La Grèce de nouveau en grève contre l'austérité

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par Karolina Tagaris

ATHÈNES (Reuters) - Des dizaines de milliers de Grecs ont répondu mardi à un appel à la grève générale de 48 heures contre un nouveau plan d'austérité qui, selon les syndicats, menace d'affaiblir encore les plus pauvres et ruiner ce qui reste de l'économie du pays.

Il s'agit du troisième mot d'ordre similaire lancé en deux mois par les deux principales centrales syndicales du pays contre les coupes dans les dépenses et contre les réformes promues par le gouvernement d'Antonis Samaras.

Le nouveau paquet de mesures, d'un montant global estimé à 13,5 milliards d'euros, doit être soumis mercredi au vote des députés et son adoption est indispensable au versement de la prochaine tranche d'aide internationale.

Mardi, les transports en commun étaient fortement perturbés dans tout le pays et de nombreuses écoles, agences bancaires et administrations sont restées fermées tandis que les hôpitaux ne fonctionnaient qu'avec les équipes d'astreinte.

Le gouvernement Samaras défend l'austérité en expliquant qu'elle permettra d'éviter une faillite du pays mais cet argument peine à convaincre une population dont un quart des actifs sont au chômage et au sein de laquelle pauvreté et suicide augmentent dramatiquement, une situation qui nourrit la rancoeur contre les dirigeants politiques.

"Qu'ils aillent au diable", déclare ainsi Anais Metaxopoulou, une retraitée de 65 ans. "Ils devraient me demander ce que je ressens quand je suis obligée d'aller à l'église pour demander à manger. Je ne ferais pas de mal à une mouche mais ça me ferait plaisir d'en décapiter un."

Le nouveau plan prévoit entre autres une baisse des pensions de retraite qui peut atteindre 25% et la suppression des primes de vacances versées aux fonctionnaires.

Son adoption par les députés est une condition sine qua non au versement de 31,5 milliards d'euros d'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) dont la majeure partie doit servir à recapitaliser les banques du pays.

"IL N'Y A PLUS RIEN À COUPER !"

"Nous faisons grève mardi et mercredi pour adresser un message au gouvernement: ces mesures ne doivent pas passer !", a dit Nikos Kioutsoukis, secrétaire général du syndicat GSEE du secteur privé, qui a lancé le mot d'ordre avec l'ADEDY, la principale centrale du secteur public.

"Il est inacceptable que les gens soient obligés de payer pour les capitaux que les banquiers vont recevoir de l'Etat."

Le gouvernement semble pouvoir compter sur une étroite majorité pour faire voter son projet mercredi.

Les ministres des Finances de la zone euro, qui se réuniront lundi prochain à Bruxelles pourraient prendre à cette occasion une décision sur le paiement ou non de la nouvelle enveloppe d'aide, a laissé entendre lundi Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

"Nous devons aboutir à une position commune sur la manière de réduire le fardeau de la dette d'ici à la réunion de l'Eurogroupe du 12 novembre et j'ai confiance dans notre capacité à parvenir à cette position commune", a-t-il dit en marge de la réunion du G20 à Mexico.

A Athènes, trains, bus et métro étaient à l'arrêt mardi matin. De nombreux vols ont été annulés dans les aéroports, les bateaux restaient à quai dans les ports et les taxis ont déserté les rues.

La présence policière a été renforcée dans le centre d'Athènes avant les manifestations prévues à la mi-journée.

Malgré les multiples plans d'austérité qui se sont succédé depuis le début de la crise, la dette publique grecque continue d'enfler: elle devrait atteindre 189% du produit intérieur brut (PIB) l'année prochaine. Et les objectifs fixés à Athènes par le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) semblent déjà hors d'atteinte.

Mais pour certains Grecs, c'est la cohésion même de la société qui est aujourd'hui menacée.

"Il faut que quelqu'un leur dise qu'il n'y a plus rien à couper !", a déclaré Vassilis Dimosthenous, un ouvrier du bâtiment de 50 ans, au chômage depuis 10 mois.

"Ils ont rendu nos vies insupportables. Si seulement j'avais dix ans de moins, je quitterai ce pays."

Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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