La Grèce, dans la tourmente, peine à former une coalition

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La Grèce, dans la tourmente, peine à former une coalition
La Grèce, dans la tourmente, peine à former une coalition

ATHÈNES (Reuters) - Antonis Samaras, dont la Nouvelle Démocratie est arrivé en tête des élections législatives de dimanche en Grèce, a renoncé à former un gouvernement face à la résistance des partis hostiles au plan de sauvetage et à la politique d'austérité.

"Nous avons fait tout ce que nous pouvions. C'était impossible. Je remets mon mandat", a déclaré à la presse le chef de file du parti conservateur, qui avait été chargé par le président grec, Karolos Papoulias, de former un gouvernement dans un délai de trois jours.

La tâche de rassembler une majorité revient désormais à la Coalition de gauche radicale qui est arrivée en deuxième position du scrutin et dont le chef de file Alexis Tsipras sera reçu mardi à 11h00 GMT par le président grec.

Exaspérés par la récession et l'austérité, les électeurs grecs ont lourdement sanctionné les deux grands partis au pouvoir, la Nouvelle Démocratie (ND, droite) et le Parti socialiste (Pasok), plongeant la Grèce dans une nouvelle zone de turbulences avec le risque d'une sortie de l'euro.

Même en s'alliant au Pasok (13,2%, 41 élus), seul à avoir comme eux soutenu les mesures d'austérité en échange d'une aide financière de l'Union européenne et du FMI, les conservateurs (18,85%, 108 élus) n'atteignent pas la majorité absolue de 151 sièges à la Vouli.

Fotis Kouvelis, leader de la Gauche démocratique (GD) arrivée en septième position avec 6,1% des suffrages, a prévenu que sa formation ne participerait pas à une coalition avec la ND et le Pasok. Ce parti de la gauche modérée était pourtant considéré comme le plus susceptible de se joindre à une coalition.

Le parti populiste des Grecs indépendants, nouvelle formation dissidente de droite, a quant à lui exclu de négocier avec les conservateurs, tout comme la Coalition de gauche radicale, qui a créé la surprise en devançant le Pasok avec près de 17% des suffrages.

"Il ne peut y avoir de gouvernement de salut national puisque la signature de M. Antonis Samaras n'a pas apporté le salut, mais une tragédie", a déclaré Alexis Tsipras, qui a dit chercher à former un gouvernement avec d'autres partis de gauche.

RISQUE DE DÉFAUT

Si la Grèce ne parvient pas à former un gouvernement à même de négocier une nouvelle tranche d'aide avec l'UE et le Fonds monétaire international, elle pourrait se retrouver à court de liquidités d'ici la fin du mois de juin, a-t-on appris auprès de trois responsables du ministère des Finances.

La Commission européenne a lancé un avertissement à Athènes, affirmant qu'elle devait mettre en oeuvre les réformes auxquelles elle s'était engagée dans le cadre de son deuxième plan de renflouement.

"Une mise en oeuvre intégrale et dans les délais du programme est urgente pour atteindre les objectifs de viabilité de la dette grecque", a déclaré Amadeu Altafaj, porte-parole de la Commission pour les affaires économiques et monétaires.

"Nous sommes disposés à continuer d'aider la Grèce avec son ordre du jour réformiste en cours, dans le cadre du deuxième programme d'ajustement économique", a dit pour sa part Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission. "La Commission espère et s'attend à ce que le futur gouvernement grec respecte les engagements pris par la Grèce", a-t-elle ajouté.

Ce deuxième programme, conclu en février, vise à permettre à la Grèce de retourner sur les marchés financiers d'ici 2015 moyennant de sévères mesures d'austérité.

RENÉGOCIER LE PLAN DE RENFLOUEMENT

Hormis la convocation de nouvelles élections, la seule façon de sortir de l'impasse semble être cependant de renégocier les termes du renflouement.

Evangélos Vénizélos, chef de file du Pasok, s'est prononcé dans ce sens, lundi en fin d'après-midi. Il s'est déclaré pour la constitution d'une coalition favorable au maintien dans la zone euro, tout en réitérant son appel à renégocier les modalités du plan d'aide en étalant les mesures d'austérité prévues sur trois ans au lieu de deux.

S'exprimant après des discussions avec Antonis Samaras, il a ajouté qu'Athènes devait étaler les mesures d'austérité prévues sur trois ans au lieu de deux. Une solution que les bailleurs et certains pays d'Europe du Nord rejettent fermement.

"Soit ils s'en tiennent au programme et reçoivent les financements des pays membres, soit ils seront forcés de faire défaut", a-t-on déclaré à Reuters de source haut placée au sein de la zone euro.

"Ils doivent continuer à faire respecter les mesures qu'ils ont promises dans leur programme", a déclaré pour sa part le ministre suédois des Finances, Anders Borg.

Quelle que soit la solution, la marge de manoeuvre semble de plus en plus étroite pour Athènes. Le Parlement doit autoriser le mois prochain une baisse supplémentaire des dépenses de plus de 11 milliards d'euros en 2013 et 2014, contre un nouveau plan de renflouement.

Costas Panagopoulos, directeur de l'institut de sondage Alco, estime que la convocation de nouvelles élections constitue le scénario le plus probable.

Un avis que Dimitris Mavros, directeur de l'institut de sondage MRB, ne partage pas. Il juge que les partis anti-renflouement pourraient ne pas accepter une nouvelle élection dont les résultats seraient trop incertains, d'autant que les électeurs pourraient être tentés de voter pour les deux grands partis de peur que le pays ne soit forcé de sortir de l'euro.

Dina Kyriakidou, Karolina Tagaris et Harry Papachristou, Sebastian Moffett, Tangi Salaün, Nathalie Huet, Wilfrid Exbrayat, Julien Dury, Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief

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