La Grèce et ses créanciers campent sur leurs positions

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LA GRÈCE ET SES CRÉANCIERS CAMPENT SUR LEURS POSITIONS
LA GRÈCE ET SES CRÉANCIERS CAMPENT SUR LEURS POSITIONS

par Renee Maltezou et Andreas Rinke

ATHENES/BERLIN (Reuters) - La Grèce a réitéré lundi son refus de céder aux exigences de ses créanciers, s'agissant notamment des retraites, après l'échec de leurs pourparlers ce week-end, qui fait craindre à la Commission européenne un basculement du pays dans un "état d'urgence" en cas de sortie de la zone euro.

L'exécutif européen a annoncé dimanche l'échec de sa "dernière tentative" de discussions avec le gouvernement d'Alexis Tsipras, auquel il reproche de ne pas avancer de propositions convaincantes pour redresser les finances du pays et obtenir ainsi le versement d'une aide.

La Commission a renvoyé le dossier aux ministres des Finances de la zone euro qui se réunissent jeudi dans le cadre de l'Eurogroupe et elle a prévenu qu'elle ne s'impliquerait à nouveau qu'en cas de nouvelles propositions d'Athènes.

Sans cette aide, la Grèce risque de ne pas pouvoir rembourser 1,6 milliard d'euros dus au Fonds monétaire international (FMI) le 30 juin et de se retrouver en situation de défaut sur sa dette, avec la perspective d'une sortie de la zone euro qui plongerait cette dernière dans l'inconnu.

S'exprimant devant le Parlement européen, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a néanmoins annoncé que, d'après les propos des responsables grecs, Athènes honorera ses obligations en intégralité et en temps voulu.

Face à cette situation de blocage, une exaspération grandissante à l'égard de la Grèce s'exprime dans l'Union européenne.

Cette impasse inquiète aussi les investisseurs. La Bourse d'Athènes a perdu 4,68% tandis qu'augmentaient les rendements des obligations d'Etat des pays de la zone euro aux finances publiques jugées les moins solides, tels l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Les titres des banques italiennes, espagnoles et portugaises ont été également pénalisés en bourse.

DESSEIN POLITIQUE

Elu en janvier sur la promesse de mettre fin aux programmes d'austérité appliqués depuis cinq ans en échange d'une assistance financière internationale, le gouvernement grec refuse d'alourdir la fiscalité et de baisser les pensions de retraites comme le réclament, selon lui, ses créanciers (FMI, UE et BCE) pour poursuivre leur aide.

Dans sa première réaction publique à l'échec des dernières négociations, Alexis Tsipras a déclaré que la Grèce allait attendre que ses créanciers "accèdent au réalisme" et renoncent à des demandes jugées excessives.

"On ne peut que voir un dessein politique dans l'insistance des créanciers sur de nouvelles baisses des retraites après cinq années de pillage dans le cadre des plans d'aide", a dit le Premier ministre grec, cité par le journal Ton Syntakton.

"Nous n'avons pas le droit d'enterrer la démocratie européenne à l'endroit où elle est née", a-t-il ajouté.

Du côté des créanciers, on répète au contraire que la balle est dans le camp de la Grèce.

François Hollande a ainsi appelé le gouvernement grec à la "responsabilité". "Nous avons maintenant des délais extrêmement courts (...) La Grèce ne doit pas attendre, elle doit aller de nouveau vers la discussion", a dit le président français.

La tonalité est la même du côté de la Commission européenne.

"La proposition pour maintenir la Grèce dans la zone euro est toujours valable mais la Grèce va devoir modifier sa position sur les retraites et sur sa consolidation budgétaire globale", a déclaré le commissaire européen Günther Oettinger.

LA COMMISSION DÉTAILLE SES PROPOSITIONS

Il a aussi jugé que l'exécutif européen devait préparer un "plan d'urgence" pour aider la Grèce en cas de sortie de la zone euro.

"Nous devrions élaborer un plan d'urgence car la Grèce plongerait dans un état d'urgence", a-t-il dit, en évoquant notamment les approvisionnements en énergie et en médicaments ainsi que le paiement des salaires des forces de l'ordre.

Une porte-parole de la Commission a accusé le gouvernement grec de déformer les propositions des créanciers alors que ces derniers ont déjà accepté d'importantes concessions.

"C'est une grossière déformation des faits que de dire que les institutions réclament une baisse des montants des pensions", a dit Annika Breidthardt, en affirmant que le système grec des retraites était l'un des plus onéreux d'Europe.

"La réforme vise à mettre progressivement fin aux retraites anticipées, à retarder l'âge de la retraite (...) à assurer la viabilité financière à long terme du système de retraites grec."

Les créanciers veulent parvenir à des économies représentant 1% du produit intérieur brut (PIB) avec cette réforme alors que les mesures proposées par le gouvernement grec ne représentent que 0,04%, selon elle.

Les créanciers ne réclament pas non plus de baisse des salaires, a-t-elle dit, mais "une modernisation de la grille des salaires dans le secteur public qui soit neutre sur le plan budgétaire" et, plus généralement, une progression des salaires conforme à l'évolution de la productivité et "aux besoins du pays en termes de compétitivité".

ULTIMATUM ?

Pour le gouvernement grec, cette politique n'a fait qu'aggraver la situation économique du pays et alourdir le poids de sa dette depuis cinq ans.

Membre de la direction de la CDU, la formation conservatrice de la chancelière allemande Angela Merkel, Julia Klöckner a prévenu que "la patience des créanciers s'épuise".

"Nous savons tous ce qui est en jeu. Nul autre en Europe n'en porte la responsabilité sinon la Grèce elle-même", a dit un autre responsable de la CDU, Volker Kauder, en appelant le gouvernement grec à "revenir à la réalité".

Signe que l'impatience gagne du terrain en Europe, le ministre belge des Finances, Johan Van Overtveldt, a déclaré que la crédibilité de la zone euro serait endommagée si les accords conclus par le passé avec la Grèce étaient modifiés. Cela encouragerait en outre les forces radicales dans d'autres pays, a-t-il ajouté.

D'après des responsables européens, si la Grèce n'avance pas de nouvelles propositions d'ici jeudi, les autres pays de la zone euro pourraient lui lancer une forme d'ultimatum lors de la réunion de l'Eurogroupe.

La panique n'a pas totalement gagné la population grecque, habtuée aux nombreux rebondissements de cette crise depuis 2010.

Mais les retraits bancaires ont toutefois représenté dans les 400 millions d'euros lundi, selon un banquier. Ils étaient de l'ordre de 200 à 250 millions par jour ces dernières semaines.

(Avec Angeliki Koutantou et Matthias Williams à Athènes, Jan Strupczewski à Bruxelles et Cyril Altmeyer à Paris; Henri-Pierre André, Benoît Van Overstraeten et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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  • M8252219 le lundi 15 juin 2015 à 18:43

    Se sont les gouvernants du moment qui par clientélisme DANS NOS "DÉMOCRATIES SOCIALISTES" répondent à la demande de toujours plus du "peuple" qui ont crée la crise. Leur responsabilité est engagée tant en Grèce qu'en France ou ailleurs, c'est de leur responsabilité que de maintenir les équilibres financiers et budgétaires. NE PAS DÉPENSER PLUS QUE L'ON GAGNE.

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