La guerre d'usure menée par le régime syrien fait sentir ses effets

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    par Tom Perry et Suleiman Al-Khalidi 
    BEYROUTH, 20 janvier (Reuters) - Les frappes aériennes que 
la Russie mène depuis le 30 septembre en Syrie n'ont pas 
radicalement changé la donne dans ce conflit qui approche de sa 
cinquième année même si elles ont mis les rebelles sur la 
défensive et permis au régime de Damas de récupérer certains 
territoires dans l'ouest du pays. 
    L'intense pilonnage des avions russes, principalement dans 
la partie occidentale de la Syrie dont le contrôle est crucial 
pour le clan Assad, a fait 3.000 morts, dont 900 membres de 
l'Etat islamique (EI), selon un décompte établi par 
l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 
    Les opposants au gouvernement, qui se sont réunis en un 
conseil chargé de les représenter lors de pourparlers de paix 
qui devraient débuter lundi à Genève, reconnaissent que l'usure 
se fait sentir sur les lignes de front. 
    "La plupart des zones tenues par l'opposition sont sur la 
défensive en raison de la forte mobilisation des troupes russes 
et de l'utilisation d'une importante flotte d'avions avec des 
quantités de munitions illimitées", a commenté Djamil al Saleh, 
commandant d'une unité de l'Armée syrienne libre (ASL). 
    Tout en minimisant les conquêtes accomplies par les troupes 
gouvernementales dans l'Ouest syrien, Saleh reconnaît que 
l'assistance militaire fournie par les pays étrangers soutenant 
la rébellion, tels que l'Arabie saoudite, n'est pas suffisante 
pour faire face aux offensives de l'armée régulière épaulée par 
les Iraniens. 
    Les Saoudiens rechignent pour le moment à livrer aux 
rebelles des armes tactiques comme des missiles antiaériens pour 
assurer leur défense, craignant que ces équipements tombent 
entre les mains de groupes islamistes. 
    La prise de la ville de Salma dans la province de Lattaquié 
a confirmé que l'élan militaire était du côté des forces 
loyalistes tandis que les rebelles étaient contraints de 
reculer. 
     
    COUPER L'APPROVISIONNEMENT VENANT DE TURQUIE 
    Le régime Assad n'ayant jamais montré de dispositions 
particulières pour la négociation, même lorsqu'il était dans une 
position vulnérable, ne devrait pas changer de stratégie au 
moment où il est en passe de reprendre l'initiative, explique 
Noah Bonsey, analyste chez International Crisis Group. 
    Mais, estime-t-il, l'usure se fait sentir dans les deux 
camps et les rebelles rappellent que malgré les récentes 
avancées de l'armée syrienne, celle-ci fait toujours face à un 
problème d'effectif et dépend très largement des soutiens russe 
et iranien. 
    La nouvelle priorité du gouvernement syrien et de ses alliés 
est de progresser dans le nord-ouest de la Syrie en direction de 
la frontière turque afin de couper les voies de ravitaillement 
de la rébellion, estime un commandant du groupe Ahrar al Cham 
    "Ils essaient d'isoler les Syriens à l'intérieur et de les 
couper de la frontière turque", explique l'officier. "Ils ne se 
préoccupent pas des zones situées plus à l'intérieur de la 
Syrie, comme Hama ou autres", ajoute-t-il. 
    Engagés au nord-ouest, les forces syriennes se sont 
également lancées, pour la première fois depuis l'entrée de la 
Russie dans le conflit, dans une offensive dans le sud visant la 
ville de Cheikh al Maskin près de la frontière avec la Jordanie. 
    Sur ce front, la situation est plus mouvante, explique Abou 
Ghiath al Chami, membre du Front du Sud, alliance d'insurgés qui 
fait partie du conseil de l'opposition. "Je vous promets que 
dans la période à venir vous allez assister à quelque chose de 
différent qui surprendra tout le monde en termes d'action 
militaire", affirme-t-il. 
     
    PROGRÈS FACE À L'EI 
    Selon un diplomate occidental, le gouvernement syrien 
souhaite affaiblir le Front du Sud avant d'entamer une 
quelconque négociation. "Je suis surpris que, compte tenu du 
nombre de frappes et du nombre de forces du régime, y compris le 
Hezbollah (libanais) et les bombardements aériens russes, la 
ville ne soit pas tombée", a dit ce diplomate. 
    Dans le centre et l'est de la Syrie, les progrès sont aussi 
perceptibles dans la lutte contre l'Etat islamique qui doit 
faire face aux opérations aériennes américaines et aux 
combattants kurdes au sol. Les troupes gouvernementales sont à 
quelques kilomètres d'Al Bab dans la province d'Alep. 
    Mais l'EI, qui voit baisser ses revenus tirés du pétrole en 
raison de la chute des cours et d'une lutte renforcée contre le 
trafic dans la région frontalière de la Turquie, répond à la 
pression comme il le fait toujours: en ouvrant de nouveaux 
fronts. 
    Les djihadistes ont tué cette semaine de nombreux 
combattants loyalistes lors d'une attaque dans les environs de 
Daïr az Zour, l'un des derniers bastions tenus par le 
gouvernement dans la partie orientale. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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