La Grèce se cherche une majorité introuvable

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La Grèce se cherche une majorité introuvable
La Grèce se cherche une majorité introuvable

par Dina Kyriakidou et Renee Maltezou

ATHÈNES (Reuters) - Après l'échec de la droite conservatrice grecque, la Coalition de la gauche radicale (Syriza) va tenter ce mardi de former un gouvernement de coalition dont le programme, résolument hostile aux plans européens de sauvetage, ne ferait qu'accentuer l'incertitude sur l'avenir du pays.

Alexis Tsipras, dont la formation a été propulsée contre toute attente dimanche au rang de deuxième force politique du pays, sera reçu à 11h00 GMT par le président Karolos Papoulias.

Il se verra confier le mandat de tenter de constituer une majorité dans un Parlement marqué par un émiettement sans précédent des forces politiques qui a eu raison des efforts menés par Antonis Samaras.

Le chef de file de Nouvelle Démocratie, le parti de la droite conservatrice arrivé en tête des élections législatives, a renoncé lundi soir à former un gouvernement face à la résistance des partis hostiles au plan de sauvetage et à la politique d'austérité.

"Nous avons fait tout ce que nous pouvions. C'était impossible. Je remets mon mandat", a-t-il déclaré à la presse en début de soirée.

Exaspérés par la récession et l'austérité, liée aux plans européens de sauvetage financier de leur pays, les électeurs grecs ont lourdement sanctionné dimanche les deux grands partis au pouvoir, la Nouvelle Démocratie (ND, droite) et le Parti socialiste (Pasok), plongeant la Grèce dans une nouvelle zone de turbulences avec le risque d'une sortie de l'euro.

UN PAYS INGOUVERNABLE ?

Résultat, la Vouli, le Parlement grec, est totalement morcelée. Nouvelle Démocratie dispose de 108 des 300 sièges de députés. Les socialistes du Pasok, la seule autre formation parlementaire soutenant les plans de renflouement, n'ont plus que 41 élus.

Les cinq autres partis représentés au Parlement sont tous opposés aux programmes d'assainissement des finances publiques obtenus en contrepartie de leur aide par la "troïka" des bailleurs de fonds de la Grèce - Union européenne, FMI et Banque centrale européenne.

Alexis Tsipras estime pour sa part que les exigences draconiennes liées au déblocage de l'aide, loin de l'éviter, précipitent le pays vers une faillite.

"Nous voulons créer un gouvernement des forces de gauche afin d'échapper à ce renflouement qui nous conduit à la banqueroute", a-t-il déclaré. "Nous ne laisserons pas revenir par la fenêtre ce que les Grecs ont chassé par la porte", a-t-il ajouté.

Mais la tâche s'annonce très compliqué pour le plus jeune chef d'un parti politique grec.

Sa Coalition de la gauche radicale (Syriza) dispose de 52 sièges. Les communistes du KKE, qui comptent 26 élus, ont annoncé dès dimanche qu'ils ne participeraient à aucun gouvernement. Les Grecs indépendants, nouvelle formation dissidente de droite créditée de 33 sièges, ont quant à eux exclu de négocier tant avec les conservateurs qu'avec la Coalition de gauche radicale.

Arithmétiquement, la cause est entendue: Tsipras ne devrait pas parvenir aux 151 députés nécessaires pour former un gouvernement. Ce que le quotidien Ta Nea résumait dès lundi matin par son titre sur "Le cauchemar de l'ingouvernable".

RISQUE DE DÉFAUT

Or le temps presse pour la Grèce.

Si la classe politique ne parvient pas à former un gouvernement à même de négocier une nouvelle tranche d'aide avec l'UE et le Fonds monétaire international, elle pourrait se retrouver à court de liquidités d'ici la fin du mois de juin, a-t-on appris auprès de trois responsables du ministère des Finances.

La Commission européenne a lancé un avertissement à Athènes, affirmant qu'elle devait mettre en oeuvre les réformes auxquelles elle s'était engagée dans le cadre de son deuxième plan de renflouement.

"Une mise en oeuvre intégrale et dans les délais du programme est urgente pour atteindre les objectifs de viabilité de la dette grecque", a déclaré Amadeu Altafaj, porte-parole de la Commission pour les affaires économiques et monétaires.

"Nous sommes disposés à continuer d'aider la Grèce dans la mise en oeuvre de ses réformes en cours, dans le cadre du deuxième programme d'ajustement économique", a dit pour sa part Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission. "La Commission espère et s'attend à ce que le futur gouvernement grec respecte les engagements pris par la Grèce", a-t-elle ajouté.

Ce deuxième programme, conclu en février, prévoit un soutien financier de 130 milliards d'euros et l'effacement d'une partie de la dette des créanciers privés. Il est censé permettre à la Grèce de retourner sur les marchés financiers d'ici 2015 moyennant de sévères mesures d'austérité.

Hormis la convocation de nouvelles élections, que nul n'exclut catégoriquement en Grèce, la seule façon de sortir de l'impasse serait de renégocier les termes du renflouement.

Evangélos Vénizélos, chef de file du Pasok, s'est prononcé dans ce sens, lundi en fin d'après-midi. Il s'est déclaré pour la constitution d'une coalition favorable au maintien dans la zone euro, tout en réitérant son appel à renégocier les modalités du plan d'aide en étalant les mesures d'austérité prévues sur trois ans au lieu de deux.

"SOIT ILS S'EN TIENNENT AU PROGRAMME..."

Une solution que les bailleurs et certains pays d'Europe du Nord rejettent fermement.

"Soit ils s'en tiennent au programme et reçoivent les financements des pays membres, soit ils seront forcés de faire défaut", a-t-on déclaré à Reuters de source haut placée au sein de la zone euro.

Le ministre suédois des Finances, Anders Borg, a souligné pour sa part que les Grecs devaient "continuer à faire respecter les mesures qu'ils ont promises dans leur programme".

Quelle que soit la solution, la marge de manoeuvre semble de plus en plus étroite pour Athènes. Le Parlement doit autoriser le mois prochain une baisse supplémentaire des dépenses de plus de 11 milliards d'euros en 2013 et 2014, contre un nouveau plan de renflouement.

Et un sentiment de peur s'est installé à la Bourse d'Athènes, où l'indice de référence ATG a dévissé de 6,67% à la clôture de la séance de lundi.

"Ce qui se passe en Grèce a relancé la carte de l'instabilité dans la zone euro. Si la Grèce quitte la zone euro, les autres pays européens vulnérables seront sous pression et exposés à un risque de contagion", note Sassan Ghahramani, de la société de conseil financier SGH Macro à New York.

Avec Karolina Tagaris et Harry Papachristou, Sebastian Moffett à Bruxelles; Tangi Salaün, Nathalie Huet, Wilfrid Exbrayat, Julien Dury, Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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