La Grèce de nouveau appelée à faire des concessions

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LA GRÈCE DE NOUVEAU INVITÉE À FAIRE DES CONCESSIONS
LA GRÈCE DE NOUVEAU INVITÉE À FAIRE DES CONCESSIONS

par Renee Maltezou et Paul Taylor

BRUXELLES (Reuters) - La pression a continué jeudi de monter sur la Grèce pour qu'elle accepte des concessions afin de conclure un accord avec ses créanciers internationaux et d'éviter un défaut dont le risque semble, selon certains, augmenter "de jour en jour".

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a eu mercredi soir de nouvelles discussions avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, mais celles-ci n'ont permis aucune avancée tangible. Il devait rencontrer le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à 14h00.

"A la fin des discussions, il y avait unanimité totale sur le fait que la Grèce allait travailler intensivement et avec une forte pression avec les trois institutions dans les jours à venir pour résoudre toutes les questions en suspens", a dit la chancelière allemande à son arrivée à un sommet entre dirigeants européens et latino-américains à Bruxelles.

Un haut responsable de l'Union jusqu'à présent pessimiste sur la possibilité d'un compromis a déclaré qu'il y avait désormais "de bonnes chances" de conclure un accord la semaine prochaine, à temps donc pour que l'Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro puisse en débattre lors de sa prochaine réunion, le 18 juin.

La Bourse d'Athènes gagnait 7% en début d'après-midi et l'indice local des valeurs bancaires affichait un bond de près de 15%.

Pour parvenir à un compromis, expliquent des responsables européens, le gouvernement Tsipras doit présenter de nouvelles propositions d'économies budgétaires et de recettes fiscales. Ces propositions doivent remplacer la réduction des pensions de retraite et les hausses de taxes qu'il refuse catégoriquement, afin d'assurer un excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire hors service de la dette.

LE RISQUE AUGMENTE "DE JOUR EN JOUR"

De sources proches des discussions, on rapporte que les deux parties se sont rapprochées d'un accord sur un objectif d'excédent primaire mais que le désaccord persiste sur les moyens d'y parvenir, les experts de l'UE et du FMI doutant que les mesures proposées par Athènes soient suffisantes.

En outre, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a de nouveau marqué sa différence jeudi en rejetant devant le Parlement grec l'objectif d'excédent primaire de 1% souhaité par les créanciers. "Ce genre d'approche fait partie du problème et pas de la solution, et nous n'allons pas y souscrire", a-t-il dit.

Du côté des créanciers, c'est le sentiment d'urgence qui domine.

"Il y a une détermination forte pour aider la Grèce", a par exemple déclaré Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, dans un discours prononcé à Londres. "Mais le temps presse et le risque de cessation de paiement augmente de jour en jour."

"Les effets de contagion d'un tel scénario sont certainement mieux contenus qu'ils ne l'étaient dans le passé mais ils ne doivent pas être sous-estimés", a ajouté le patron de la banque centrale allemande, en précisant que les principaux perdants dans cette éventualité seraient "la Grèce et le peuple grec."

De son côté, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a jugé qu'Athènes avait "encore des efforts à faire" en matière de propositions de réformes.

"Nous sommes maintenant près de la piste d'atterrissage. Je pense que s'il y a une volonté politique, on peut et on va aboutir", a-t-il dit. "Il faut vraiment que les discussions s'intensifient et soient productives (...), j'aime beaucoup la tragédie grecque mais je pense que maintenant il faut vraiment passer au 'happy ending'", a-t-il ajouté.

"PERSONNE N'A LE DROIT À L'ÉCHEC"

Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a quant à lui déclaré que "personne n'a le droit à l'échec" dans ce dossier. Un argument qui irrite certains pays de l'UE, à commencer par l'Allemagne et ses alliés tenants de la ligne dure, pour lesquels tout ne doit pas être sacrifié au maintien de la Grèce dans la zone euro.

Angela Merkel a clairement expliqué avant sa rencontre avec Alexis Tsipras mercredi qu'Athènes devait satisfaire aux conditions posées par les trois institutions représentant ses créanciers (UE, FMI et BCE) plutôt que de chercher un compromis strictement politique avec elle et François Hollande.

Le Premier ministre grec a quant à lui réaffirmé qu'un accord devait inclure une restructuration de la dette publique de son pays, un sujet que l'UE n'accepte d'évoquer qu'une fois un compromis conclu.

Le gouvernement Tsipras, qui doit trouver 1,6 milliard d'euros d'ici la fin du mois pour rembourser des échéances dues au FMI, rejette notamment la demande des créanciers de voir supprimée une allocation sociale versée aux retraités les plus pauvres. Il conteste aussi leur veto à la réintroduction dans les conventions collectives de dispositions supprimées ces dernières années comme au relèvement du salaire minimum.

Le Premier ministre doit notamment composer avec l'aile gauche de son parti, Syriza, mais aussi avec une opinion publique de plus en plus critique: selon un sondage publié mercredi, 53,4% des Grecs ne sont pas satisfaits de son attitude dans les négociations avec les créanciers, contre 50,5% le mois dernier.

(Marc Angrand pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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