La France se prépare aux pires scénarios pendant l'Euro

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LA FRANCE SE PRÉPARE AUX PIRES SCÉNARIOS DURANT L'EURO
LA FRANCE SE PRÉPARE AUX PIRES SCÉNARIOS DURANT L'EURO

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Sept mois après les tueries de novembre 2015, les autorités françaises se préparent à de potentiels nouveaux attentats de grande ampleur durant l'Euro de football, perçu comme une cible toute désignée pour la mouvance djihadiste, et anticipent plusieurs scénarios catastrophe.

"Nous faisons tout pour éviter une attaque terroriste, et nous nous préparons également à y répondre", a récemment déclaré le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui mobilise pour l'occasion 42.000 policiers et 30.000 gendarmes.

L'exécutif et les services de police assurent qu'il n'existe à leur connaissance aucune menace précise pesant sur l'Euro. Mais le pays demeure un objectif prioritaire pour le groupe Etat islamique (EI), selon les services de renseignement.

Police, renseignements et secours sont donc en alerte avant la compétition, qui doit débuter vendredi par un match des Bleus au Stade de France, là même où trois assaillants mandatés par l'EI se sont fait exploser le 13 novembre dernier.

Avant le coup d'envoi, une trentaine d'exercices de simulation a été organisée, notamment dans les stades, pour adapter au mieux la réponse des secours.

Lundi 30 mai, la préfecture du Rhône a ainsi joué le scénario d'une attaque commise au stade de Lyon, le Parc OL, par deux kamikazes équipés de ceintures explosives, suivie de mouvements de panique. Bilan fictif : dix morts et plusieurs dizaines de blessés.

Et, jusqu'à la finale du tournoi prévue le 10 juillet, une cellule composée de membres des renseignements intérieurs et extérieurs et de responsables des forces de l'ordre travaillera jour et nuit pour identifier les risques éventuels.

"ENGINS EXPLOSIFS"

En dépit des moyens mis en oeuvre, le risque d'attaque n'a pas éteint tout débat au sommet des services de sécurité, en particulier au sujet des "fan zones", ces lieux de rassemblement de supporteurs installés au coeur des dix villes hôtes.

Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, a lui-même plaidé auprès de Bernard Cazeneuve pour la fermeture du site du Champ-de-Mars les jours de matches au Parc des Princes ou au Stade de France, en invoquant l'état de fatigue des forces de l'ordre. A la suite d'un courrier envoyé fin mai à son ministère de tutelle, il a obtenu un renforcement significatif des moyens alloués au dispositif à Paris et dans la petite couronne - de 10.000 personnes environ à plus de 13.000.

Les "fan zones", où sont attendues sept à huit millions de visiteurs, ressemblent au décor du scénario redouté par le Directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), celui d'un attentat à la bombe.

"Nous risquons d'être confrontés à une nouvelle forme d'attaque : une campagne terroriste caractérisée par le dépôt d'engins explosifs dans des lieux où est rassemblée une foule importante, ce type d'action étant multiplié pour créer un climat de panique", a déclaré le mois dernier Patrick Calvar, lors d'une audition à l'Assemblée nationale.

Le 13 novembre 2015, les assaillants de l'EI avaient tué la majorité des 130 victimes au fusil d'assaut.

"Nous savons que Daech planifie de nouvelles attaques" et pourrait vouloir "essayer de frapper le plus rapidement possible et le plus fort possible", a insisté le patron des renseignements intérieurs durant son audition - des propos qui "font froid dans le dos" selon un député présent ce jour-là.

INQUIÉTUDE DES ETATS-UNIS

Une partie de la droite s'est saisie de la question des "fan zones" et a ouvert un débat sur le bien-fondé de les maintenir. "Je trouve que c’est un risque", a déclaré Nicolas Sarkozy.

Frédéric Péchenard, bras droit de l'ex-président et directeur de la police nationale pendant cinq ans, a quant à lui jugé la semaine dernière "peu raisonnable de maintenir les 'fan zones', en tout cas celle de Paris", alors même que les policiers auront d'autres tâches à effectuer.

Il ne s'agit pas là du seul sujet de préoccupation pour les autorités.

Elles craignent en particulier un attentat dans les transports en commun, notamment les trains, ou contre une institution symbolisant l'autorité de l'Etat, comme une école de police, dit-on au sein des services de sécurité.

De même source, on affirme que les autorités disposent d'informations suggérant que l'EI a étudié le déroulement des attaques du 13 novembre et en a tiré des enseignements sur le mode opératoire de futures actions en France.

Elles se préparent donc à l'éventualité d'actions en cascade, qui pourraient commencer par un incident mineur, tel un incendie, servant de piège pour attirer secours et policiers.

Toujours selon cette source, les pouvoirs publics ont mis au point des plans d'évacuation sanitaire pour le cas où des actes seraient perpétrés ailleurs qu'à Paris, par exemple à Marseille, où les structures hospitalières ne seraient pas suffisantes en cas d'attaque de masse.

Les Etats-Unis partagent l'inquiétude de la France.

"Les stades de l'Euro, les 'fan zones' et les sites non officiels qui retransmettent le tournoi en France et dans toute l'Europe représentent des cibles potentielles pour les terroristes", a écrit le département d'Etat américain dans un avis à l'attention des voyageurs diffusé la semaine dernière.

Dans ces conditions, rien n'est exclu, selon Bernard Cazeneuve, y compris la possibilité de fermer temporairement des "fan zones", de jouer des matches à huis clos ou d'en annuler certains en cas de menace précise.

"Toutes les options ont été travaillées entre l’organisateur et les parties prenantes, et le dispositif de sécurité est conçu pour s'adapter en temps réel", a-t-il dit dans une interview au journal L'Equipe, en précisant toutefois qu'il ne fallait pas "faire peur à tout prix".

(Edité par Yves Clarisse)

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