La fusion des régions, casse-tête à fort enjeu économique

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LA FUSION DES RÉGIONS, CASSE-TÊTE À FORT ENJEU ÉCONOMIQUE
LA FUSION DES RÉGIONS, CASSE-TÊTE À FORT ENJEU ÉCONOMIQUE

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - La réduction du nombre de régions sera bénéfique à l'économie française si elle s'accompagne d'une capacité d'investissement plus importante pour ces collectivités et n'aura pas un effet majeur dans la réduction des dépenses publiques.

Le projet de réforme territoriale du gouvernement, sur lequel le Premier ministre Manuel Valls a entrepris mardi des consultations avec les responsables des entités concernées, prévoit de faire passer la France métropolitaine de 22 régions à 11 en 2017 et de supprimer les conseils généraux.

Maintes fois envisagé et repoussé, il s'inscrit dans une volonté de simplification de la carte et de renforcement de la région afin de lui donner une "taille critique", selon le terme utilisé par Marie-Guite Dufay, présidente de la Franche-Comté.

La perspective séduit beaucoup plus que celle de la suppression des conseils généraux, qui a provoqué une levée de boucliers dans les départements.

Si des présidents de région redoutent un démantèlement des territoires et plaident pour la protection de leur "identité", comme les Pays-de-la-Loire, d'autres, tels la Bourgogne et la Franche-Comté, oeuvrent déjà à une fusion.

Mais tous restent vigilants, attendant de savoir ce que contiendra vraiment la réforme, qui devra selon le président de l'Association des régions de France (ARF), Alain Rousset, être "une étape de décentralisation très ambitieuse".

L'enjeu est immense pour la Région aux compétences vastes - aménagement et développement durable du territoire, climat, développement économique, soutien à l'innovation, transports et soutien à l'enseignement, mais aux moyens modestes.

En 2013, le budget total des 27 régions françaises était de 27,4 milliards d'euros, soit 2% environ de la dépense publique, dont environ 10 milliards consacrés à l'investissement.

"MASSE CRITIQUE"

Cette relative faiblesse écarte une première idée: l'Etat ne fera pas d'économies majeures de fonctionnement avec les régions, pas même sur les personnels qui représentent moins de trois milliards d'euros et dont 80% sont des agents de terrain.

A l'ARF, on rappelle en outre qu'une fusion entraîne des surcoûts à court terme, le temps de la réorganisation.

De même, les régions françaises ne seront jamais l'égal des Länder allemands, qui ont le fonctionnement d'un Etat, ont des compétences régaliennes (police, justice) et un budget total 11 fois supérieur (286 milliards en 2010).

Les régions ne réclament d'ailleurs pas nécessairement plus de pouvoirs, quoique certaines pensent pouvoir suppléer l'Etat là où il est défaillant, mais souhaitent pouvoir mener des projets plus ambitieux, explique Marie-Guite Dufay.

"L'objectif, c'est d'avoir la masse critique pour se livrer aux investissements qu'on attend d'une région. La première responsabilité d'une région c'est d'investir dans l'avenir, la recherche, le développement", dit-elle à Reuters.

"On met en place des outils de plus en plus compliqués, une ingénierie financière. Avec la Bourgogne, nous pourrions monter un syndicat d'économie mixte pour porter des projets dans les énergies renouvelables. C'est plus sain sur deux régions."

Président de la région Haute-Normandie, qu'il voudrait unir dans une "éco-région" à la Basse-Normandie et la Picardie, Nicolas Mayer-Rossignol souligne, lui, que leur fusion serait naturelle au regard des actions déjà menées en commun.

"Ce qui compte, ce n'est pas le découpage. Ce sont les projets", dit le plus jeune des 22 présidents métropolitains.

"Il y a déjà beaucoup de coopération entre Basse et Haute-Normandie, en tourisme et culture, mais aussi entre Picardie et Haute-Normandie, sur l'éolien en mer par exemple (...) Sur la transition énergétique, l'industrie, on fait déjà beaucoup."

"ESPACES VÉCUS"

Plus que l'identité ou l'histoire, le développement est leur argument numéro un, d'autant plus que la réforme, avec la suppression de la clause de compétence générale, entraînera une réorganisation territoriale, selon le géographe Luc Florent.

"A priori, si la réforme va au bout, avec la suppression d'autres échelons territoriaux, les régions n'auront pas le même budget. Il y aura une seule politique menée à l'échelle d'un territoire plus grand. On va amener de la cohérence", dit-il.

"Aujourd'hui, tout le monde se mêle de tout, par exemple sur le tourisme où chaque collectivité peut mener sa politique, ses actions. C'est la même chose pour l'économie, le social. Il y a des économies d'échelle à faire."

Ce spécialiste de l'aménagement du territoire pose tout de même un bémol: la réforme portera ses fruits si la refonte de la carte de France se fait sans tabou, autour des populations.

"Il faut redessiner à partir des bassins de vie. Le but, c'est la pertinence et la cohérence. Ce sera vrai si on fait des régions qui sont des espaces vécus, pas des régions politiques."

Le risque existe, selon lui, de maintenir des populations trop loin des centres d'activité, des métropoles qui se forment.

Aussi ne faudra-t-il pas arrêter un nombre de régions par principe: "La France est le plus grand pays d'Europe et elle aurait 11 régions alors qu'il y a 16 Länder en Allemagne et 16 régions en Espagne?", dit-il.

L'ARF prône une même souplesse parce que la forme, disent la plupart des acteurs, importera moins que le fond et les fonds.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • pichou59 le mardi 22 avr 2014 à 18:16

    ils CRAIGNENT de perdre leur statut de bourge ET DE TOUS LES AVANTAGES!!!!!

  • M156470 le mardi 22 avr 2014 à 17:49

    FITTOTO -- Je doute fort qu'on y parvienne mais, le cas échéant, je ne me fais aucune illusion concernant les économies d'échelle... Ce sera la même chose qu'en créant les Communautés de Communes ! En fait d'économies, c'est encore plus cher...

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