La France veut plus d'observateurs de l'Onu en Syrie

le
2
La France veut plus d'observateurs de l'Onu en Syrie
La France veut plus d'observateurs de l'Onu en Syrie

par John Irish et Daniel Flynn

PARIS (Reuters) - La mission des observateurs des Nations unies en Syrie a besoin de 300 à 400 membres, au lieu des 250 envisagés actuellement, pour être efficace, a déclaré jeudi le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy a insisté à nouveau pour sa part sur la nécessité d'établir des "couloirs humanitaires" pour protéger les opposants au régime de Bachar al Assad.

Le président français et le chef de sa diplomatie s'exprimaient peu avant la réunion, dans l'après-midi à Paris, de 14 ministres des Affaires étrangères des pays du groupe des "Amis de la Syrie".

La France a appelé les grandes puissances à faire preuve d'unité. Nicolas Sarkozy s'est déclaré convaincu que la Chine et la Russie se rallieraient à la communauté internationale pour obtenir du gouvernement syrien la fin des violences.

"Bachar al Assad ment de façon éhontée, il veut rayer de la carte Homs comme (le dirigeant libyen Mouammar) Kadhafi voulait rayer de la carte Benghazi", a-t-il dit sur Europe 1.

"Nous voulons conforter les pays arabes (...) qui veulent agir. La solution, c'est l'établissement de couloirs humanitaires pour qu'une opposition puisse exister en Syrie", a-t-il ajouté, en se disant "convaincu" que le régime syrien est condamné.

Une semaine après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié par Kofi Annan, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, la trêve reste fragile en Syrie, où des accrochages et des bombardements sont signalés chaque jour dans des zones tenues par la rébellion.

Le gouvernement syrien assure lui que des "groupes terroristes" continuent de s'en prendre aux forces de sécurité.

Les ministres des Affaires étrangères des "Amis de la Syrie", qui comprend notamment les Etats-Unis, la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite, devraient examiner à Paris l'évolution de la situation et évaluer l'impact du plan Annan.

"LA FRANCE NE FAIT PAS CONFIANCE À ASSAD"

Si ce plan échouait, de nouvelles mesures devraient être envisagées, a dit jeudi Alain Juppé.

L'envoi de 250 observateurs a été approuvé samedi dans le cadre de la première résolution sur la Syrie votée par le Conseil de sécurité depuis le début de la crise, en mars 2011. La Russie et la Chine, qui avaient opposé leur veto à deux précédents textes, ont fini par rallier la majorité.

Mais ce nombre d'observateurs est de plus en plus jugé insuffisant pour que la mission soit efficace.

Il en faudrait "de 300 à 400", a dit Alain Juppé.

"La France ne fait pas confiance a Assad et à son gouvernement pour tenir leurs engagements", a dit le chef de la diplomatie française. "C'est le régime qui porte la responsabilité de la situation actuelle. Assad ne joue pas le jeu et nous mène en bateau".

Dans un rapport d'étape présenté au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a souligné mercredi que le régime syrien ne s'était pas mis totalement en conformité avec les dispositions prévues par le plan de paix.

"Cela n'équivaut pas encore au signal clair attendu de la part des autorités syriennes", a-t-il dit, évoquant notamment le non retrait des forces syriennes des zones urbaines.

Lui aussi estime que les 250 observateurs initialement prévus ne suffiront pas et réclame que la mission d'observation soit composée au final de 300 "bérets bleus".

Selon un diplomate arabe en poste à Paris, ce qu'Assad doit comprendre, c'est que la communauté internationale continue d'exercer des pressions sur son gouvernement et que la menace d'actions supplémentaires s'il ne se conforme pas totalement au plan de paix reste entière.

"Ce que nous voulons, c'est l'arrêt des effusions de sang et des violences, préférablement par le biais d'une solution pacifique, mais nous ne pouvons pas attendre indéfiniment", a-t-il dit.

L'option des "couloirs humanitaires" permettrait l'acheminement sécurisé d'aides depuis la Turquie (au nord), le Liban (à l'ouest) et la Jordanie (à l'est).

Mais leur mise en place, de même qu'une possible zone tampon évoquée par la Turquie notamment, qui a accueilli jusqu'à 23.000 réfugiés syriens sur son territoire, dépend d'un feu vert des Nations unies.

"Ces options sont étudiées dans une éventualité défavorable. Aucune décision n'a été prise et dans un monde idéal, elles nécessiteraient le soutien du Conseil de sécurité de l'Onu", souligne un diplomate devant participer à la réunion de Paris.

Évoquant l'attitude de la Russie et de la Chine, qui ont certes voté la résolution 2042 sur l'envoi d'observateurs en Syrie mais s'opposent à toute intervention militaire, Nicolas Sarkozy a estimé que "les Chinois comme les Russes n'aiment pas être isolés et, lorsqu'on réunit les grands pays pour dire 'voilà dans quelle direction il faut aller' avec nos alliés arabes, l'isolement de la Chine et de la Russie sur le dossier syrien ne durera pas."

Avec Yann Le Guernigou et Emmanuel Jarry, édité par Henri-Pierre André

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • birmon le jeudi 19 avr 2012 à 14:38

    Notre armée est déjà engagée en Asie, en Afrique et assure une présence aux Antilles, dans le Pacifique et l'Océan Indien. C'est beaucoup pour un pays en difficulté économique. Il ne faut pas nous lancer dans une aventure en Syrie, aux portes de l'Iran. Occupons nous en priorité de nos propres problèmes.

  • M3101717 le jeudi 19 avr 2012 à 12:27

    Et si on invitait tous les dissidents Syriens au défilé du 14 juillet comme invités d'honneur ? Là, ça aurait de l'allure ;)