La hausse du prix du tabac ne pèse pas sur la consommation

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INFOGRAPHIE - Près de 30% des Français sont des fumeurs réguliers. La hausse de 6% du prix du tabac est jugée insuffisante par les associations de lutte contre le tabagisme.

A partir de ce lundi, les fumeurs ne trouveront plus un paquet de cigarettes à moins de 5,70 euros chez leur buraliste. L'arrêté ministériel fixant les nouveaux tarifs du tabac est paru samedi au Journal Officiel. Conséquence, le prix des cigarettes est relevé de 6%, tandis que le tabac à rouler grimpe de 9%. Les Marlboro, la marque la plus vendue avec près de 25% des ventes, passera la barre des 6 euros pour la première fois, à 6,20 euros le paquet. C'est la troisième année consécutive que le prix des cigarettes augmente de 6% à l'automne. Une nouvelle hausse est d'ores et déjà programmée pour 2012, à une date non précisée.

Malgré ces relèvements successifs du prix du tabac, près de 30% des Français fument encore régulièrement. Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), les ventes de cigarettes ont tout juste reculé de 0,7% sur les huit premiers mois de l'année, par rapport à la même période en 2010, alors que leur prix a bondi de 5,4%. En 2010, les ventes de tabac avaient légèrement augmenté de 0,1% par rapport à 2009, à 64.759 tonnes. «Les deux augmentations successives de prix de novembre 2009 et 2010 n'ont eu pour effet que de stabiliser les ventes, favorisant au passage la progression du tabac à rouler», note l'OFDT dans son dernier bilan annuel. Alors que les ventes de cigarettes sont restées quasiment stables l'année dernière (-0,3%), celles de tabac à rouler se sont envolées (+4,7%). «Il reste toujours meilleur marché, encourageant probablement une partie des fumeurs à reporter sa consommation sur ce type de produit», décrypte l'organisme.

Autre explication, les achats transfrontaliers ont perdu de leur attrait. Le prix des cigarettes ayant subi une hausse significative en Espagne, les fumeurs français ont été moins nombreux traverser la frontière pour s'approvisionner. Les ventes de cigarettes ont ainsi gagné jusqu'à 7,5% entre 2009 et 2010 dans les départements du sud-ouest de la France. «La tendance à la diminution des ventes provoquée par les augmentations des prix français aurait été contrebalancée par une relocalisation partielle des achats sur le territoire français», avance l'OFDT.

Hausses de prix «négociées avec les fabricants»

Pour les associations de lutte contre le tabac, la hausse de 6% du prix des cigarettes n'est pas suffisante. «Il faut une augmentation de 10% du prix du tabac pour obtenir une réduction de l'ordre de 3,5 à 4% de la consommation», estime Emmanuelle Béguinot, directrice du Comité national contre le tabagisme (CNCT), s'appuyant sur les calculs des économistes. «La hausse des prix est un levier efficace pour faire baisser la consommation de tabac, en encourageant certaines personnes (peu dépendantes, jeunes, etc) à ne pas commencer ou à arrêter de fumer», ajoute-t-on à l'OFDT.

En 2003 et 2004, le plan Cancer du président Jacques Chirac avait été marqué par une hausse spectaculaire du prix du tabac (+39% en trois fois sur un an) et, en conséquence, par un décrochage de la consommation. La tendance s'est par la suite inversée, alors qu'un gel de trois ans de la fiscalité a été décrété fin 2004. «Les hausses de prix sont négociées avec les fabricants», déplore la directrice du CNCT. «Elles ont pour but d'augmenter les recettes de l'État tout en préservant les revenus de l'industrie.» Annoncée fin août par le premier ministre François Fillon dans le cadre des nouvelles mesures de réduction des déficits, la hausse en vigueur ce lundi doit rapporter 90 millions d'euros supplémentaires à l'État d'ici fin 2011 et 600 millions en 2012.

20% du tabac vendu sur le marché parallèle Quant à l'argument selon lequel une hausse démesurée du prix du tabac ne ferait que gonfler les comptes de la contrebande, Emmanuelle Béguinot estime que cette équation est plus complexe. «Sur les 20% de produits vendus sur le marché parallèle, 15% le sont sur le marché transfrontalier, ce qui n'est pas du commerce illicite.» Ces achats non réalisés en France (et donc non taxés) feraient perdre environ 2,5 milliards d'euros de recettes fiscales par an à l'État, selon un rapport parlementaire publié le 5 octobre dernier. Selon l'OFDT, les achats transfrontaliers seraient probablement les premiers à augmenter en cas de hausse brutale de prix. «C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement préfère limiter l'ampleur de la hausse à 6 %», commente l'organisme.

La contrebande, elle, ne représente que 5% du commerce parallèle. Elle s'est par ailleurs stabilisée depuis les années 1990. «La fiscalité n'a donc aucun impact sur le commerce illicite», argue la directrice du CNCT.

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  • ATO510 le mardi 18 oct 2011 à 00:19

    Au delà des hausses, le tabagisme est vécu comme une tare qu'il faut éradiquer, sans alternative possible. D'anciens fumeurs ont pourtant adopter une solution plus saine : la cigarette électronique. Ils partagent leurs expériences sur un forum qui leur est dédié : http://www.forum-ecigarette.com/Ceci n'est pas une publicité commerciale mais une référence à un outil de lutte contre le tabagisme.Cordialement.