La "guerre des monnaies", intrus encombrant à la réunion du G20

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LA "GUERRE DES MONNAIES", INTRUS ENCOMBRANT À LA RÉUNION DU G20
LA "GUERRE DES MONNAIES", INTRUS ENCOMBRANT À LA RÉUNION DU G20

par Gernot Heller et Lesley Wroughton

MOSCOU (Reuters) - Elle ne figure pas à l'ordre du jour et ne donnera lieu à aucune controverse au grand jour mais la "guerre des monnaies" est bel et bien le principal sujet de discussion de la réunion du G20 qui débute ce vendredi à Moscou, l'attitude à adopter face à la politique de dépréciation du yen menée par le Japon divisant les participants.

Le groupe des sept principaux pays industrialisés (G7) a bien tenté de désamorcer le sujet dès mardi en publiant un communiqué pour réaffirmer son "engagement de longue date à l'égard des taux de change déterminés par le marché". Mais cette manifestation d'unité n'a tenu que quelques heures, plusieurs responsables reprenant rapidement en coulisse leurs critiques à l'égard du Japon.

La Russie, qui accueille les ministres des Finances et les banquiers centraux du G20 ce week-end, devrait reprendre le discours officiel du G7 dans le communiqué final attendu samedi.

Le "sherpa" russe, le vice-ministre des Finances Sergueï Storchak, a reconnu que la rédaction du communiqué était difficile mais il a assuré que le texte ne pointerait pas du doigt le Japon.

"Il n'y a pas de dévaluations compétitives, il n'y a pas de guerre des monnaies", a-t-il dit à la presse. "Ce qui est en train de se passer, c'est une réaction des marchés à un processus de prise de décision exclusivement interne."

Plusieurs responsables de la zone euro ont critiqué dès leur arrivée à Moscou le débat sur les devises, à commencer par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui le juge "inapproprié, stérile et contre-productif".

"G7 CONTRE G13"

Le communiqué final de la dernière réunion du G20, en novembre au Mexique, incluait un appel à "éviter les dévaluations compétitives de monnaies" qui n'a pas été repris dans le communiqué du G7 mardi, une omission que Tokyo a pu interpréter comme un blanc-seing à sa politique monétaire fondée sur l'utilisation massive de la planche à billets.

Les manoeuvres en cours sur le dossier des changes rappellent les tensions des années 1980, lorsque les accords du Plaza puis du Louvre tentaient de ramener l'ordre dans le système international après la hausse puis la baisse excessives du dollar américain.

Mais aujourd'hui, le débat doit intégrer le poids croissant des pays émergents, devenus des exportateurs et des détenteurs de réserves de change de premier plan.

"Alors que commence la réunion du G20 à Moscou, les lignes de front sont tracées: ce n'est pas tant 'le G6 contre le Japon' que 'le G7 contre le G13'", résume la Société générale dans une note.

Une source haut placée du G20 déclarait jeudi soir que la réunion de Moscou ne déboucherait pas sur un communiqué séparé concernant les changes. Un passage à ce sujet devrait être inséré dans le communiqué final, sans pour autant reprendre l'engagement du G7 à ne pas établir de "de cibles pour les taux de change".

Une telle expression, a expliqué la source, déplairait à la Chine.

VOLATILITÉ

Le yen japonais s'est déprécié d'environ 20% depuis novembre, favorisant la hausse de la Bourse de Tokyo, un mouvement dont le gouvernement de Shinzo Abe espère qu'il permettra à l'économie nippone de sortir de la récession.

Parallèlement, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la zone euro poursuivent des politiques monétaires très accommodantes, caractérisées par des taux d'intérêt historiquement bas et des promesses d'achats massifs d'obligations sur les marchés.

Cette situation a conduit plusieurs pays émergents à exprimer leur crainte de voir la "guerre des monnaies" dévaloriser leurs réserves de change et nuire à leur compétitivité.

Certains jouent néanmoins l'apaisement, à l'instar du ministre mexicain des Finances, Agustin Carstens, pour qui le G20 doit éviter toute rhétorique d'affrontement.

"Si nous entrons dans une vraie guerre des monnaies, cela se traduira au final par une augmentation de la volatilité sur les marchés et par une hausse des primes de risques et personne n'y gagnera", a-t-il dit.

De leur côté, des responsables russes expliquent que le Japon n'est pas intervenu directement sur les marchés pour faire baisser le yen, laissant entendre que Tokyo ne serait pas mis en cause à Moscou.

Le débat sur les changes ne devrait donc pas occulter totalement les discussions sur les déficits publics. Sur ce point, expliquent des sources du G20, les Etats-Unis s'opposent à ce que le Groupe promette de réduire les emprunts publics pour prendre le relais de l'engagement du G20 de Toronto en 2010 d'une division par deux des déficits publics, engagement qui expire cette année.

L'Allemagne et la Banque centrale européenne (BCE) souhaitent un engagement sur l'endettement public afin d'élargir au niveau du G20 la politique qu'ils prônent à l'échelon de la zone euro.

Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny

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