La garde à vue de 17 islamistes présumés prolongée

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PARIS (Reuters) - La garde à vue de 17 personnes interpellées vendredi lors d'un coup de filet mené par la police dans les milieux islamistes de plusieurs villes de France, a été prolongée samedi, a-t-on appris de source judiciaire.

Si les charges sont suffisantes, une partie de ces personnes pourraient être présentées dans un délai de quatre jours aux trois juges d'instruction antiterroristes chargés du dossier, Nathalie Proux, Laurence Le Vert et Marc Trévidic.

Plusieurs des personnes arrêtées vendredi sont membres ou sympathisants du groupement islamiste radical Forsane Alizza ("Les cavaliers de la fierté"), dissous en février dernier par le ministère de l'Intérieur.

Selon le directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, les 17 personnes placées en garde à vue "semblaient préparer un enlèvement".

"Ils semblaient préparer un enlèvement. En revanche, sur le financement, on attend encore qu'ils s'expliquent", a indiqué le patron de la DCRI dans un entretien à la Provence daté de samedi.

Mohamed Achamlane, le leader de Forsane Alizza, arrêté vendredi, réfute de son côté "toute intention terroriste", a fait savoir son avocat nantais dans une interview à Presse Océan.

"Mon client réfute fermement avoir jamais participé de près ou de loin à une quelconque entreprise terroriste", déclare Me Benoit Poquet.

"Il conteste fermement avoir un quelconque lien avec Mohamed Merah et dénonce la tentative de récupération médiatique et politique, orchestrée en pleine période électorale."

Le coup de filet mené vendredi à moins d'un mois de l'élection présidentielle survient une semaine après la mort de Mohamed Merah, l'auteur des sept meurtres de Montauban et de Toulouse, qui se réclamait d'Al Qaïda et qui a été abattu par la police jeudi dernier.

FUSILS DÉMILITARISÉS

Au cours des perquisitions menées vendredi matin, cinq fusils, trois kalachnikovs, quatre pistolets automatiques et un gilet pare-balles ont été saisis, selon le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Les kalachnikovs saisis étaient "démilitarisés", c'est à dire hors d'usage, a dit vendredi à Reuters une source judiciaire, confirmée par une autre source proche du dossier.

En revanche, les armes de poing, dont certaines de gros calibre, étaient opérationnelles.

Selon une source proche de l'enquête jointe samedi, "les kalachnikovs ont été 'démilitarisées à l'allemande', il suffit de rajouter un percuteur et de déboucher le canon pour qu'elles soient réutilisables. Une 'démilitarisation à la française' aurait été définitive car on aurait coulé du plomb dans le canon."

Le fait qu'une partie des armes soit hors d'usage pourrait affaiblir les charges éventuelles de terrorisme.

Dans une interview au Parisien daté de samedi, Claude Guéant estime que les armes saisies lors des perquisitions "confirment le caractère dangereux" du groupe Forsane Alizza.

"Nous savons grâce au travail de la DCRI que les membres de Forsane Alizza pratiquaient des entraînements physiques hebdomadaires qui peuvent s'apparenter à des séances paramilitaires", ajoute-t-il.

ENTREPRISE TERRORISTE

Parmi les 17 personnes placées en garde à vue figure Willy Brigitte, un Français condamné en 2007 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, a-t-on appris de source policière.

Willy Brigitte, un Guadeloupéen de 43 ans converti à l'islam, a été arrêté vendredi matin a son domicile d'Asnières (Hauts-de-Seine) par la Brigade criminelle, co-saisie de l'enquête avec la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a-t-on précisé.

Aucune arme n'a été découverte lors de la perquisition menée à son domicile par les policiers qui ont saisi son ordinateur et son téléphone portable, dit-on.

Willy Brigitte, qui a étudié dans la fin des années 1990 dans une école coranique du Yémen, avait été remis par l'Australie à la France en 2003.

Il a été condamné en 2007 à neuf ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste". Des documents saisis à son domicile australien semblaient indiquer qu'il projetait de commettre un ou plusieurs attentats en Australie en 2003.

Marine Pennetier, avec Nicolas Bertin et Thierry Lévêque, édité par Jean-Stéphane Brosse

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