La gauche domine l'Assemblée nationale, le FN de retour

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La gauche domine l'Assemblée nationale, le FN de retour
La gauche domine l'Assemblée nationale, le FN de retour

PARIS (Reuters) - La gauche française a remporté dimanche une nette victoire au second tour des élections législatives, assurant à François Hollande les marges de manoeuvre nécessaires pour mettre en oeuvre un programme économique à l'épreuve de la crise.

Selon des résultats définitifs diffusés par le ministère de l'Intérieur pour 566 sièges sur 577 - les 11 députés représentant les Français de l'étranger ne seront connus que lundi -, le Parti socialiste et ses alliés détiennent désormais tous les leviers institutionnels.

Ils ont obtenu une majorité absolue à l'Assemblée nationale avec 307 sièges, l'UMP et ses alliés en obtiennent 224, Europe Ecologie-Les Verts 16, le Front de gauche 10, le Front national et le MoDem 2 chacun.

L'UMP sauve donc la face mais l'ex-ministre Nadine Morano, qui en a appelé sans succès aux électeurs du Front national, a été battue ainsi que les anciens ministres Claude Guéant, Hervé Novelli et Michèle Alliot-Marie.

Nathalie Kosciusko-Morizet l'emporte de justesse (51,48%) dans la 4e circonscription de l'Essonne.

Le scrutin est marqué par le retour historique de députés d'extrême droite dans l'hémicycle, 26 ans après le tournant de 1986 qui avait vu l'élection de 35 députés d'extrême droite.

Le FN compte deux élus, Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse et l'avocat Gilbert Collard dans le Gard, qui s'assigne "une mission de casse-couilles démocratique". Jacques Bompard, président de la Ligue du Sud, un parti d'extrême droite implanté dans le Sud-Est, est élu dans la 4e circonscription du Vaucluse.

Cette percée est toutefois ternie par la défaite de la présidente du FN Marine Le Pen, qui est battue de 118 voix par le candidat socialiste Philippe Kemel dans le Pas-de-Calais. La dirigeante d'extrême droite a demandé un recomptage des voix mais a salué "un énorme succès" pour son parti. "Une recomposition de la vie politique est en marche", a-t-elle dit.

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine Le Pen sera à 22 ans la benjamine des 577 élus du Palais-Bourbon.

ROYAL "N'EXCLUT RIEN"

Le "troisième tour" de la présidentielle, marqué par une abstention record autour de 44%, aura été fatal à deux figures politiques françaises : François Bayrou, battu dans une triangulaire (30,17%) dans les Pyrénées-Atlantiques où il était élu depuis 1986, et Ségolène Royal, en Charente-Maritime.

La candidate socialiste à la présidentielle de 2007 a été battue par un dissident du PS, Olivier Falorni, qui a reçu entre les deux tours le soutien de la compagne de François Hollande, via un "tweet" détonant, alors que le chef de l'Etat avait apporté son appui à la mère de ses quatre enfants.

Qualifié de "vaudeville" par l'opposition de droite, cet incident devrait laisser des traces. "Je pense que ça n'a pas arrangé les choses, pourrais-je dire pudiquement", a commenté la présidente de Poitou-Charentes.

Etoile déclinante mais toujours filante, Ségolène Royal pourrait devenir encombrante pour l'appareil du PS, qui ne l'a jamais vraiment adoubée. Priée de dire si elle entendait briguer la tête du PS, que Martine Aubry lui avait ravie en 2008, elle a répondu qu'elle "n'excluait rien". "Je vais réfléchir à la façon d'être la plus utile", a-t-elle déclaré.

La défaite de Ségolène Royal, qui avait affiché ses ambitions pour "le perchoir", ouvre le jeu pour la présidence de l'Assemblée briguée désormais par Claude Bartolone, Jean Glavany ou la ministre Marylise Lebranchu. Jack Lang, qui avait manifesté aussi son intérêt, est battu dans les Vosges.

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a affirmé que la "voix" de Ségolène Royal "continuera à compter". "C'est cruel", mais "c'est une battante, elle rebondira", a affirmé le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Exclu du PS en février, Olivier Falorni ne sera pas réintégré dans ses rangs, a précisé Martine Aubry.

PAS DE POLITIQUE D'AUSTÉRITÉ

"Le gouvernement pourra agir avec efficacité pour conduire le redressement du pays dans la justice", a déclaré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. "L'objectif est de réorienter l'Europe vers la croissance et de préserver la zone euro de la spéculation", a-t-il dit. Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a réaffirmé l'engagement d'assainissement des finances publiques françaises "sans politique d'austérité".

Au même moment, en Grèce, les conservateurs de "Nouvelle Démocratie" et les socialistes du Pasok, qui soutiennent les mesures d'austérité imposées à Athènes, étaient donnés vainqueurs au Parlement monocaméral.

La droite française, qui a concédé "une sévère défaite" et promet d'être une opposition "constructive" mais "vigilante", entre dans une ère délicate de refondation jusqu'au point d'orgue du congrès de novembre pour l'élection de son président.

Dès dimanche soir, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, et les anciens Premiers ministres Alain Juppé et François Fillon semblaient se disputer le rôle du chef de l'opposition en appelant à l'unité et à la reconquête.

Ils ont convenu de la nécessité d'une réflexion sur l'identité du parti de l'ex-président du Nicolas Sarkozy, qui a opté dans l'entre-deux-tours pour la stratégie controversée du "ni ni" (ni soutien au FN, ni soutien à la gauche).

Une réflexion "sur ce qui nous rassemble, sur le socle de nos valeurs communes". "Il y a du boulot!", a lancé Alain Juppé.

Pour Marine Le Pen, l'UMP, où des voix plaident pour un rapprochement avec l'extrême droite, "paye ses contradictions idéologiques".

François Bayrou, le président du Mouvement Démocrate, qui s'est aliéné les centristes en votant pour François Hollande le 6 mai, a annoncé qu'il prendrait "le recul nécessaire" pour réfléchir à la forme future de son engagement. Le paysage de la droite française était en recomposition dimanche soir, déserté par un Centre moribond.

Les députés français commenceront à siéger le 26 juin. Un remaniement gouvernemental, même si aucun ministre n'a été battu - devrait intervenir d'ici jeudi, avec la possible entrée de communistes, selon l'entourage de François Hollande.

Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse

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