« La Grèce va-t-elle quitter la zone euro ? » par Anton Brender du Cercle des économistes

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Les conséquences d'une sortie de la Grèce de la zone euro sont plus inquiétantes que chacun ne veut le dire estime Anton Brender.
Les conséquences d'une sortie de la Grèce de la zone euro sont plus inquiétantes que chacun ne veut le dire estime Anton Brender.

Dimanche prochain, 25 janvier, la Grèce organise des élections législatives. Le parti antilibéral Syriza fait figure de favori et s'il venait à remporter le scrutin, s'ouvrirait alors une période d'incertitudes. Selon Anton Brender, cette situation entrainerait d'inévitables effets collatéraux.

Dire si la Grèce va ou non sortir de l'euro n'est certainement pas facile. Les termes du bras de fer qui va s'engager entre Bruxelles et Athènes sont loin en effet d'être totalement fixés. Le choc n'en semble pas moins devoir être frontal. Si, comme le laissent penser les sondages, Syriza est demain au gouvernement, la Grèce demandera sûrement à l'Europe d'alléger le fardeau de sa dette et de desserrer le garrot budgétaire qui a plongé le pays dans la dépression. Sur ces deux points, l'Europe a déjà annoncé qu'elle n'était guère prête à faire de concessions et l'Allemagne a enfoncé le clou en laissant entendre que l'euro pouvait aujourd'hui survivre à une sortie de la Grèce.

Ce qui compte toutefois dans une négociation ce ne sont pas les positions que l'on affiche lorsqu'elle commence, mais la force et la détermination avec lesquelles on les défend. De ce point de vue, l'intransigeance du gouvernement grec dépendra de la lucidité avec laquelle il appréciera les conséquences pour le pays d'une sortie de l'euro. Certes, hors charge d'intérêt, le budget est aujourd'hui pratiquement à l'équilibre.

Mais si demain la Grèce sortait de l'euro et appliquait les mesures annoncées par Syriza, le déficit public aurait de grandes chances de se creuser à nouveau, d'autant que les sérieuses difficultés posées par un retour à la drachme commenceront par freiner fortement l'activité. Financer ce déficit sans enclencher une dangereuse spirale inflationniste ne sera pas facile. Une sortie de l'euro reste pour la Grèce une épreuve qu'aucun gouvernement ne devrait avoir envie d'affronter.

Il en va de même pour l'Union monétaire. Bien sûr depuis 2012, les coûts d'emprunt des autres Etats « périphériques » se sont réduits au point de laisser penser que tout risque de contagion a désormais disparu. Il n'empêche : depuis quelques mois les CDS de l'Espagne et de l'Italie, après avoir profondément baissé, ont commencé à remonter. Que celui de l'Italie soit maintenant plus élevé que celui de l'Espagne montre que les marchés s'interrogent toujours sur la capacité des Etats lourdement endettés et dont l'économie stagne à faire face à leurs engagements.

Si demain la Grèce sort de l'euro, les taux auxquels l'Italie emprunte remonteront brutalement : la dissuasion exercée par la menace d' « opérations monétaires sur titres » (OMT) ne suffira plus et la BCE devra utiliser effectivement le « bazooka »  dont elle s'est doté à l'été 2012. Son maniement ne sera pas facile ... et l'issue de l'offensive est loin d'être certaine !

Pour les deux parties, les conséquences d'un « Grexit » sont plus inquiétantes que chacun ne veut aujourd'hui le dire : le plus vraisemblable est qu'au terme d'une période, sans doute lourde de tensions et de  rebondissements, un compromis finisse par être trouvé. Avec bien sûr le risque que, d'un côté ou de l'autre, un aveuglement politicien ne conduise à préférer l'aventurisme à la raison !

Anton Brender

Anton Brender est chef économiste de Candriam depuis 2002. Il a commencé sa carrière au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales).  Directeur de cet institut en 1990, il rejoint CPR en tant que chef économiste en 1992.  Anton Brender est professeur associé honoraire à l'Université Paris-Dauphine.

Ses principaux domaines d'expertise sont la globalisation financière et les thématiques monétaires et financières.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

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  • EuropeGa le mardi 20 jan 2015 à 17:15

    Les grecs n'ont pas vécu confortablement ! 30 % de baise des salaires et des retraites, c' est loin d'être confortable.

  • ccoudra2 le mardi 20 jan 2015 à 16:02

    Combien de fois il faut restructurer cette dette. A chaque restructuration,, il y a 30% de la dette qui est effacé ... On ne peut pas effacer la dette des grecs pour la beauté de leur yeux. A eux d'assumer leur laxisme pour ne plus recommencer.Il faut que chacun assume ses responsabilités entières dans ce monde. Les grecs ont vécu confortablement sur les aides européennes pendant des années sans payer des impôts, et aujourd'hui ils pleurent parce qu’ils sont endettés.

  • EuropeGa le mardi 20 jan 2015 à 15:30

    Les grecs ont 9000 milliards de réserve de pétrole et de gaz dans la mer Egée. Ceci explique pourquoi les requins sont à la porte et souhaitent que la Grèce vende à vil prix les concessions sur ces réserves. Si la Grèce sort de l'euro, elle se portera très bien.

  • M7018439 le mardi 20 jan 2015 à 13:19

    J'espère,je veux pas payer pour un pays qui ne paye pas ses impots ,vive le travail au noir...

  • M4905181 le mardi 20 jan 2015 à 10:59

    Il faut arrêter de soutenir ce pays qui ne veut pas faire d'effort pour se reformer fiscalement , d'ailleurs nous n'aurions pas dû commencer , il fallait sortir la Grèce de la zone "euro" au départ . Elle ne s'en sortira pas mais pire encore elle va entraîner les autres pays avec elle. De plus nous n'avons pas les moyens d'accorder des allègements ce serait de l'irresponsabilité totale

  • crcri87 le mardi 20 jan 2015 à 03:38

    Il fautdans un tel raisonnement anticiper un petit peu, car si l'on cède aujourd'hui on cédera aussi demain.Sortons la Grèce de l'Euro tant qu'il en est encore temps, c'est à dire tant que c'est encore dans les moyens des autres membres de la zone Euro

  • N041866 le lundi 19 jan 2015 à 19:11

    Les Grecs sont des malhonnêtes !Pas que pour ca d'ailleurs .

  • rodan3 le lundi 19 jan 2015 à 16:11

    cercle merveilleux vu le nombre d'opinions qui ne vont pas dans le même sens ... !! on se croirait en 2008/2009 avec les prophétes d'armagueddon et les incurables optimistes....sans oublier les voyants ( Roubini, Belkhayate et autres pythies)

  • vmcfb le lundi 19 jan 2015 à 16:10

    Pour négocier, il faut être deux. or, la Grèce est seule: deux solutions, 1. payer ses échéances, ou 2. se passer de nouveaux emprunts (pour rappel, la douloureuse laissée au secteur privé est dans tous les esprits). Bonne chance à tous les rêveurs..

  • c.voyant le lundi 19 jan 2015 à 14:21

    çà veut aussi dire que la France tient l'Europe par le Kouil les, et que finalement nous pouvons tout nous permettre face à ceux qui veulent une belle Europe, ou ils crachent au bassinet ou il se mettent un mouchoir sur leurs dettes!