La Grèce se dote d'un gouvernement de coalition

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La Grèce se dote d'un gouvernement de coalition
La Grèce se dote d'un gouvernement de coalition

par Lefteris Papadimas et George Georgiopoulos

ATHENES (Reuters) - Les deux partis qui ont dominé la scène politique grecque depuis le retour à la démocratie en 1974, Nouvelle démocratie et le Pasok, se sont mis d'accord mercredi sur une coalition de gouvernement qui compte renégocier les conditions imposées par le plan d'aide internationale à la Grèce.

Un troisième parti, la Gauche démocratique, soutiendra la coalition entre les conservateurs de ND et les socialistes du Pasok. Le chef de la Gauche démocratique, Fotis Kouvelis, a appelé le gouvernement à "se désengager progressivement des termes de l'accord d'aide qui meurtrit la société" grecque.

Ensemble, ces trois partis contrôlent 179 des 300 sièges de la Vouli, le Parlement monocaméral grec. A eux deux, ND et le Pasok disposent de 162 sièges.

Antonis Samaras, chef de ND, la formation arrivée en tête aux élections législatives de dimanche, sera à la tête de cette grande coalition. Il a prêté serment, mercredi, lors d'une cérémonie en présence du chef de l'Etat, Karolos Papoulias, et de dignitaires de l'Eglise orthodoxe grecque.

"Je suis pleinement conscient du caractère critique de la situation dans laquelle se trouve notre pays actuellement", a déclaré Antonis Samaras après avoir prêté serment.

"Je sais très bien que le peuple grec est blessé et qu'il a besoin de retrouver sa dignité. Je sais que l'économie doit rapidement se redresser pour que la cohésion et la justice sociale soient rétablies", a-t-il ajouté.

Auparavant, il avait été reçu par le président Papoulias, auquel il avait annoncé être en mesure de former un gouvernement. L'attribution des différents portefeuilles faisait encore l'objet de discussions mercredi après-midi, mais, selon un responsable politique, un accord s'est dégagé d'ores et déjà pour que le président de la Banque nationale grecque, Vassilis Rapanos, reçoive le maroquin des Finances.

"Nos efforts ont débouché sur une majorité parlementaire permettant de former un gouvernement qui travaillera dans la durée et ramènera espoir et stabilité", a dit Antonis Samaras au chef de l'Etat.

ÉQUIPE POUR RENÉGOCIER LE PLAN

Après son investiture, le chef de file du centre droit a fait part de son intention de "faire tout ce qui est possible pour sortir le pays de la crise, le plus vite possible".

"Je demanderai au nouveau gouvernement de ne pas ménager sa peine pour proposer au peuple grec un espoir concret", a-t-il ajouté.

Les dirigeants politiques de la coalition ont déclaré qu'une équipe serait constituée pour renégocier les termes du plan d'aide à la Grèce, d'un montant de 130 milliards d'euros, dont le déblocage a été assorti par le FMI et l'Union européenne de conditions de réformes et autres mesures d'austérité.

Evangelos Venizelos, le patron du Pasok, a déclaré mercredi qu'une "grande bataille" s'engagerait à Bruxelles pour renégocier l'accord d'aide, afin que, désormais, il favorise la croissance et permette de contenir le chômage.

"L'élément crucial sera de former une équipe nationale de négociation et de faire en sorte qu'elle réussisse dans sa mission", a-t-il dit à la presse.

Le Pasok soutiendra le gouvernement au parlement, mais l'on ignore pour l'heure s'il aura des ministres.

Selon certains médias, Evangelos Venizelos a eu de vifs échanges avec d'autres dirigeants du Pasok lorsqu'il a défendu l'idée que les socialistes ne participent pas directement, avec des ministres, à un gouvernement dirigé par la droite.

TAUX DE CHÔMAGE À 22,6%

Les militants de la Gauche démocratique ont entériné pour leur part une motion de soutien à la coalition mais, selon des sources au sein du parti, ils ont refusé que des personnalités de leur formation siègent dans ce cabinet, ce qui affaiblit quelque peu leur soutien à la coalition.

"Nous avons décidé d'accorder notre confiance au gouvernement qui sera formé", a déclaré Fotis Kouvelis au sortir de ses discussions avec Antonis Samaras. "La Gauche démocratique a insisté sur un désengagement progressif des termes de l'accord du plan de renflouement qui a meurtri la société", a-t-il ajouté.

Les deux partis de centre gauche pourraient proposer à la place des noms de techniciens comme ministres. Quoi qu'il en soit, leur réticence à peser de tout leur poids sur le nouveau gouvernement n'augure rien de bon pour les difficiles missions qui l'attendent.

"Ce sera une coalition très affaiblie", estime Nikos Konstandaras, directeur général du quotidien conservateur Kathimerini, en rappelant les décennies d'animosité entre ND et Pasok.

Les deux formations n'ont guère l'expérience d'une coopération, ayant alterné au pouvoir depuis la chute du régime des colonels en 1974 jusqu'à l'an dernier, quand l'intensité de la crise économique et financière les a contraints à partager le pouvoir dans un gouvernement d'union nationale de courte durée.

Antonis Samaras hérite d'une Grèce qui traverse sa cinquième année consécutive de forte récession. Le taux de chômage a atteint un record à 22,6% au premier trimestre 2012. Des dizaines de milliers d'entreprises ont dû fermer et le nombre de sans-abri ne cesse d'augmenter.

Eric Faye et Hélène Duvigneau pour le service français

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