La Grande-Bretagne a plus que jamais besoin de Hinkley Point

le
0
LA GRANDE-BRETAGNE A PLUS QUE JAMAIS BESOIN DE HINKLEY POINT
LA GRANDE-BRETAGNE A PLUS QUE JAMAIS BESOIN DE HINKLEY POINT

par Karolin Schaps

LONDRES (Reuters) - La crise au sommet chez EDF en raison d'un désaccord sur les modalités de financement du projet nucléaire de Hinkley Point n'est pas sans risque pour la Grande-Bretagne, qui a un besoin vital de mener à bien la construction de ces deux réacteurs de type EPR.

Ce programme de 18 milliards de livres sterling (environ 23 milliards d'euros) a entraîné la démission du directeur financier de l'électricien français, Thomas Piquemal, inquiet du poids que fait peser ce projet sur le bilan du groupe.

Chez EDF comme au sein des gouvernements français et britannique, on s'est empressé de dire que le projet restait sur les rails mais il a déjà deux ans de retard et pourrait en prendre encore davantage.

Si le projet n'aboutit pas d'ici à 2025, l'alimentation en électricité de millions de ménages pourrait être menacée.

"Cela souligne la nécessité d'un plan B", estime Tim Yeo, le président conservateur de la commission parlementaire britannique sur l'énergie et le changement climatique.

Hinkley Point C doit fournir à terme environ 7% des besoins de la Grande-Bretagne en électricité.

"Un retard supplémentaire serait un revers pour le gouvernement britannique parce que le nucléaire est l'un des trois piliers de sa stratégie énergétique à long terme", analyse Coralie Laurencin, du cabinet spécialisé IHS Energy.

"Le fait que ce premier nouveau réacteur prenne tellement de temps n'arrange pas les choses."

DEUX AUTRES CENTRALES EN PROJET

Le gouvernement britannique risque de devoir se tourner vers d'autres centrales nucléaires ou encourager les centrales au gaz, le troisième pilier de sa politique énergétique étant les énergies renouvelables, en particulier l'éolien.

Deux autres groupes prévoient de construire des centrales nucléaires en Grande-Bretagne. D'une part NuGen, une coentreprise entre Westinghouse, filiale du japonais Toshiba, et le français Engie, et de l'autre Horizon, filiale de Hitachi.

NuGen envisage de faire démarrer sa centrale de Moorside, dans le nord-ouest de l'Angleterre, en 2024, Horizon visant pour sa part un démarrage entre 2020 et 2025 de sa centrale galloise de Wylfa.

Les deux projets auront une capacité combinée de 6,3 gigawatts contre 3,2 gigawatts pour Hinkley Point C. Il leur reste cependant à franchir de nombreux obstacles réglementaires et tarifaires, déjà effacés par le projet d'EDF.

Pour cette raison, les centrales au gaz, plus rapides à construire, pourraient être la meilleure option de remplacement, estime Andy Houston, du cabinet de consultants Poyry.

D'autres font valoir cependant que les centrales au gaz polluent et qu'en construire davantage compromettrait les objectifs de Londres en matière d'émissions de CO2.

La meilleure solution pour le gouvernement britannique demeure donc la livraison dans les meilleurs délais des réacteurs de Hinkley Point.

(Avec Geert de Clerq à Paris, Patrick Vignal pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant