La haute plaisance soigne son luxe à La Ciotat

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LA HAUTE PLAISANCE SOIGNE SON LUXE À LA CIOTAT
LA HAUTE PLAISANCE SOIGNE SON LUXE À LA CIOTAT

par Jean-François Rosnoblet

LA CIOTAT, Bouches-du-Rhône (Reuters) - Sur les ruines d'un des derniers bastions de la construction navale en France, le site de La Ciotat s'est fait une spécialité de l'entretien des méga-yachts au point de devenir le leader européen sur ce marché de niche particulièrement rémunérateur.

L'ancienne cité ouvrière, qui comptait encore 5.000 salariés sur le chantier naval de la Normed, près de Marseille, à sa fermeture en 1988, cajole aujourd'hui les milliardaires.

Avec l'essor des pays émergents, la flotte des yachts de plus de 30 mètres a quasiment quadruplé en trente ans, passant de 1.081 en 1985 à plus de 4.600 aujourd'hui. 

"On compte près de 5.000 yachts en circulation dans le monde, pour moitié basés aux Caraïbes, pour moitié stationnés en Méditerranée", dit Jean-Philippe Mignard, directeur général de Semidep, la société publique gestionnaire du site.

La moitié de ces yachts naviguent régulièrement entre Monaco et Saint-Tropez, à quelques milles de l'ancien bastion communiste, et ne poussent jamais l'aventure au-delà d'un tour de Corse ou de Sardaigne.

Le marché reste pourtant prospère avec 734 unités supplémentaires en construction pour une marge de progression des yachts de luxe de plus de 30 mètres estimée à 15% en 2018.

"C'est un marché qui ne ralentit pas avec un chiffre d'affaires de la grande plaisance en pleine expansion", résume le dirigeant.

Un marché d'autant plus florissant que ces grandes unités sont assujetties à une obligation de contrôle régulier pour la couverture des polices d'assurances. 

On estime qu'un yacht de 40 m nécessite en moyenne 1,3 million d'euros pour sa maintenance annuelle. Pour les unités de plus de 80 mètres, il atteint 5,6 millions d'euros par an.

En moyenne, les sommes allouées pour les travaux sur un yacht de moins de 45 mètres lors d'une escale technique aux chantiers de La Ciotat se chiffrent à 300.000 euros. Elles peuvent atteindre le million d'euros pour une unité comprise entre 40 et 80m, trois millions pour celles de plus de 80m.

TAILLE XXL

L'an dernier, le site a accueilli 400 escales techniques et a procédé à 250 mises à sec pour un chiffre d'affaires global de 90 millions d'euros.

Les 42 entreprises installées sur le périmètre des anciens chantiers navals regroupent les meilleurs artisans du secteur pour satisfaire les exigences de ces clients fortunés. Elles emploient plus de 600 personnes et font travailler 200 sociétés sous-traitantes. 

Les dernières arrivées, au mois de janvier, sont deux poids lourds de l'industrie marine : Alewijnse Marine Systems, spécialiste néerlandais de l'électronique embarquée, et l'entreprise de luxe allemande Oldenburger.

Promis au départ aux aménageurs qui voulaient en faire une simple marina, l'ancien chantier naval est ainsi devenu en une décennie le premier pôle de maintenance et de réparation pour la moyenne et haute plaisance en Europe, un des premiers au monde.

Ses 34 hectares permettent l'accueil à sec d'une cinquantaine de bateaux, contre seulement une dizaine pour le port de Barcelone (Espagne), le principal concurrent du site français avec Gênes (Italie).

Pour maintenir son leadership sur un segment à forte plus-value, La Ciotat se place aujourd'hui sur le marché des yachts de plus de 70 mètres de long, qui peuvent peser plus de 2.000 tonnes. Un programme d'investissement de 100 millions d'euros sur 20 ans a été lancé pour moderniser le site et l'adapter notamment à ces navires particulièrement lourds et difficiles à manier. 

"C'est le segment qui progresse le plus. Pour une centaine d'unités en circulation dans le monde, on en compte 88 en construction ou en commande, et on s'attend à une flotte d'un millier de bateaux à l'horizon 2034", dit Jean-Philippe Mignard.

L'Azzam, qui bat pavillon des Emirats arabes unis, est depuis 2013 le plus grand yacht privé en navigation avec ses 186 mètres de long et son réservoir capable d'embarquer un million de litres de carburant.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • Spartaku le mardi 24 mar 2015 à 15:31

    quand on fait dans l'excellence , ni les salaires ni les charges ne sont un problème .... Arrêtons de fabriquer des chinoiseries plus chères que celles venant de Chine , orientons nous vers le luxe et le haut de gamme ... Les allemands l'ont compris depuis bien longtemps et quelque soit le niveau de l 'euro ils n'ont jamais été en manque de commandes ....