La liberté de la presse de nouveau mise à mal en 2013

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LA LIBERTÉ DE LA PRESSE SE DÉGRADE, SELON REPORTERS SANS FRONTIÈRES
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE SE DÉGRADE, SELON REPORTERS SANS FRONTIÈRES

PARIS (Reuters) - La liberté de la presse s'est fortement dégradée en 2013 dans plusieurs pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis, victime de la lutte contre le terrorisme, selon le classement mondial annuel établi par l'ONG française Reporters sans Frontières (RSF) publié mercredi.

Sur les 180 pays passés en revue, la Finlande, les Pays-Bas et la Norvège constituent une nouvelle fois le trio de tête des pays les plus respectueux de la liberté de la presse tandis que le Turkménistan, la Corée du Nord et l'Érythrée demeurent les "pires trous noirs" de l'information.

Sans surprise, les pays en guerre se retrouvent dans la deuxième partie du classement, quand ce n'est pas en queue de peloton, à l'image de la Syrie, théâtre d'une guerre civile sanglante depuis mi-mars 2011, (177e place).

"Les journalistes représentent des cibles pour le gouvernement de Bachar al Assad comme pour les milices extrémistes rebelles", note l'ONG.

Quatre journalistes français sont actuellement retenus en otages depuis juin 2013 en Syrie : Didier François, Edouard Elias, Pierre Torrès et Nicolas Hénin.

En Afrique, le Mali, où la France est intervenue début 2013 aux côtés des forces maliennes contre des groupes djihadistes armés, poursuit sa chute pour atteindre la 122e place.

La France cède une place et occupe dorénavant le 39e rang, derrière l'Allemagne (14e, +3) et le Royaume-Uni (33e, -3).

Victime collatérale des conflits et des guerres, la liberté de la presse pâtit également de "l'argument sécuritaire utilisé abusivement par certains gouvernements pour restreindre la liberté de l'information", relève RSF. "Invoqué trop facilement, la protection de la sécurité nationale empiète sur les acquis démocratiques."

A l'image des Etats-Unis, qui passent à la 46e place, soit 13 de moins, pour leur "chasse aux sources et aux lanceurs d'alerte" à l'issue d'une année marquée par les révélations d'Edward Snowden sur les programmes de surveillance américains.

L'ancien consultant de l'Agence de sécurité nationale (NSA) a été inculpé d'espionnage et s'est réfugié en Russie.

Le Royaume-Uni, qui s'est illustré par ses pressions sur The Guardian, marche dans les pas des États-Unis, estime l'ONG, qui s'inquiète également de la situation en Turquie (154e) ou en Israël (96e), où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, les gouvernements rognent sur la liberté de la presse.

SITUATION PRÉOCCUPANTE

En France, la décision rendue en juillet 2013 par la cour d'appel de Versailles est responsable de la dégradation.

La justice avait ordonné au Point et à Mediapart de retirer de leurs sites internet les retranscriptions des enregistrements pirates réalisés chez Liliane Bettencourt, une décision qui constitue une "grave violation de la liberté de la presse", estime RSF.

Le Guatemala a également connu une forte dégradation de la liberté de la presse, avec un doublement du nombre d'agressions de journalistes par rapport à l'année précédente et quatre assassinats. Le pays occupe désormais la 125e place (-29).

Même tendance observée au Kenya (90e, -18) ou au Tchad (139e, -17), ou encore en Grèce (99e, -14), touchée par une crise économique et les "poussées de fièvre populiste".

La situation demeure préoccupante en Egypte (159e) où si la destitution du président Mohamed Morsi par l'armée a libéré une partie des médias, elle a dans le même temps provoqué "une chasse aux journalistes proches des Frères musulmans".

Quant à la Russie, qui accueille actuellement les Jeux Olympiques d'hiver à Sotchi, elle occupe la 148e place (+1).

L'Afrique du Sud gagne quant à elle 11 points et grimpe à la 42e place avec la décision du chef de l'Etat Jacob Zuma de ne pas signer une loi jugée liberticide pour la presse.

Sept indicateurs sont pris en compte par Reporters sans Frontières pour établir ce classement : le niveau des exactions, l'étendue du pluralisme, l'indépendance des médias, l'environnement et l'autocensure, le cadre légal, la transparence et les infrastructures.

Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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