La Grèce offre de nouvelles propositions avant un sommet décisif

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ATHÈNES A TRANSMIS DE NOUVELLES PROPOSITIONS À SES CRÉANCIERS
ATHÈNES A TRANSMIS DE NOUVELLES PROPOSITIONS À SES CRÉANCIERS

par Lefteris Papadimas et Alastair Macdonald

BRUXELLES/ATHENES (Reuters) - Alexis Tsipras a transmis dimanche de nouvelles propositions, qualifiées par Bruxelles de "bonne base de progrès", en vue d'un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro destiné à trouver un compromis sur la dette grecque et à épargner au pays un défaut de paiement aux conséquences imprévisibles.

Alors que le temps presse après cinq mois de négociations tendues entre Athènes et ses bailleurs de fonds, que le pays doit rembourser dans huit jours au FMI 1,6 milliard d'euros qu'il dit ne pas avoir, le Premier ministre grec issu de la gauche radicale a appelé Angela Merkel, François Hollande et Jean-Claude Juncker pour leur présenter son offre.

Martin Selmayr, le chef de cabinet du président de la Commission européenne, a confirmé que ces propositions avaient bien été transmises aux créanciers d'Athènes (Commission et Banque centrale européennes, Fonds monétaire international).

"Bonne base pour des progrès (...) au sommet de la zone euro", a-t-il commenté dans la nuit sur son compte Twitter avant d'ajouter en allemand, sa langue natale, "eine Zangengeburt", ce qui signifie "accouchement aux forceps".

Martin Selmayr n'a donné aucun détail sur le contenu de l'offre d'Athènes, qui devrait être discutée tout au long de la journée à Bruxelles, lors d'une réunion de l'Eurogroupe (12h30) puis du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 19 pays membres (19h00).

Dès 11h00 (09h00 GMT), le Premier ministre grec s'entretiendra avec Jean-Claude Juncker, le président de la BCE Mario Draghi et la directrice du FMI Christine Lagarde, a indiqué une porte-parole de l'UE.

On ignore toutefois si les concessions d'Alexis Tsipras permettront de débloquer la situation, alors que les Grecs ont commencé à retirer massivement de l'argent et que le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, a prévenu les banquiers du pays la semaine dernière qu'ils risquaient de vivre un jour "difficile", mardi, si Athènes ne trouve pas d'accord avec ses créanciers d'ici là.

RUÉE VERS LES GUICHETS

Les ministres européens ont minimisé la perspective d'un accord définitif lors du sommet de lundi mais ils espèrent qu'un compromis pourra être trouvé sur le plan politique et ouvrir la voie à un accord technique d'ici la fin du mois.

Elu en janvier sur la promesse de mettre fin à cinq ans d'austérité, Alexis Tsipras exclut de couper à nouveau dans les pensions de retraite et demande un allègement de la dette en échange de concessions.

Des responsables grecs laissent entendre qu'Athènes pourrait envisager de relever la TVA ou d'autres taxes pour apaiser ses créanciers, qui réclament la garantie que les objectifs budgétaires du pays seront tenus.

"Le Premier ministre a présenté (...) une proposition grecque en vue d'un accord mutuellement bénéfique qui apportera une solution définitive sans repousser le problème", peut-on lire dans un communiqué.

Si elle ne parvient pas à rembourser le FMI avant le 30 juin, la Grèce sera en défaut de paiement dès le 1er juillet, une situation inédite pour la zone euro qui pourrait aboutir à un "Grexit", une sortie d'Athènes de la zone euro.

La rupture des négociations, le week-end dernier, entre la Grèce et ses créanciers, a entraîné une ruée vers les guichets des banques grecques et des mesures de contrôle des capitaux pourraient être nécessaires à brève échéance en l'absence d'accord.

Selon des sources à Francfort et Bruxelles, le directoire de la BCE se réunira lundi à 08h30 GMT pour discuter des liquidités du secteur bancaire grec. Selon ces sources, les pré-commandes pour les retraits ont déjà atteint 1 milliard d'euros pour la journée de lundi, alors que 4 milliards ont été retirés la semaine dernière par les déposants.

"HOLOCAUSTE SOCIAL"

Si les propositions de Tsipras ne sont pas acceptables pour son parti, il sera contraint de convoquer des élections anticipées ou de demander aux Grecs de lui renouveler leur confiance dans le cadre d'un référendum.

Les mesures d'austérité exigées par le FMI, la BCE et la CE ont entraîné une baisse de 25% du PIB, de larges coupes dans les salaires et les retraites et une aggravation du chômage, qui touche un actif sur quatre.

Selon un élu de Syriza, les idées avancées jusqu'ici par Jean-Claude Juncker auraient entraîné un "holocauste social".

Pour la deuxième fois en une semaine, des milliers de Grecs se sont réunis dimanche devant le Parlement pour enjoindre à Alexis Tsipras de ne pas céder aux pressions des créanciers internationaux qui exigent d'Athènes de nouvelles réformes en contrepartie du déblocage de 7,2 milliards d'euros, dernière tranche du deuxième plan d'aide accordé au pays en 2012.

Le ton monte également en Allemagne, où la CSU, l'aile bavaroise de la CDU, a invité Angela Merkel à faire preuve de fermeté face à Athènes, y compris au risque d'une sortie de la zone euro.

En visite à Milan, où il s'est entretenu avec le président du Conseil italien Matteo Renzi, François Hollande a répété qu'il fallait "tout faire pour que la Grèce puisse rester dans la zone euro, dans le respect des engagements qui ont été pris".

(Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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