La gare internationale de Budapest fermée aux migrants

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* Un millier de migrants manifestent devant la gare * Berlin dit toujours appliquer le "règlement Dublin" * Merkel appelle à une meilleure répartition des réfugiés par Krisztina Than BUDAPEST, 1er septembre (Reuters) - Plusieurs centaines de migrants ont manifesté mardi devant une gare de Budapest fermée par les autorités hongroises et réclamé d'être autorisés à se rendre en Allemagne, nouvel épisode d'une crise qui oblige l'UE à revoir d'urgence sa politique d'asile. La gare internationale de Budapest-Keleti a été brièvement fermée puis rouverte dans la matinée mais interdite d'accès aux migrants. Plusieurs dizaines d'entre eux qui se trouvaient à l'intérieur ont été évacués. Environ un millier de personnes brandissant des billets, sifflant et scandant "Allemagne, Allemagne" ont alors manifesté avant de s'asseoir devant l'entrée. L'afflux actuel de migrants et de réfugiés aux frontières terrestres et maritimes de l'Union européenne, le plus important depuis les guerres des Balkans dans les années 1990, divise et déconcerte le bloc des Vingt-Huit, qui ne dispose pas d'un mécanisme adapté pour faire face à l'arrivée de centaines de milliers de personnes fuyant les guerres ou la pauvreté. La vaste majorité de ces migrants arrivent dans les pays du sud ou de l'est de l'UE mais veulent poursuivre leur route et demander l'asile à des pays plus riches, plus au nord ou à l'ouest. Ce qui signifie qu'il leur faut traverser illégalement les pays membres de l'espace Schengen qui n'ont pas de contrôles frontaliers intérieurs pour les en empêcher. La Hongrie est ainsi devenue ces derniers mois l'un des principaux pays de transit pour les migrants venus d'Afrique ou du Proche-Orient qui tentent de rejoindre l'Europe de l'Ouest en passant par les Balkans. BUDAPEST FAIT VOLTE-FACE En fermant mardi aux migrants la route ferroviaire vers l'ouest de l'Europe, les autorités hongroises ont fait volte-face par rapport à la veille, quand elles avaient laissé partir vers l'Allemagne, tout comme l'Autriche, des trains entiers de migrants sans avoir au préalable enregistré leur demande d'asile, en violation des règles de l'UE qu'elles n'ont guère le pouvoir de faire appliquer. Selon les dispositions du "règlement Dublin", les migrants doivent demander l'asile dans le pays de l'Union européenne par lequel ils sont entrés dans l'espace communautaire et y demeurer jusqu'à ce que leur demande soit traitée, même si les 26 pays membres de l'espace Schengen n'ont pas de contrôles à leurs frontières pour en vérifier l'application. L'Italie, la Grèce et la Hongrie, où arrivent la plupart des migrants, disent ne pas avoir la possibilité d'enregistrer un trop grand nombre de demandes d'asile. Selon le gouvernement hongrois, plus de 140.000 migrants sont arrivés cette année en Hongrie via la Serbie et selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 300.000 personnes ont franchi la mer Méditerranée pour gagner l'Europe. Le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a toutefois annoncé mardi que les autorités de Budapest enregistreraient tous les migrants ou réfugiés arrivant sur le territoire hongrois et qu'elles expulseraient tous les migrants économiques vers le pays d'où ils ont pénétré en Hongrie. "L'ALLEMAGNE N'A PAS SUSPENDU DUBLIN" L'Allemagne, qui a annoncé le mois dernier que les réfugiés syriens disposeraient d'un statut particulier et seraient autorisés à enregistrer leur demande d'asile sur son territoire même s'ils viennent d'un autre pays membre de l'UE, est intervenue mardi matin pour expliquer sa position dans cette crise et rappeler son respect des dispositions communautaires. "L'Allemagne n'a pas suspendu Dublin", a déclaré un porte-parole du ministère allemand de l'Intérieur. "Le Règlement Dublin reste valable et nous attendons des Etats membres de l'Europe qu'ils y adhèrent. Quiconque vient de Hongrie doit s'enregistrer là-bas et entamer sa procédure de demande d'asile là-bas", a dit le porte-parole. Angela Merkel, qui recevait le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy dans la capitale fédérale, a de son côté appelé la Commission européenne à présenter de nouvelles propositions pour faire face à la crise. "Pour ces réfugiés qui sont persécutés ou ont fui la guerre, il devrait y avoir une répartition équitable en Europe basée sur la puissance économique, la productivité et la taille de chaque pays", a déclaré la chancelière. Les pays membres de l'UE n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un système de répartition obligatoire, s'en remettant à la bonne volonté de chaque Etat. Le chef de la diplomatie hongroise a ainsi rappelé mardi que son pays, qui a érigé une clôture à sa frontière avec la Serbie, s'opposait au système des quotas qui encouragerait selon lui les migrants et les passeurs. "Il y a deux choses que nous devons faire clairement, que la Commission européenne doit faire clairement, c'est établir quels sont les pays d'origine qui sont sûrs et travailler à une certaine harmonisation", a commenté pour sa part Mariano Rajoy lors de sa conférence de presse avec Angela Merkel. Le gouvernement allemand s'attend à voir augmenter le nombre de bénéficiaires d'allocations sociales de 240.000 à 460.000 en 2016 en raison de l'afflux de réfugiés, a indiqué la ministre allemande du Travail, Andrea Nahles. Cette situation devrait se traduire par une augmentation des charges de son ministère comprise entre 1,8 et 3,3 milliards d'euros l'an prochain. VOIR AUSSI: ENCADRE Réfugié, migrant, demandeur d'asile, quelles différences ? ID:nL5N11739L (avec Madeline Chambers, Michelle Martin et Thorsten Severin à Berlin; Pierre Sérisier et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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