La Grande-Bretagne renoue avec la récession au 1er trimestre

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La Grande-Bretagne renoue avec la récession au 1er trimestre
La Grande-Bretagne renoue avec la récession au 1er trimestre

LONDRES (Reuters) - L'économie britannique a replongé dans la récession au premier trimestre, montrent les statistiques officielles publiées mercredi, qui risquent d'accroître encore les difficultés du gouvernement de coalition de David Cameron.

Le produit intérieur brut (PIB) de la Grande-Bretagne s'est contracté de 0,2% sur les trois premiers mois de l'année après avoir diminué de 0,3% au dernier trimestre 2011. Deux trimestres consécutifs de baisse qui correspondent à la définition "technique" de la récession.

La plupart des économistes s'attendaient à ce que le PIB britannique ait légèrement progressé sur les trois premiers mois de l'année mais leurs prévisions ont été démenties, à cause principalement de la chute de l'activité du secteur de la construction, la plus forte en trois ans.

La production industrielle a elle aussi reculé tandis que la croissance restait anémique dans le secteur des services.

Ces mauvais chiffres sont un coup dur pour la coalition gouvernementale réunissant les Conservateurs et le Parti libéral. Sa popularité s'est encore dégradée dans les sondages après l'annonce très mal reçue du projet de budget en mars et elle risque de se trouver en difficultés aux prochaines élections locales, le 3 mai.

Le gouvernement doit aussi affronter des révélations sur ses liens étroits avec le magnat de la presse et président du groupe de médias NewsCorp, Rupert Murdoch.

Le cabinet Cameron a désespérément besoin de croissance pour parvenir à atteindre son objectif de retour à l'équilibre budgétaire d'ici cinq ans.

L'économie britannique s'était contractée de 7,1% lors de la précédente récession, en 2008-2009, et la reprise a depuis été lente sur fond de crise des dettes souveraines en zone euro et de réduction des dépenses budgétaires.

Le Royaume-Uni souffre en outre d'une inflation élevée et des difficultés persistantes de son secteur bancaire, très affaibli par la crise financière.

"Le rétablissement après la plus grave crise d'endettement de notre histoire prend plus de temps que prévu", a déclaré le ministre des Finances, George Osborne.

"L'élément qui pourrait rendre la situation pire encore serait de renoncer à notre projet crédible et d'accroître délibérément nos emprunts et notre dette."

UN SOUTIEN DE LA BANQUE D'ANGLETERRE IMPROBABLE

Les données publiées mercredi montrent que le PIB britannique reste inférieur de 4,3% à son pic du premier trimestre 2008. L'économie du pays n'a progressé que de 0,4% depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel gouvernement, au deuxième trimestre 2010.

Sur janvier-mars, l'activité dans le secteur des services, qui représente plus de 75% du PIB, a enregistré une croissance symbolique de 0,1% après un repli de même ampleur sur les trois derniers mois de 2011, en raison de la baisse d'activité dans les services aux entreprises et le secteur financier.

L'activité du secteur industriel a baissé de 0,4% et surtout, celle de la construction - qui pèse à elle-seule à hauteur de 8% dans le PIB- s'est contractée de 3%, sa plus forte baisse depuis le premier trimestre 2009.

L'Office pour la responsabilité budgétaire table sur une croissance de 0,8% cette année.

De son côté, la Banque d'Angleterre a averti d'un risque d'une nouvelle contraction du PIB au deuxième trimestre 2012, conséquence indirecte d'un jour férié supplémentaire par rapport à l'an dernier.

Pour autant, le comité de politique monétaire de la banque centrale ne devrait pas procéder à de nouvelles injections de liquidités dans l'économie par le biais de son programme d'"assouplissement quantitatif" (QE), qui l'a conduite à acheter pour plusieurs centaines de milliards de livres de dettes sur les marchés.

"Les chiffres d'aujourd'hui confirme qu'il faut avoir un vrai débat sur la nécessité pour le comité de s'engager dans un QE supplémentaire", a commenté Philip Shaw, économiste d'Investec.

"Le chancelier (de l'Echiquier, George Osborne) a très peu de marge de manoeuvre en matière de finances publiques et à ce stade, toute tentative de relance budgétaire serait sans doute très mal accueillie par les marchés."

La livre sterling a perdu plus de 0,5% face au dollar après les statistiques du PIB et la Bourse de Londres ne gagnait que 0,23% à la mi-journée alors que celles de Paris et Francfort gagnaient respectivement 1,72% et 1,28%.

La Banque d'Angleterre et un certain nombre d'économistes du secteur privé estimaient avant la publication du PIB mercredi que la santé de l'économie britannique était meilleure que ce que suggéraient les données de l'Office national des statistiques, en mettant en avant des indicateurs positifs sur le secteur privé et la baisse des chiffres du chômage.

Les estimations de l'Office national des statistiques sur le PIB britannique sont les premières à être publiées dans l'Union européenne sur la période du premier trimestre. Il s'agit pour l'heure d'estimations préliminaires qui sont en moyenne révisées de 0,1% lors de la seconde estimation, publiée deux mois après.

David Milliken et Fiona Shaikh; Blandine Hénault pour le service français, édité par Marc Angrand

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