La France se prépare aux pires scénarios pendant l'Euro

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    * Les "fan zones", principal sujet d'inquiétude 
    * Les autorités craignent une attaque dans les transports 
    * Une trentaine d'exercices organisés 
    * Une cellule d'analyse 24 heures/24 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 6 juin (Reuters) - Sept mois après les tueries de 
novembre 2015, les autorités françaises se préparent à de 
potentiels nouveaux attentats de grande ampleur durant l'Euro de 
football, que les observateurs voient comme une cible toute 
désignée pour la mouvance djihadiste, et anticipent plusieurs 
scénarios catastrophe. 
    "Nous faisons tout pour éviter une attaque terroriste, et 
nous nous préparons également à y répondre", a récemment déclaré 
le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui mobilise pour 
l'occasion 42.000 policiers et 30.000 gendarmes. 
    L'exécutif et les services de police assurent qu'il n'existe 
à leur connaissance aucune menace précise pesant sur l'Euro. 
Mais le pays demeure un objectif prioritaire pour le groupe Etat 
islamique (EI), selon les services de renseignement.   
    Police, renseignements et secours sont donc en alerte avant 
la compétition, qui doit débuter vendredi par un match des Bleus 
au Stade de France, là même où trois assaillants mandatés par 
l'Etat islamique se sont fait exploser le 13 novembre dernier. 
    Avant le coup d'envoi, une trentaine d'exercices de 
simulation a été organisée, notamment dans les stades, pour 
adapter au mieux la réponse des secours. 
    Lundi 30 mai, la préfecture du Rhône a par exemple joué le 
scénario d'une attaque commise au stade de Lyon, le Parc OL, par 
deux kamikazes équipés de ceintures explosives, suivie de 
mouvements de panique. Bilan fictif: dix morts et plusieurs 
dizaines de blessés. 
    Et, jusqu'à la finale du tournoi prévue le 10 juillet, une 
cellule composée de membres des renseignements intérieurs et 
extérieurs et de responsables des forces de l'ordre travaillera 
jour et nuit pour identifier les risques éventuels.  
         
    "ENGINS EXPLOSIFS"  
    En dépit des moyens mis en oeuvre, le risque d'attaque n'a 
pas éteint tout débat au sommet des services de sécurité, en 
particulier au sujet des "fan zones", ces lieux de rassemblement 
de supporteurs installés au coeur des 10 villes hôtes. 
    Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, a lui-même 
plaidé auprès de Bernard Cazeneuve pour la fermeture du site du 
Champ-de-Mars les jours de matches au Parc des Princes ou au 
Stade de France, en invoquant l'état de fatigue des forces de 
l'ordre.   
    A la suite d'un courrier envoyé fin mai à son ministère de 
tutelle, il a obtenu un renforcement significatif des moyens 
alloués au dispositif à Paris et dans la petite couronne - de 
10.000 personnes environ à plus de 13.000. 
    Les "fan zones", où sont attendues sept à huit millions de 
visiteurs, ressemblent au décor du scénario redouté par le 
Directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), celui d'un 
attentat à la bombe.   
    "Nous risquons d'être confrontés à une nouvelle forme 
d'attaque : une campagne terroriste caractérisée par le dépôt 
d'engins explosifs dans des lieux où est rassemblée une foule 
importante, ce type d'action étant multiplié pour créer un 
climat de panique", a déclaré le mois dernier Patrick Calvar, 
lors d'une audition à l'Assemblée nationale. 
    Le 13 novembre 2015, les assaillants de l'EI avaient tué la 
majorité des 130 victimes au fusil d'assaut.      
    "Nous savons que Daech planifie de nouvelles attaques" et 
pourrait vouloir "essayer de frapper le plus rapidement possible 
et le plus fort possible", a insisté le patron des 
renseignements intérieurs durant son audition - des propos qui 
"font froid dans le dos" selon un député présent ce jour-là. 
     
    INQUIÉTUDE DES ETATS-UNIS 
    Une partie de la droite s'est saisie de la question des "fan 
zones" et a ouvert un débat sur l'opportunité de les maintenir. 
"Je trouve que c'est un risque", a déclaré Nicolas Sarkozy.  
    Frédéric Péchenard, bras droit de l'ex-président et 
directeur de la police nationale pendant cinq ans, a quant à lui 
jugé la semaine dernière "peu raisonnable de maintenir les 'fan 
zones', en tout cas celle de Paris", alors même que les 
policiers auront d'autres tâches à effectuer. 
    Il ne s'agit pas là du seul sujet de préoccupation pour les 
autorités.         
    Elles craignent en particulier un attentat dans les 
transports en commun, notamment les trains, ou contre une 
institution symbolisant l'autorité de l'Etat, comme une école de 
police, dit une source au sein des services de sécurité. 
    De même source, on affirme que les autorités disposent 
d'informations suggérant que l'EI a étudié le déroulement des 
attaques du 13 novembre et en a tiré des enseignements sur le 
mode opératoire de futures opérations en France. 
    Elles se préparent donc à l'éventualité d'actions en 
cascade, qui pourraient commencer par un incident mineur, tel un 
incendie, servant de piège pour attirer secours et policiers.    
         
    Toujours selon cette source, les pouvoirs publics ont mis au 
point des plans d'évacuation sanitaire pour le cas où des actes 
seraient perpétrés ailleurs qu'à Paris, par exemple à Marseille, 
où les structures hospitalières ne seraient pas suffisantes en 
cas d'attaque de masse. 
    Les Etats-Unis partagent l'inquiétude de la France. 
  
    "Les stades de l'Euro, les 'fan zones' et les sites non 
officiels qui retransmettent le tournoi en France et dans toute 
l'Europe représentent des cibles potentielles pour les 
terroristes", a écrit le Département d'Etat américain dans un 
avis à l'attention des voyageurs diffusé la semaine dernière. 
    Dans ces conditions, rien n'est exclu, selon Bernard 
Cazeneuve, y compris la possibilité de fermer temporairement des 
"fan zones", de jouer des matches à huis clos ou d'en annuler 
certains en cas de menace précise. 
    "Toutes les options ont été travaillées entre l'organisateur 
et les parties prenantes, et le dispositif de sécurité est conçu 
pour s'adapter en temps réel", a-t-il dit dans une interview au 
journal L'Equipe, en précisant toutefois qu'il ne fallait pas 
"faire peur à tout prix". 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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