La France trouve un rare écho à la BCE sur l'euro fort

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L'EURO FORT EN DÉBAT JUSQU'À LA BCE
L'EURO FORT EN DÉBAT JUSQU'À LA BCE

par Leigh Thomas

PARIS (Reuters) - Renvoyés dans leurs cordes dans le passé quand ils déploraient le niveau élevé de l'euro, les dirigeants français trouvent aujourd'hui un rare écho auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Mais pour des raisons très différentes.

En France, c'est l'impact de l'euro fort sur la fragile reprise économique qui est redouté, les exportations françaises étant très sensibles aux prix, alors que l'institut de Francfort craint son effet négatif sur une inflation déjà très basse.

La devise européenne s'échangeait vendredi matin sous 1,38 dollar, en repli après les déclarations de la présidente de la Réserve fédérale américaine sur une possible remontée des taux. L'euro a atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis deux ans et demi face à la monnaie américaine, à 1,3967 dollar.

A gauche comme à droite, les responsables politiques français ont souvent critiqué l'euro fort, parfois aidés par des chefs d'entreprises exportatrices comme Airbus, et appelé la BCE à agir, ce à quoi cette dernière répondait que les taux de change ne relèvent pas de son mandat.

La semaine dernière, le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que le niveau de l'euro devenait "de plus en plus pertinent dans l'évaluation de la stabilité des prix", des propos qui avaient fait baisser la monnaie européenne.

"C'est très ironique parce que c'est pour des raisons différentes que la BCE et les officiels français apparaissent sur la même ligne aujourd'hui", souligne Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole.

PAS UN BOUC ÉMISSAIRE

Face à un ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, vent debout dès que l'euro s'apprécie, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et le ministre des Finances, Pierre Moscovici, ont des appréciations plus nuancées.

"L'euro est un peu surévalué", selon le chef du gouvernement, Pierre Moscovici l'estimant "élevé", les deux responsables insistant pour que la monnaie européenne ne soit pas un bouc émissaire pour faire oublier les problèmes de compétitivité de la France.

A Francfort, les critiques françaises, émises par exemple par Nicolas Sarkozy quand il était chef de l'Etat, sont perçues comme une remise en cause de l'indépendance de la BCE, un pilier farouchement défendu de la construction de la zone euro.

"L'indépendance de la BCE n'a pas la même importance en France", estime Frederik Ducrozet, en notant que depuis quelque temps, à Paris, "il y a plus de prudence dans les commentaires, avec plus de respect pour l'institution et son indépendance".

François Hollande ne s'est pas exprimé sur la récente appréciation de l'euro. L'Allemagne avait rejeté en février 2013 son appel à fixer un objectif de moyen terme pour le niveau de l'euro.

Selon le Conseil d'analyse économique, une baisse de 10% du niveau de l'euro se traduirait par une baisse de 7% à 8% du prix des biens français exportés hors de la zone euro, tandis que les importations seraient renchéries de 3,5%.

UN FACTEUR DÉCISIF POUR LA BCE ?

La France, qui pèse plus d'un cinquième du PIB de la zone euro, a vu sa part dans les exportations du bloc vers le reste du monde tomber d'environ 16% il y a dix ans à environ 12%.

Face au ralentissement de l'inflation dans la zone euro, à 0,7% en février, les économistes considèrent que le niveau de l'euro devient un facteur décisif pour de prochaines actions de la part de la BCE.

"L'appréciation de l'euro qu'on a vue ces dernières semaines constituerait un choc déflationniste qui peut pousser l'inflation beaucoup plus bas. C'est clairement à prendre au sérieux", estime Fabrice Montagné, économiste chez Barclays.

Mais il n'y a pas de consensus sur les actions qui seraient les plus efficaces, souligne Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank.

Le recul de l'euro face au dollar après les dernières déclarations de la Fed pourrait pousser la BCE à laisser à la banque centrale américaine le soin de résoudre ce défi, a-t-il ajouté.

(avec Eva Taylor à Francfort, Jean-Baptiste Vey pour le service français, édité par Yves Clarisse)

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  • M3154658 le vendredi 21 mar 2014 à 11:12

    Tout va bien dans le meilleur des mondes possible ! Ce n'est pas l'Euro qui n'est pas à son cours mais la FRANCE qui n'est pas au cours de l'Euro ... Vive la cinquième république qui détruit depuis des décennies des emplois qui rapportent pour y substituer des emplois qui coutent à cause des dépenses publiques sans cesse croissantes ... par clientélisme !