La juge Isabelle Prévost-Desprez relaxée

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BORDEAUX (Reuters) - La juge de Nanterre (Hauts-de-Seine) Isabelle Prévost-Desprez a été relaxée jeudi par le tribunal correctionnel devant lequel elle avait comparu pour "violation du secret professionnel" dans le cadre d'un volet de l'affaire Bettencourt.

Le tribunal n’a pas suivi le ministère public, qui avait requis lors de l'audience début juin une peine d'amende de 5.000 euros, le procureur-adjoint Gérard Aldigé ayant estimé que "la violation du secret professionnel était manifeste", parlant même d'une "atteinte intolérable à la présomption d'innocence".

La présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre était poursuivie pour des fuites à destination des journalistes du Monde Gérard Davet et Jacques Follorou qui avaient mis en ligne un article alors qu'une perquisition au domicile de Liliane Bettencourt était en cours en 2010.

Deux SMS envoyés par la juge à Jacques Follorou, avec lequel elle avait co-signé quelques mois auparavant un livre intitulé "Un juge à abattre", avaient été retrouvés pendant l'instruction sans que leur contenu soit dévoilé.

Isabelle Prévost-Desprez a reconnu l'existence de ces deux messages mais a nié avoir informé les journalistes de la perquisition. Elle a reconnu avoir envoyé l'un d'entre eux pour préciser qu'elle ne se trouvait pas sur place, chez Liliane Bettencourt, contrairement à ce qui était écrit par Le Monde.

Le président Denis Roucou a décrit lors de la lecture partielle du jugement "des coïncidences troublantes" mais sans que cela puisse constituer des "preuves suffisantes".

Isabelle Prévost-Desprez était également accusée d'avoir transmis des éléments du contenu des auditions en juillet 2010 de deux témoins dans l'affaire Bettencourt, ce qu’elle niait.

Le tribunal a estimé que, malgré le nombre importants de ses contacts avec les journalistes, "il ne peut être déduit que le contenu concerne les procès verbaux d’auditions".

L'enquête avait établi que la magistrate avait eu de nombreux échanges avec 18 journalistes ou organes de presse entre le 23 juillet et le 1er septembre 2010.

Isabelle Prévost-Desprez, chargée d'un supplément d'information dans l'affaire Bettencourt, s'intéressait alors aux liens entre la milliardaire et le financement de la campagne électorale de 2007 du futur président Nicolas Sarkozy.

L'ex-chef de l'Etat, mis en examen pour abus de faiblesse au détriment de l'héritière de L'Oréal en mars 2013, a finalement bénéficié d'un non-lieu en octobre 2013.

Le climat qui régnait entre la juge Prévost-Desprez et le procureur de Nanterre Philippe Courroye, qualifié de "délétère" par l'avocat de la magistrate François Saint-Pierre, avait conduit la cour de cassation en novembre 2010 à dépayser l'ensemble de l'affaire Bettencourt à Bordeaux.

Isabelle Prévost-Desprez risquait jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende.

(Claude Canellas, édité par Yves Clarisse)

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