La Grèce s'engage à comprimer son secteur public

le
0

par Ingrid Melander et Angeliki Koutantou

ATHENES (Reuters) - La Grèce s'est engagée mardi à réduire encore les effectifs de son secteur public avant de s'entretenir à nouveau avec ses bailleurs de fonds internationaux, qu'elle doit convaincre de débourser une nouvelle tranche de huit milliards d'euros.

Faute de quoi, l'Etat grec pourrait se retrouver en cessation de paiement le mois prochain. A la colère provoquée par la cure d'austérité dans la population grecque s'ajoute la lassitude des pays du nord de l'Europe qui ne veulent plus prêter un sou sans imposer de conditions draconiennes.

Les protestations de la rue se sont faite discrètes en Grèce depuis le début de l'année mais la crise empirant, les frustrations deviennent plus intenses.

"On nous a mis à genoux", déclare Niki Playannakou, une mère célibataire de 44 ans qui travaille dans la fonction publique. "On a accepté les coupes l'an passé, on a fait des efforts pour le bien du pays mais le temps passe et les choses ne s'améliorent pas. Jusqu'où une famille peut-elle supporter?"

Le ministre des Finances Evangelos Venizelos discutera de son plan de rigueur avec les délégués de l'Union européenne et du Fonds monétaire international à 17h00 GMT, ont fait savoir les services du ministère.

Le ministère avait dit lundi qu'une première téléconférence organisée le même jour s'était révélée "productive et substantielle". Une source gouvernementale avait dit lundi soir qu'un accord avec la troïka (FMI, UE, Banque centrale européenne) était proche en vue de débourser la nouvelle tranche d'aide. Une autre avait dit espérer une annonce ce mardi avec officialisation de l'accord mercredi après le conseil des ministres.

Mais le FMI et l'UE perdent patience et font pression sur Athènes pour que soient respectés les engagements de réduire le déficit budgétaire même si l'économie grecque s'achemine vers une quatrième année de récession.

"Notre premier objectif est de réduire l'Etat", a dit Angelos Tolkas, porte-parole adjoint du gouvernement, sur la radio NET. "Le budget de l'Etat grec n'a plus payé les traitements de quelque 200.000 fonctionnaires au cours des deux dernières années et nous continuons".

Le FMI attend de la Grèce qu'elle réduise les rémunérations et les postes dans le secteur public, ferme les organismes publics déficitaires et combatte la fraude fiscale. Le gouvernement a jusqu'à présent réduit salaires et retraites mais répugne à supprimer encore des postes dans la fonction publique, celle-ci étant une composante importante de l'électorat du parti socialiste au pouvoir.

AIDER SI ELLE S'AIDE ELLE-MÊME

Evangelos Venizelos s'est engagé à prendre autant de mesures d'austérité que nécessaire pour éviter un défaut mais la troïka estime qu'il y a encore du travail à accomplir avant la téléconférence de ce soir, et notamment préciser comment la Grèce compte faire pour remplir l'objectif d'un déficit budgétaire limité à 6,5% du PIB l'an prochain.

Selon des sources proches de la troïka, les chefs de délégation de l'UE et du FMI devront retourner à Athènes pour qu'un accord sur le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce soit conclu.

Elles ont laissé entendre que la téléconférence serait suivie de nouvelles discussions avant que la Grèce puisse espérer toucher son argent. "Ils doivent se rendre à Athènes pour conclure", a dit une des sources à Reuters.

Dans l'intervalle, la Grèce a adjugé pour 1,25 milliard d'euros de bons à trois mois, suscitant une demande solide mais aussi un rendement en hausse à 4,56%. Le Grèce ne peut se financer que sur le marché monétaire et ce dernier est considéré comme un étalon du sentiment de l'étranger.

Citant des sources anonymes, le journal Kathimerini écrit que le Premier ministre George Papandréou envisage un plébiscite pour déterminer si la Grèce doit s'attaquer à son problème de dette en restant dans la zone euro ou en en sortant.

Le gouvernement a dit qu'il envisageait un référendum à l'automne sur les réformes mais a démenti à plusieurs reprises que l'appartenance de la Grèce à la zone euro soit aussi concernée. Prié de dire si le référendum porterait aussi sur cette question, Angelos Tolkas a répondu: "Non, nous n'avons rien discuté de tel, vraiment non".

Il a ajouté que le gouvernement avait déposé lundi une motion auprès du Parlement permettant d'organiser des référendums sans sujet particulier.

L'agence Fitch estime que la Grèce sera en défaut mais ne quittera pas la zone euro, mais critique l'incertitude ambiante sur ce dernier point, jugeant qu'elle soulève des doutes quant à l'engagement politique de la zone euro envers la monnaie unique.

Jorg Decresson, économiste du Fonds monétaire international, estime qu'Athènes entend bien rester dans la zone euro et que les autres pays de la zone euro entendent bien "préserver l'intégrité" de la région.

"Les partenaires européens de la Grèce ont la volonté de l'aider pour autant qu'elle s'aide elle-même", a-t-il dit.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Danielle Rouquié

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant