La Grèce inquiète les marchés plus que le vote français

le
1
La Grèce inquiète les marchés plus que le vote français
La Grèce inquiète les marchés plus que le vote français

par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Le risque d'instabilité politique en Grèce à l'issue des élections législatives pourrait pénaliser les marchés financiers européens, le vote grec reléguant au second plan la victoire attendue du socialiste François Hollande à la présidentielle en France, estiment analystes et gérants.

En Grèce, les deux principales formations, les conservateurs de Nouvelle Démocratie et les socialistes du Pasok, qui ont soutenu la cure d'austérité draconienne suivie depuis début 2010 en échange d'une aide financière internationale, ne devraient pas être mesure de conserver leur majorité absolue au Parlement.

"Qui va être susceptible de porter les engagements de la Grèce sur cette question (des mesures d'austérité-NDLR) ? Cela va être un point majeur dans les jours qui viennent. Il va falloir trouver très vite des solutions", prévient Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management.

En février dernier, la Grèce a obtenu de la "troïka" de ses créanciers internationaux (UE, FMI et BCE) un second plan de sauvetage de 130 milliards d'euros en contrepartie de nouvelles coupes budgétaires et de réformes structurelles supplémentaires, avant de boucler un accord d'échange de dettes sans précédent avec les investisseurs privés.

"Le risque c'est que les investisseurs non européens retrouvent une méfiance vis-à-vis de la zone euro assez marquée (...) Cela peut être pénalisant pour les marchés euro et pas simplement le marché grec", estime Philippe Waechter.

"ASSEZ D'AUSTÉRITÉ"

En France, le candidat socialiste a remporté l'élection présidentielle avec près de 52% des voix face au président sortant Nicolas Sarkozy.

Mais tous les regards sont déjà tournés vers les élections législatives des 10 et 17 juin, au cours desquelles les investisseurs espèrent que se dessinera une majorité claire à l'Assemblée nationale et scruteront de près le résultat des extrêmes (droite et gauche), qui ont cumulé plus de 30% des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril.

"Les élections législatives devraient sans doute amplifier ce mouvement", estime Eric Galiègue, président de la société de gestion Valquant, ajoutant que l'absence d'une majorité parlementaire pourrait créer davantage d'incertitudes.

Pour les investisseurs, les résultats des deux élections majeures de dimanche illustrent le rejet des mesures d'austérité en Europe voulues par l'Allemagne.

"Le vote en France, comme en Grèce, est une réaction contre la posture de l'Allemagne dans la crise de la dette. Les gens disent : 'Assez d'austérité'", explique David Thébault, responsable du trading quantitatif chez Global Equities.

UN TOURNANT ?

Dès lors, l'Allemagne pourrait devoir assouplir sa position, d'autant plus que les chrétiens-démocrates (CDU) de la chancelière Angela Merkel sont au coude à coude avec les sociaux-démocrates (SPD) à l'issue des élections régionales dans l'Etat-région de Schleswig-Holstein, selon les dernières estimations.

"Cela pourrait constituer un tournant pour la région, qui pourrait changer l'orthodoxie budgétaire allemande, établir un consensus sur la nécessité des euro-obligations et transformer la Banque centrale européenne en une 'Fed européenne' concentrée sur la croissance économique, et pas seulement l'inflation", note David Thébault.

"François Hollande sera épaulé en Europe par Mariano Rajoy (Espagne) et Mario Monti (Italie) pour faire face à Angela Merkel et lui demander une hausse des transferts en Europe", ajoute de son côté Eric Galiègue.

Soutenu par l'opération de refinancement à long terme de la BCE et des statistiques macroéconomiques américaines jugées solides, l'indice paneuropéen Stoxx 600 avait gagné près de 11% entre janvier et mi-mars.

Il a perdu environ 7% depuis, en raison d'une résurgence des craintes relatives à la crise de la dette en zone euro, la monnaie unique évoluant de son côté entre 1,30 et 1,34 dollar.

Avec Blaise Robinson, édité par Marc Joanny et Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • langelo le lundi 7 mai 2012 à 03:57

    krach possible car l'effet hollande est aussi et surtout une pure catastrophe pour l'UE et la politique de merkel