La Gauche radicale réclame des négociations élargies en Grèce

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par Renee Maltezou et George Georgiopoulos

ATHENES (Reuters) - Le chef de file de la Gauche radicale grecque, Alexis Tsipras, a refusé de participer lundi à des tractations avec trois autres partis pour former un gouvernement d'union nationale et exige l'ouverture de pourparlers élargis à toutes les formations politiques, hormis l'Aube dorée d'extrême droite.

Après le scrutin législatif du 6 mai, la confusion politique qui règne en Grèce, alimentée par un vif débat sur le respect des programmes d'austérité adoptés en échange d'une aide internationale, pourrait entraîner l'organisation de nouvelles élections à la mi-juin.

Tour à tour, les chefs des trois premiers partis représentés au Parlement, priés de former un gouvernement, ont renoncé la semaine dernière. La Gauche radicale, hostile aux plans d'austérité, refuse de s'associer aux socialistes du Pasok et aux conservateurs de Nouvelle Démocratie, favorables au respect des engagements pris par la Grèce envers la communauté internationale.

Le président Karolos Papoulias a rencontré dimanche les dirigeants des sept partis représentés au nouveau Parlement mais cette réunion n'a rien donné.

Le chef de l'Etat a prévu de rencontrer à nouveau lundi soir (16h30 GMT) les dirigeants de quatre formations politiques - Nouvelle Démocratie, Syriza, Pasok et Gauche démocratique.

Mais Syriza, la Coalition de la gauche radicale deuxième du scrutin du 6 mai et favorite pour la première place au Parlement en cas de nouvelles élections, a rejeté cette invitation.

Elle réclame à la place des pourparlers réunissant l'ensemble des forces politiques du pays, sauf le parti Aube dorée (Chryssi Avyi) d'extrême droite qui a fait son entrée au Parlement avec près de 7% des voix et 21 députés.

"PAS DE POURPARLERS SÉLECTIFS"

"Le chef de file de Syriza n'a pas l'intention de participer à des pourparlers sélectifs avec des responsables politiques convoqués par le président grec", écrit la Coalition de la gauche radicale dans un communiqué.

"Cependant, il reste à la disposition du président pour le rencontrer soit individuellement, soit avec l'ensemble des partis politiques, à l'exception d'Aube dorée."

En son absence, ce seront les chefs de file de Nouvelle Démocratie (droite), Antonis Samaras, du Pasok, Evangelos Venizelos, et du parti de la Gauche démocratique, Fotis Kouvelis, qui devraient être reçus par le chef de l'Etat.

C'est au président de décider de la tenue de nouvelles élections s'il constate l'absence de solution pour former un gouvernement. L'hypothèse d'un nouveau scrutin anticipé est évoquée par la presse depuis plusieurs jours, à la date du 17 juin.

Nouvelle Démocratie, arrivée en tête des législatives, et le Pasok, troisième, ont signé le mémorandum fixant les conditions de l'aide de l'Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, tandis que Syriza y est opposé.

La Gauche démocratique, qui a obtenu autour de 6% des voix et 19 des 300 élus du Parlement, se dit prête à participer à un gouvernement de coalition mais à condition que Syriza en soit.

"Un gouvernement qui ne garantit pas la participation du deuxième parti du pays n'aura pas le soutien populaire et parlementaire nécessaire", a dit Fotis Kouvelis sur Antenna TV.

"ROULETTE RUSSE"

Le parti d'Alexis Tsipras est donné vainqueur d'un nouveau vote par tous les sondages avec un score en hausse de près de 10%, ce qui lui permettrait d'empocher en outre la "prime" de 50 élus promise au parti qui arrive en tête.

Syriza se dit favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro tout en rejetant le mémorandum et l'austérité qui l'accompagne, ce qui est intenable selon les partenaires européens d'Athènes.

Pour le ministre finlandais des Affaires européennes, Alexander Stubb, c'est une "équation impossible" et une position "irresponsable". "Il faut bien comprendre que si la Grèce veut rester dans la zone euro, elle doit remplir ses engagements envers le FMI, la BCE et la Commission européenne", a-t-il dit.

La Commission européenne a justement dit espérer que la Grèce reste au sein de la zone euro, tout en l'exhortant à tenir ses promesses. "Nous souhaitons que la Grèce reste dans l'euro, nous espérons que la Grèce restera dans l'euro mais elle doit honorer ses engagements", a dit une porte-parole de la Commission.

La Constitution ne fixe pas de date limite au président Karolos Papoulias pour tenter d'arracher un accord.

Lui-même n'a donné aucune indication sur le temps qu'il prendra avant de demander de nouvelles élections, qui pourraient parachever le naufrage des conservateurs de Nouvelle Démocratie et des socialistes du Pasok.

Les deux partis qui ont dominé la vie politique grecque depuis des décennies tablent quant à eux sur un sursaut des électeurs en leur faveur en cas de nouvelles élections, dans le but de sauver la place d'Athènes au sein de la zone euro.

Selon un sondage publié par le quotidien To Vima, 78% des Grecs souhaitent que leur gouvernement fasse tout pour conserver la monnaie unique.

Le journal de centre gauche Ethnos a estimé qu'avec son économie au bord du gouffre, la Grèce joue aujourd'hui à la "roulette russe".

Avec Tatiana Fragou et Lila Chotzoglu, Pierre Sérisier, Marine Pennetier et Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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