La guerre est déclarée pour les derniers rhinocéros d'Afrique

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LES DERNIERS RHINOCÉROS D'AFRIQUE EN DANGER
LES DERNIERS RHINOCÉROS D'AFRIQUE EN DANGER

par Jon Herskovitz

PARC NATIONAL KRUGER, Afrique du Sud (Reuters) - Cinq jours après sa mort, il ne reste plus du rhinocéros que des ossements dispersés par les charognards. Les braconniers qui l'ont abattu ont probablement franchi depuis longtemps la frontière entre l'Afrique du Sud et le Mozambique avec les précieuses cornes qu'ils étaient venus chercher.

Du bébé rhinocéros, tué en même temps que sa mère, seul subsiste un petit crâne recouvert de mouches, et quelques os dont les enquêteurs de l'unité scientifique du parc national Kruger prélèvent patiemment l'ADN dans l'espoir de pouvoir confondre un jour les braconniers.

Originaires pour la plupart du Mozambique voisin, où ils gagnent à peine de quoi manger, ces hommes se déplacent en petits groupes lourdement armés et revendent leur butin à des réseaux de trafiquants internationaux.

Les cornes terminent leur voyage dans des échoppes chinoises ou vietnamiennes, où les vertus médicinales curatives prêtées à ces excroissances composées d'une matière comparable à l'ongle humain font qu'elles rapportent davantage que l'or.

L'Afrique du Sud, qui abrite la quasi totalité des derniers rhinocéros du continent, a multiplié les initiatives diplomatiques, déployé sa police et même son armée pour tenter d'enrayer le massacre et d'assurer ainsi la survie à l'état sauvage du plus vieux mammifère du monde.

Mais elle est peut-être en train de perdre la guerre: au rythme actuel, plus de 800 rhinocéros seront braconnés cette année, 500 de plus qu'il y a trois ans, l'année où le phénomène a pris de l'ampleur.

"Nous menons désormais une contre-insurrection. La guerre s'intensifie. Elle est plus agressive et il y a davantage de puissance de feu", témoigne Johan Jooste, un ancien général de l'armée sud-africaine qui supervise la formation militaire des "rangers" du parc Kruger, le plus grand du pays.

RISQUE D'EXTINCTION

Si les Sud-Africains n'arrivent pas à inverser la tendance, le nombre de rhinocéros tués pourrait dépasser les 1.000 en 2014 et surpasser ainsi le nombre de naissances annuelles. Un ou deux ans plus tard, selon les estimations, l'espèce atteindrait un seuil critique qui pourrait conduire à son extinction en à peine une décennie.

"Le rythme du braconnage continue d'augmenter et nous approchons dangereusement du point de non-retour", souligne Jo Shaw, qui suit le dossier pour l'organisation World Wildlife Fund (WWF).

Le nombre de rhinocéros abattus en Afrique du Sud a bondi en 2010 lorsqu'un proche d'un ministre vietnamien a déclaré avoir guéri d'un cancer en ingérant de la corne.

Rien ne permet d'appuyer scientifiquement une telle affirmation, mais cela a suffi à provoquer une flambée des prix dans les magasins de médecine traditionnelle de Hanoi. Les rhinocéros ayant déjà été exterminés en Asie du Sud-Est et dans les autres pays d'Afrique, il ne restait aux braconniers que l'Afrique du Sud pour s'approvisionner.

Le parc Kruger, grand comme Israël et plus allongé, est si vaste qu'il n'est pas facile d'y trouver des rhinocéros en se déplaçant à pied, en grande partie de nuit, comme le font les braconniers.

Mais revers de la médaille, il est aussi difficile d'y repérer les criminels, malgré l'appui d'hélicoptères, surtout avant qu'ils ne commettent leur forfait.

BATAILLES RANGÉES

"Quand les braconniers tirent un coup de feu, on les repère et ils doivent repasser la frontière le plus rapidement possible", explique Frik Rossouw, un des inspecteurs environnementaux chargé de l'enquête sur la mort de la mère rhinocéros et de son bébé.

Mais comme dans ce cas, il est généralement trop tard pour les rhinocéros. D'autant que certains fusils à lunette de gros calibre sont désormais équipés de silencieux.

"La corne d'un bébé rhino pèse environ un kilo, mais ça n'arrête pas les braconniers. Pour eux, tout rhinocéros est une cible", déplore Frik Rossouw.

Le travail des inspecteurs est fastidieux. Retrouver une balle dans une charogne n'est ni facile, ni agréable. Mais c'est souvent le seul moyen de faire condamner les personnes arrêtées en reliant leurs armes à un crime particulier.

Les "rangers" et les commandos de l'armée sud-africaine sont assistés dans leur traque par des chiens renifleurs et des hélicoptères, mais ils ont arrêté l'an dernier six fois moins de braconniers que ceux-ci ont tué de rhinocéros. Au prix, parfois, de batailles rangées qui font des victimes des deux côtés.

Si depuis dix ans, une partie des barrières entre le parc Kruger et le parc qui se trouvé du côté mozambicain ont été abattues pour permettre aux animaux de circuler librement entre les deux pays, les appels se multiplient donc en Afrique du Sud pour revenir sur cette initiative.

"On a affaire à des gens très pauvres", souligne Johan Jooste. "Ils sont utilisés comme de la chair à canon et leur nombre est illimité."

Tangi Salaün pour le service français

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  • sidelcr le vendredi 12 avr 2013 à 09:34

    Faudrait faire de même avec nos éléphants français .

  • mlaure13 le vendredi 12 avr 2013 à 09:12

    C'est pas grave...Dans qqs petites décennies...c'est à notre tour, LES HUMAINS, de disparaître !!!...

  • M8603854 le vendredi 12 avr 2013 à 08:53

    Vite, un parc à rhinos à Notre-dame des Landes. On a déjà les éléphants à Solférino.

  • M3182284 le vendredi 12 avr 2013 à 08:51

    importe 10 rhinocéros d'afrique contreexportation de 10 millions d'africains d'europe

  • a.lauver le vendredi 12 avr 2013 à 08:40

    Tout va bien dans ce bas monde...