La fronde fiscale gagne du terrain

le
1
La fièvre anti-impôts grimpe. Ils sont nombreux à vouloir faire revenir le gouvernement sur les hausses d'impôts et de charges annoncées et réclament des économies sérieuses dans les dépenses publiques.

Créateurs de start-up, patrons à la tête d'une entreprise familiale, entrepreneurs à succès du net, PDG des plus grands groupes, hussards décidés à inventer l'avenir. La France qui crée des emplois et de la croissance est en colère. Elle se révolte contre le projet de budget. Elle estime que le compte n'y est pas. Décidé à aligner la fiscalité du capital sur celle des revenus, le gouvernement a déclenché la fronde en annonçant qu'il allait taxer à plus de 60% les plus-values qu'un créateur d'entreprise réalise quand il vend sa société. Indignés, les jeunes entrepreneurs du web ont été les premiers à protester. Utilisant les armes de leur génération, ils ont créé une page sur Facebook et envoyé des messages de moins de 140 signes sur Twitter. Pratiquant l'humour potache, ils se sont baptisés «le mouvement des pigeons».

En quelques jours, ces jeunes iconoclastes ont catalysé les mécontentements provoqués par des mesures prises dans le secret des cabinets ministériels.«Le gouvernement a suscité un profond sentiment d'injustice. Ses projets sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase», s'emporte Marie Ekeland, coprésidente de l'association France Digitale, regroupant plus de 100 jeunes entreprises numériques qui rêvent de devenir les Google tricolores. Car en taxant le risque, le gouvernement a brisé les rêves d'une génération d'entrepreneurs. Il a mis sur le même plan la réussite et l'échec. «Taxer la prise de risque de l'investissement à long terme aux côtés des entrepreneurs, de manière aussi confiscatoire, va provoquer un choc économique et culturel aux conséquences encore plus graves, en termes d'innovation et de création d'emplois, que l'impact de la mise en place des 35 heures sur la compétitivité de l'économie française, il y a dix ans», souligne Grégoire Sentilhes, patron du fonds Nextstage et président des Journées de l'entrepreneur et du G20 Yes, qui organisent chaque année des manifestations dans toute la France et dans le monde, pour donner aux jeunes et aux moins jeunes l'envie d'entreprendre et de faire grandir leur boîte.

Un taux record de prélèvements obligatoires. (en pourcentage du PIB)
Un taux record de prélèvements obligatoires. (en pourcentage du PIB)

Un taux record de prélèvements obligatoires. (en pourcentage du PIB)

Le gouvernement a vascillé en moins de 48 heures

Le président François Hollande, qui promettait un avenir radieux aux jeunes sociétés innovantes pendant la campagne présidentielle, a oublié ses promesses. «Je ne me suis pas payé pendant trois ans quand j'ai créé mon entreprise. Aujourd'hui, je défends les couleurs de la France en Inde, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis. Il faut arrêter de mitrailler les entrepreneurs», témoigne Thierry Lepercq, président fondateur de Solairedirect. Les philippiques d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, ont laissé des traces. «Certains propos sont révoltants. Nous créons des emplois. Nous ne sommes pas des voyous», observe Patricia Chapelotte, présidente d'Albera Conseil et du Club Génération Femmes d'influence. En moins de quarante-huit heures, les révoltés de l'internet ont fait vaciller le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, et le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, ont revu leur copie. Mais leur mea culpa n'a pas suffi, tant la défiance est grande.

Vingt associations patronales et professionnelles ont signé un communiqué demandant au gouvernement de retirer son texte sur les plus-values. Du jamais-vu. Les très discrets grands patrons de l'Afep, qui regroupe les entreprises les plus puissantes, ont apposé leur signature à côté de celles des «pigeons», du Medef, de CroissancePlus, des fonds d'investissement, des business angels. Plus de 17.000 patrons ont aussi signé la pétition de la CGPME, qui fait bande à part. «Les chefs d'entreprise vivent un profond désarroi face à une situation confuse», résume Pierre-Antoine Gailly, président de la chambre de commerce et d'industrie de Paris. Car la confiance est brisée. Le sentiment d'avoir été dupé habite les entrepreneurs. «Quand j'ai pris ma retraite, mon conseiller financier m'a proposé de m'installer en Belgique. Si je devais prendre ma décision aujourd'hui, je suivrais ses conseils», lâche un ancien dirigeant d'entreprise qui investit dans de jeunes sociétés.

Jean-David Chamboredon, le «père des pigeons. Ce polytechnicien préside le fond ISAI, qui investit dans d
Jean-David Chamboredon, le «père des pigeons. Ce polytechnicien préside le fond ISAI, qui investit dans des jeunes pousses prometteuses, avant de les céder.

Jean-David Chamboredon, le «père des pigeons. Ce polytechnicien préside le fond ISAI, qui investit dans des jeunes pousses prometteuses, avant de les céder. Crédits photo : jean-erick Pasquier

Les entrepreneurs se sentent pris en étau. «Ils ont légitimement l'impression de porter quasi seuls le lourd fardeau fiscal, car le gouvernement ne pratique pas de coupes claires dans les dépenses publiques», résume un avocat fiscaliste. Les artisans et les commerçants ont également le moral au plus bas. Selon un sondage Fiducial, près d'un petit patron sur quatre a connu des problèmes de santé. L'UPA, l'organisation professionnelle qui représente 1,2 million d'entreprises, mobilise ses adhérents contre l'augmentation des cotisations sociales au régime social des indépendants et les divers prélèvements supplémentaires, qui s'élèvent à 1,1 milliard d'euros. Elle lance une pétition.

Les professions libérales sont sur le qui-vive

Mais certains bons connaisseurs du monde des artisans redoutent que les organisations professionnelles n'arrivent pas à canaliser leurs mécontentements. Les retraités manifestent eux aussi. La grogne monte chez les dentistes et les médecins. Philippe Letertre, un médecin plasticien de Nice, a ouvert dimanche dernier dans la soirée une page sur Facebook, qui est devenue en quelques jours le forum de plus de 15.000 médecins et professionnels de la santé. «Nous allons réaliser des cahiers de doléances», explique-t-il.

Toutes les professions libérales sont sur le qui-vive. «Nos charges de fonctionnement, notre fiscalité, nos cotisations sociales augmentent alors que nous nous serrons la ceinture. Pour la première fois, plusieurs centaines d'avocats ont été mis en redressement judiciaire cette année. Nous ne sommes pas des vaches à lait. Nous réfléchissons à lancer un mouvement d'ampleur nationale aux côtés d'autres entrepreneurs et des artisans», affirme David Gordon-Krief, le président de l'Union nationale des professions libérales, qui regroupe 65 syndicats et organisations professionnelles allant des avocats aux infirmières en passant par les commissaires-priseurs. Car la France qui prend des risques en a assez d'un Etat prêt à justifier toujours plus d'impôts et de dépenses qui hypothèquent l'avenir.

LIRE AUSSI:

» Les patrons n'ont plus confiance dans le gouvernement

» Les patrons exigent le retrait de la taxe sur les plus-values

» Face aux «pigeons», Bercy recule mais pas trop

» L'entreprise Sociale Pigeonnée?

» Les créateurs de start-up se disent pris pour des «pigeons»

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • faeric le mardi 23 oct 2012 à 14:10

    La meilleur ronde fiscale possible est de limiter ou supprimer vos impots.Sur les salaires c'est compliqué, sur les revenus annexe, il suffit de les placer dans des cadres protégés (bien q je pense q cela soit temporaire) ou tout simplement les annihiler, puisqu'il fallait faire des efforts pour preparer sa retraite, mais a quoi bon qd on voit comment l'épargne est saccagée!