La justice française referme l'affaire Erignac, 14 ans après

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LE REJET DU POURVOI EN CASSATION D'YVAN COLONNA MET FIN À L'AFFAIRE ÉRIGNAC
LE REJET DU POURVOI EN CASSATION D'YVAN COLONNA MET FIN À L'AFFAIRE ÉRIGNAC

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La justice française a clos mercredi le dossier de l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, au terme de quatorze ans de procédure et cinq procès d'assises qui ont fortement troublé gouvernements, police et justice.

La Cour de cassation, plus haute juridiction du pays, a rejeté le pourvoi d'Yvan Colonna contre sa condamnation à perpétuité pour sa participation directe à l'assassinat, ce qui rend cette sanction définitive.

L'ancien berger de Cargèse et sympathisant nationaliste, arrêté dans le maquis corse après quatre ans de fuite en 2003, a toujours clamé son innocence. Il va saisir la Cour européenne des droits de l'homme, ont annoncé ses avocats.

Trois des cinq procès d'assises de l'affaire ont visé le seul Yvan Colonna. Ils ont tous abouti à le déclarer coupable d'avoir tiré trois balles dans la tête du préfet le 6 février 1998 à Ajaccio, alors qu'il se rendait seul à un concert.

"Ça fait quatorze ans que Mme Erignac avait rendez-vous avec son mari et a retrouvé un corps qui gisait. Enfin aujourd'hui, la décision de condamnation est définitive", a dit à la presse Me Emmanuel Piwnica, avocat de la veuve du préfet.

Me Patrice Spinosi, avocat d'Yvan Colonna, espère toutefois par le recours à la Cour de Strasbourg "permettre à Yvan Colonna de faire valoir une nouvelle fois son innocence devant une juridiction française".

Il ne restera qu'un volet périphérique du dossier à juger en octobre en appel à Paris. Il vise les personnes soupçonnées d'avoir aidé le berger corse lors de sa clandestinité de 1999-2003.

LES AUTRES CONDAMNÉS

Au troisième procès d'Yvan Colonna, le 20 juin 2011, c'est dans un arrêt motivé exceptionnellement par écrit que la cour d'assises spéciale de Paris, uniquement composée de magistrats professionnels, a reconnu coupable le berger, sur la foi notamment de dépositions initiales d'autres membres du commando de tueurs et de certaines de leurs compagnes ou épouses.

Cinq autres membres du commando de tueurs ou participants aux préparatifs, arrêtés en 1999, avaient été condamnés en 2003 à des peines allant de quinze ans de détention à la perpétuité. Certains ont aujourd'hui purgé leur peine et sont libres.

Selon les explications de ces hommes, qui ont reconnu leur participation, il s'agissait en tuant le préfet de refonder le combat indépendantiste jugé dévoyé, par un acte fort censé provoquer un choc dans la population.

L'enquête avait suscité de vives rivalités entre magistrats de la section antiterroriste et services de police, mis au jour par deux commissions d'enquête du Sénat et de l'Assemblée nationale. L'ancien homme fort de la police antiterroriste Roger Marion a été limogé alors que les recherches d'Yvan Colonna marquaient le pas.

Des manoeuvres irrégulières, voire illicites de la police ont été révélées lors des procès. La découverte d'un procès-verbal antidaté a amené l'acquittement en appel de deux hommes condamnés initialement pour avoir commandité le meurtre.

Au plan politique, le préfet nommé en Corse pour rétablir l'ordre, Bernard Bonnet, a fini en prison en 1999 pour avoir ordonné l'incendie de restaurants de plage. Les Corses ont rejeté lors d'un référendum en 2003 une proposition d'autonomie renforcée.

Le FLNC a relancé la violence politique apparue dans les années 1970 sur l'île et jamais vraiment interrompue, avec ces derniers mois une série d'attentats et une "nuit bleue" du 10 au 11 mai. Il y a eu 22 homicides l'an dernier sur l'île, dont certains dans des règlements de comptes entre le groupe criminel appelé "Brise de mer" et le FLNC.

La cour d'assises de Paris vient de condamner le 3 juillet un groupe de poseurs de bombes, dont certains des membres étaient à l'école maternelle quand le préfet Erignac a été tué.

Edité par Gilles Trequesser

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  • docteur7 le mercredi 11 juil 2012 à 12:10

    La famille va enfin pouvoir faire son travail de deuil.

  • bercam01 le mercredi 11 juil 2012 à 10:16

    La justice est enfin passée... Il était temps !