La guerre psychologique pré-électorale fait rage

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LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE PRÉ-ÉLECTORALE FAIT RAGE
LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE PRÉ-ÉLECTORALE FAIT RAGE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A moins de trois mois de l'élection présidentielle, la guerre psychologique bat son plein autour de la probable candidature de Nicolas Sarkozy, en quête du "coup" politique ou médiatique qui lui permettrait de recoller au candidat socialiste.

Le président français, à la traîne dans les sondages derrière François Hollande et talonné par la présidente du Front national, Marine Le Pen, entretient un faux suspense sur la date de l'officialisation de sa candidature.

Quand il évoque la campagne, le chef de l'Etat commence volontiers ses phrases par "je ne sais pas si je serai candidat" ou "si je suis candidat". Mais tout, dans ses propos publics ou privés, confirme qu'il briguera bel et bien un second mandat.

Nicolas Sarkozy, en délicatesse avec une presse qu'il est réputé ne pas beaucoup aimer, a consacré samedi près de trois heures de conversation informelle à une opération séduction avec une vingtaine de journalistes, en marge d'un voyage en Guyane.

Les quotidiens représentés ont tiré des conclusions radicalement opposées de ces propos à bâtons rompus qui n'avaient initialement pas vocation à être publiés, le chef de l'Etat ayant exigé que leur caractère "off" soit respecté.

"Face à Hollande, Sarkozy reste serein", titrait mardi en première page Le Figaro, qui ne fait pas mystère de son soutien au président sortant. "Nicolas Sarkozy et l'UMP saisis par la peur de la défaite", affirmait un peu plus tard Le Monde.

Le chef de l'Etat s'est en réalité efforcé pendant tout cet exercice de convaincre ses interlocuteurs de sa détermination et de sa capacité à battre ses rivaux, sans pour autant qu'il soit possible d'en tirer des conclusions sur sa "sérénité".

"VOUS ALLEZ ÊTRE TRÈS SURPRIS"

"Qu'est-ce que je peux vous promettre ? Quelque chose de très différent de 2007, une histoire que vous aurez envie de raconter, où tout semble perdu et où tout renaît", a-t-il ainsi dit aux journalistes présents à Cayenne.

"Vous allez être très surpris. Vous n'imaginez pas la passion qu'il y a dans ce pays, les surprises que les Français réservent, leur lucidité, ce qu'ils pensent de nous. Ils savent qui ment. Le maître mot sera 'authenticité', vous allez voir."

La publication en feuilleton de ses confidences, ces trois derniers jours, aura au moins permis à Nicolas Sarkozy de faire diversion après le premier grand discours de campagne de François Hollande, salué comme un succès, dimanche au Bourget.

Au risque de semer le doute chez ceux de ses partisans qui auront pris au pied de la lettre le "buzz" médiatique sur un "blues" du président. Et d'alimenter le défaitisme qui commence à poindre dans une partie de la majorité.

"C'est la guerre psychologique, ça existe toujours dans les campagnes électorales. La guerre psychologique, c'est d'essayer de démoraliser l'autre", soulignait mercredi sur Europe 1 l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

"Moi, je l'ai vu deux fois hier (...) Je peux vous dire qu'il est en forme, qu'il est serein et qu'il est tout orienté sur les décisions qu'il doit prendre après le sommet social (du 18 janvier). Il réfléchit, il consulte."

Un leitmotiv repris en boucle par les dirigeants de l'UMP et les membres du gouvernement, qui estiment officiellement que le chef de l'Etat n'a pas à changer de stratégie ni à se caler sur le calendrier de ses adversaires.

DOUTES

En privé, nombre d'élus et de cadres du parti présidentiel font entendre une petite musique sensiblement différente.

Certains pressent de nouveau Nicolas Sarkozy d'avancer l'annonce de sa candidature, sans attendre la suspension de la session parlementaire, fin février-début mars.

"Attendre encore deux mois à regarder l'adversaire et à prendre des coups (...) c'est vraiment une faute politique", s'insurge le député UMP Lionnel Luca, chef de file de la Droite populaire, dans Le Parisien.

Tel autre député admet que la dégradation de la note souveraine de la France par l'agence Standard & Poor's, le 13 janvier, a eu un effet "très déstabilisant" - "On est dans un climat différent, depuis la perte du triple A. Ça nous a donné un coup alors qu'on était dans une dynamique plutôt positive."

Un troisième estime que l'intervention du chef de l'Etat, dimanche soir, sur cinq chaînes de télévision, officiellement pour présenter des décisions en matière de lutte contre le chômage, de renforcement de la compétitivité des entreprises, de relance de l'offre de logement et de financement de la protection sociale, sera décisive.

"Il sera intéressant de voir si le curseur bouge dans les huit jours qui suivent. Sinon, on pourra se dire que les carottes sont un peu cuites", estime cet élu.

Lionnel Luca juge a contrario que si Nicolas Sarkozy persévère à proposer des réformes de dernière minute que "personne ne lui demandait", comme la "TVA sociale", se sera une erreur "fatale".

Du côté socialiste, les amis de François Hollande dénoncent une "mise en scène" du chef de l'Etat.

"C'est un exhibitionnisme habituel chez lui", commente ainsi un député socialiste proche du candidat. "Il passe son temps à se mettre en scène (...) Il y a chez lui une forme d'impudeur. Il recommence, ça continue."

"L'UMP veut encore jouer la partition 'Sarkozy ou le néant' mais ça ne marche plus", renchérit un responsable du PS.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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  • mjjmimi le mercredi 25 jan 2012 à 17:57

    Ah le peuple!Je demande: lequel? celui qui de 1789, de 1917,de 1936, de 1940 (en France)s'est toujours fait tout à la fois le complice et la victime.Le "peuple" concept flou et mou comme Mhollande?

  • newwin le mercredi 25 jan 2012 à 17:01

    il faut qu il sorte si ce n espar les urnes ce sera par le peuple

  • marconge le mercredi 25 jan 2012 à 16:39

    Sarko sait très bien qu'il va se faire virer comme un menteur qu'il est. Il attend un miracle des sondages, qui ne viendra pas.