs mystérieux

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Une déséquilibrée ou une obsédée du 11 septembre: les enquêteurs cherchaient vendredi à éclaircir les motivations d'une femme gardée à vue pour avoir écrit au feutre un mystérieux "AE911" sur le tableau de Delacroix "La Liberté guidant le peuple" au Louvre-Lens.

Cette inscription au feutre noir de 30 centimètres de long sur six centimètres de haut a pu être "intégralement retirée" par une restauratrice, sans atteindre l'intégrité de l''uvre, a indiqué vendredi en début d'après-midi le musée.

Cet incident, le premier depuis l'ouverture le 12 décembre du Louvre-Lens, n'a donc pas endommagé le chef-d''uvre de Delacroix.

Le travail de la restauratrice s'est fait sur place, en un peu moins de deux heures. L''uvre et la Galerie du Temps, principale salle d'exposition du Louvre-Lens, fermée au public vendredi, seront de nouveau accessibles au public dès samedi matin.

"Est-ce qu'il s'agit d'une personne qui a agi sous l'emprise d'un délire quelconque ou est-ce qu'il s'agit d'une revendication quelconque '", s'est interrogé le procureur de Béthune, Philippe Peyroux, à propos de cette femme de 28 ans, domiciliée dans le Pas-de-Calais, dont il n'a pas communiqué l'identité.

Le magistrat s'est borné à indiquer qu'elle était sans emploi, titulaire d'un master et poursuivant des études, et qu'elle était inconnue de la justice jusqu'à jeudi soir.

L'inscription AE911 renvoie sur internet vers un site faisant écho aux thèses conspirationnistes sur les attentats du 11 septembre et comportant une pétition "exigeant du Congrès américain une enquête véritablement indépendante" sur ces attentats.

Selon une source proche de l'enquête, la jeune femme a dit aux enquêteurs qu'elle soutenait l'association "Architects and Engineers for 9/11 Truth". Elle explique que les tours jumelles ont été détruites par des explosifs lors d'une démolition programmée.

La jeune femme alterne propos cohérents et d'autres plus nébuleux. Ainsi, elle a indiqué clairement qu'elle savait à quoi elle s'exposait en faisant ce qu'elle a fait. Elle s'est en revanche révélée beaucoup plus incohérente sur les mobiles de son acte, selon cette source.

Son domicile a été perquisitionné. Une expertise psychiatrique est prévue dans l'après-midi.

Peu avant 18H00 jeudi, la visiteuse, appréhendée par un agent de surveillance aidé d'un visiteur, a été interpellée avant d'être placée en garde à vue au commissariat de Lens.

Elle y était toujours interrogée vendredi par les enquêteurs de la sûreté départementale du Pas-de-Calais.

Pour dégradation d'un objet culturel confié à un musée, la jeune femme encourt sept ans de prison et 100.000 euros d'amende.

L'inscription, "superficielle", "est restée en surface du vernis sans atteindre la couche picturale", a indiqué le musée, ajoutant que "des mesures de renforcement de la sécurité sont mises en 'uvre pour pallier tout risque dans les jours à venir".

Le tableau était protégé, avant l'incident, par une barrière de mise à distance, soit le même dispositif que celui mis en place lorsqu'il était exposé au Louvre à Paris.

Incarnée par une fille du peuple à la poitrine dénudée et coiffée du bonnet phrygien, l'allégorie de la Liberté, toile de 3,25 m de large sur 2,60 m de haut, a été peinte par Eugène Delacroix, peu après les Trois Glorieuses, l'insurrection populaire des 27, 28 et 29 juillet 1830 à Paris.

Vendredi, devant le bâtiment de verre, quelques touristes belges fatalistes gardaient leur sens de l'humour.

"On vient de Belgique, cela fait un long déplacement pour ne rien voir", a déclaré Jean-Pierre Vandermeulen, Bruxellois, venu avec une dizaine d'amis.

Depuis son ouverture officielle, le Louvre-Lens a accueilli plus de 205.000 visiteurs.

D'autres incidents de ce type ont touché d'illustres musées, comme le grand frère parisien du Louvre-Lens, où la Joconde de Vinci avait été la cible d'un jet de tasse de thé en 2009, heureusement sans conséquence.

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