La justice pointe le défaut de maintenance pour Brétigny

le
1
LA JUSTICE POINTE LE DÉFAUT DE MAINTENANCE ET LE DÉLABREMENT DE LA VOIE DANS L'ACCIDENT DE BRÉTIGNY-SUR-ORGE
LA JUSTICE POINTE LE DÉFAUT DE MAINTENANCE ET LE DÉLABREMENT DE LA VOIE DANS L'ACCIDENT DE BRÉTIGNY-SUR-ORGE

PARIS (Reuters) - Les experts judiciaires chargés d'examiner les circonstances de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge mettent en cause l'état de délabrement de la voie et un défaut de maintenance, a déclaré lundi le procureur de la République d'Evry (Essonne).

Une centaine de défauts "visibles" et "critiques" antérieurs à l'accident ont été relevés sur l'aiguillage, notamment la rupture d'une pièce métallique qui a entraîné le déraillement du train, a précisé Eric Lallement.

Le magistrat présentait les conclusions des rapports d'expertise ferroviaire et métallurgique commandés par la justice, dont des extraits ont été publiés dimanche et que la SNCF comme Réseau ferré de France (RFF) contestent.

Un train Intercités transportant 385 passagers avait déraillé le 12 juillet 2013 à son entrée à vive allure dans cette gare de l'Essonne, en banlieue parisienne. L'accident avait fait sept morts et une trentaine de blessés.

A ce jour, 117 personnes se sont portées partie civile, a précisé Eric Lallement lors d'une conférence de presse.

L'enquête a établi les causes de l'accident et les juges d'instruction vont entamer une seconde phase d'investigations pour "identifier les responsables", a-t-il précisé.

La justice doit notamment étudier le partage de responsabilité entre la SNCF et RFF, l'exploitant des réseaux ferroviaires français, pour l'entretien des voies.

Le magistrat a jugé prématuré de dire si des poursuites pourraient être engagées pour "mise en danger d'autrui".

UNE FISSURE REPÉRÉE DÈS 2008

Un rapport du Bureau d'enquêtes sur les accidents terrestres (BEA-TT) publié en janvier avait déjà mis en évidence le rôle joué par la fissure d'un rail ainsi que la défaillance de la maintenance dans le déraillement.

Selon Eric Lallement, cette fissure avait été repérée dès 2008 "à l'occasion d'une inspection".

Dans l'un des rapports, deux ingénieurs concluent qu'il ne s'agit pas d'un acte de malveillance mais d'un processus de désagrégation matérielle qui s'est "étalé sur plusieurs mois".

La rupture, cause du déraillement, est due à des "dommages relevant de la qualité et de la maintenance", affirment-ils.

Les experts jugent également "inadaptées" et "insuffisantes" les prescriptions actuelles de la SNCF en matière de maintenance, dont ils mettent en cause l'organisation.

Dans un communiqué commun, la SNCF et RFF "contestent formellement tout 'état de délabrement' du réseau à Brétigny comme ailleurs" et certains éléments rapportés d'une des expertises "paraissent hors de proportion et hors de fondements techniques".

"Le réseau ferroviaire français fait l'objet d'une maintenance de très haut niveau et d'une surveillance constante qui exclut l'expression outrancière 'd'état de délabrement jamais vu'", écrivent-elles, ajoutant que ces deux rapports, qui s'ajoutent à d'autres constatations, feront l'objet d'un débat contradictoire devant la justice.

"Cette expertise qui est accablante vient confirmer ce que nous savions et dénoncions depuis longtemps", a dit Willy Colin, porte parole de l'Association des voyageurs usagers des chemins de fer (AVUC) à Reuters.

Valérie Pécresse, conseillère régionale UMP, a de nouveau réclamé un audit sur l'état du réseau en Ile-de-France "compte tenu de la gravité des anomalies constatées et de la convergence d'analyse entre les différents experts mandatés".

Tout en jugeant excessive la généralisation à l'ensemble du réseau des dégradations relevées à Brétigny, la fédération CGT des cheminots met en cause la "recherche effrénée d'économies à réaliser, au détriment du service public et de la sécurité".

"La politique irresponsable du tout 'business', menée depuis de trop nombreuses années et combattue par la CGT à tous les niveaux de l'entreprise, conduit inéluctablement à des dégradations", écrit-elle dans un communiqué.

(Gérard Bon, avec Mourad Guichard à Orléans)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • titide le lundi 7 juil 2014 à 17:59

    on voit bien qu'il n'y a plus d'entretien à la SNCF en dehors de voies TGV. A certains endroits les arbres le long des voies touchent le train au passage.Heureusement que les fenetres ne s'ouvrent plus comme avant.