La France va devoir mieux protéger ses ours bruns

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On ne dénombrait l?an passé que vingt-et-un plantigrades dans le massif des Pyrénées. Insuffisant pour que l?espèce survive à long terme, assurent les associations de protection de l?environnement.
On ne dénombrait l?an passé que vingt-et-un plantigrades dans le massif des Pyrénées. Insuffisant pour que l?espèce survive à long terme, assurent les associations de protection de l?environnement.

De société, le sujet déchaîne les passions et revient ponctuellement sur le devant de la scène. En l'occurrence, c'est Bruxelles qui a ravivé la polémique?


Et redonné du baume au c?ur des associations de protection de l'environnement en adressant il y a quelques jours à la France « une lettre de mise en demeure pour avoir manqué à ses obligations de protection de l'ours brun dans les Pyrénées », rapportent nos confrères du Monde.


Tiraillés depuis de longues années entre les nécessités de protéger la biodiversité et de ménager les intérêts des éleveurs, lesquels imputent aux plantigrades d'importants dégâts sur les troupeaux, les pouvoirs publics pourraient faire l'objet d'une saisine de la Cour de justice européenne (CJE). Ils disposent désormais d'un court délai de deux mois pour prendre de nouvelles dispositions afin d'éviter cette issue. Directeur de l'association de protection Pays de l'ours-ADET interrogé par le quotidien, Alain Reynes accuse Paris de « (jouer) la montre depuis des années pour ne pas respecter ses engagements » et assure que, pour éviter des sanctions qui, d'après les ONG, pourraient aller jusqu'à des pénalités financières voire le gel des fonds structurels continentaux versés à l'agriculture, au tourisme ou aux infrastructures de la région, le gouvernement va devoir adopter « un nouveau plan de restauration détaillant les mesures de protection de l'espèce et de cohabitation avec les activités humaines ainsi que les moyens financiers mis en ?uvre ».


L'état des effectifs ? si trois naissances ont été enregistrées, on ne dénombrait que vingt-et-un ours bruns dans les Pyrénées l'an passé ? et les tergiversations des décideurs ont donc interpellé la Commission européenne, qui semble avoir repris à son compte la thèse des environnementalistes selon lesquels la population n'est pas viable à long terme. M. Reynes évoque « une échéance de cinquante ans » et fait aussi état d'une situation critique « sur le versant ouest du massif, où l'on ne compte plus que deux mâles qui disparaîtront si l'on ne renforce pas cette population ».




Une stratégie à revoir



Et d'ajouter : « L'état de la population est par ailleurs mauvais sur le versant centre-est, en Ariège essentiellement : on manque de diversité génétique dans la mesure où le mâle dominant, Pyros, a fécondé toutes les femelles depuis 1997. Il faudrait donc poursuivre l'intégration. » Un état des lieux préoccupant qui correspond peu ou prou au diagnostic émis il y a deux ans dans son rapport scientifique par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, pour qui « il (était) peu probable que la population d'ours bruns des Pyrénées atteigne un état de conservation favorable si des réintroductions ne sont pas réalisées dans un avenir proche ».


« Virtuellement éteint puisqu'il n'y a plus que des mâles, le noyau occidental nécessiterait le lâcher de dix femelles et cinq mâles, et le noyau central cinq à six femelles pour respecter le critère de risque d'extinction de l'UICN (Union internationale de conservation de la nature) », précisait-il. Face à l'hostilité jamais démentie des éleveurs ovins et des chasseurs, de l'avis desquels les ours ne peuvent cohabiter avec les autres espèces et portent un préjudice trop important à l'écosystème pour que les autorités les laissent prospérer, le ministère de l'Ecologie a depuis renoncé à lâcher un individu femelle dans le versant ouest pour « remplacer » Franska, mortellement touchée à la suite d'une collision avec un automobiliste en 2007.


La France « compte sur l'accroissement naturel de l'espèce pour atteindre une population viable dans le massif, soit une cinquantaine d'individus », résume le site Internet du quotidien. Une stratégie que Bruxelles juge incompatible avec la directive dite « Habitat-faune-flore », adoptée en 1992 et qui impose aux Etats membres des obligations de protection des ours.


Paris va devoir changer de cap pour tenir ses engagements et s'éviter des désagréments majeurs. Dans le cas contraire, la Commission européenne ne manquera pas de lui faire payer la note.


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