La justice et Taubira au coeur de la bataille électorale

le
0
La justice et Taubira au coeur de la bataille électorale
La justice et Taubira au coeur de la bataille électorale

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La justice redevient un thème majeur d'affrontement entre droite et gauche en France avant les élections législatives de juin, la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs créés sous Nicolas Sarkozy étant au centre du débat.

L'UMP a concentré ses attaques sur la nouvelle ministre de la Justice Christiane Taubira, qui a confirmé dimanche cette promesse de campagne de François Hollande.

Pour la droite, c'est le retour de ce qui est qualifié "d'angélisme" et de "culture de l'excuse" pour les délinquants.

La gauche et les syndicats de magistrats répliquent qu'il ne s'agit que de restaurer un principe constant depuis 1945, qui veut qu'un mineur ne peut être jugé comme un adulte et que l'éducatif prime pour un jeune sur le répressif.

Interrogée sur les attaques dont elle est la cible, Christiane Taubira, qui avait été approchée sans succès en 2007 pour être ministre "d'ouverture", a déclaré mercredi après le conseil des ministres: "Ça en dit davantage sur eux que sur moi. Ce sont mes résultats et mon action qui parleront pour moi".

"Les chiens aboient déjà, que la caravane passe", a renchéri le Syndicat de la magistrature, classé à gauche et qui avait appelé à voter François Hollande.

Après les critiques répétées de Nicolas Sarkozy contre les magistrats et une série de lois pénales très controversées, le monde judiciaire est a priori plutôt favorable au programme défendu par la gauche.

Au pouvoir depuis 2002, la majorité de droite avait fait prévaloir un point de vue selon lequel le traitement de la délinquance était trop laxiste, créé de nouveaux délits et durci les peines encourues dans une trentaine de lois.

LE GOUVERNEMENT SOUTIENT TAUBIRA

Parallèlement, une refonte de la justice des mineurs a été amorcée avec l'idée d'aligner dans certains cas le traitement des moins de 18 ans sur celui des adultes, avec comparution en correctionnelle et non devant un tribunal dit "des enfants", traitement en temps réel et prison plus fréquente.

La gauche et les syndicats de magistrats soulignent que le tribunal correctionnel des mineurs n'a siégé que marginalement et pensent que des juges spécialisés et un traitement spécifique sont plus efficaces pour des délinquants qu'il faudrait d'abord préserver de la déscolarisation et de la désocialisation.

Les crimes et la délinquance violente des mineurs peuvent déjà faire l'objet de prison et de sanctions adaptées dans le système existant, selon la gauche, qui propose de développer pour le reste les centres éducatifs fermés.

"L'ensemble du gouvernement est soudé derrière la ministre de la Justice", a dit mercredi à la presse la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem.

D'autres dossiers brûlants s'annoncent pour la ministre, comme la suppression annoncée des "peines-plancher" minimales pour certains récidivistes et celle, possible, de la "rétention de sûreté", sorte de "prison après la prison" permettant un maintien en détention sans limite de condamnés ayant purgé leur peine mais considérés comme dangereux.

La gauche estime que Christiane Taubira, indépendantiste guyanaise dans sa jeunesse et première femme noire place Vendôme, est choisie aussi comme cible par la droite en raison de son profil et non uniquement du thème judiciaire.

"La violence des attaques dont Christiane Taubira fait l'objet dans la 'réacosphère' depuis sa nomination, de fausses informations en préjugements d'incompétence, de sous-entendus racistes et sexistes en procès d'intention, révèlent une volonté de discréditer d'emblée toute tentative de rompre avec la doxa sécuritaire", écrit le Syndicat de la magistrature.

Le patron de l'UMP Jean-François Copé a participé à la polémique en déclarant mardi que les électeurs qui ont voté pour le Front national, provoquant la défaite de Nicolas Sarkozy, ont entraîné l'arrivée au gouvernement de "Taubira et l'annulation des tribunaux correctionnels pour mineurs".

Avec Sophie Louet et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant