La France s'inquiète de la hausse de l'euro

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - La France s'inquiète de l'appréciation de l'euro et mènera le "combat" à l'Eurogroupe et au G20 pour un retour à un plus juste niveau des parités, ont déclaré des hauts responsables français.

L'euro a atteint mercredi son plus haut niveau depuis 14 mois face au dollar, à plus de 1,35 dollar, et son plus haut niveau depuis 33 mois face au yen, des parités qui pèsent sur les exportations même si elles allègent le coût des importations, en particulier d'énergie.

"L'euro est trop haut par rapport à ce que l'économie européenne est en droit d'attendre", a dit mercredi le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, interrogé lors d'une conférence de presse.

"Nous sommes attentifs à cette question qui est débattue au sein de l'Eurogroupe et qui fait l'objet de toute l'attention du président de la République, du Premier ministre et du gouvernement français", a-t-il poursuivi.

Les responsables politiques européens s'abstiennent le plus souvent de commenter le niveau de l'euro, la politique monétaire étant du ressort exclusif de la Banque centrale européenne, qui est indépendante, et dont plusieurs membres ne croient pas à une politique délibérée d'affaiblissement du dollar par la Réserve fédérale américaine - souvent soupçonnée en France.

Mais, selon une source au ministère des Finances, si elle témoigne d'un regain salutaire de confiance dans la zone euro, "l'appréciation actuelle de l'euro est aussi un désavantage pour nos exportations parce que dans d'autres zones de la planète, on a des politiques monétaires plus offensives qu'en Europe".

"Il est de la responsabilité des instances internationales, à commencer par l'Eurogroupe et le G20, de veiller à la définition du retour à un juste niveau des parités, c'est un combat que nous allons mener", a poursuivi la source.

Les craintes d'une "guerre des changes" ou d'une "guerre des monnaies" se sont nettement accrues avec l'anticipation d'une politique monétaire japonaise agressive.

LA FRANCE PARTICULIÈREMENT MENACÉE

Selon les économistes, la France est plus menacée par une hausse de l'euro que d'autres pays de la zone euro, notamment l'Allemagne, du fait d'exportations industrielles plus sensibles aux prix.

Quand l'euro a baissé au plus fort de la crise des dettes souveraines, la France a vu ses parts de marché à l'export arrêter de se dégrader par rapport au reste de la zone euro, un mouvement qu'un renchérissement de la monnaie unique pourrait remettre en cause, risquant d'obérer un peu plus les perspectives de croissance de l'économie française cette année.

D'autant que plusieurs analystes estiment que la hausse de l'euro pourrait se poursuivre. Ian Stannard, responsable de la stratégie de changes européenne de Morgan Stanley, estime ainsi qu'"il y a une probabilité accrue que l'euro progresse à 1,36 dollar, et peut-être même qu'il s'approche de 1,40 dollar".

Critique récurrent de l'euro fort quand il dirigeait EADS, Louis Gallois presse lui aussi les autorités européennes d'agir.

"Le redressement de la compétitivité dans les pays les plus exposés à la concurrence par les prix, et donc en France, est, pour partie, lié à un niveau plus acceptable de l'euro par rapport aux principales monnaies mondiales", a-t-il écrit dans son récent rapport sur la compétitivité de l'économie française.

"Les économistes fixent ce niveau entre 1,15 et 1,2 dollar pour un euro (parité du pouvoir d'achat). Il importe que l'Eurogroupe, qui en a la responsabilité, appuyé par la BCE qui en a les clés, s'exprime clairement (il ne l'a pratiquement jamais fait dans ce sens)", poursuit-il.

Louis Gallois expliquait souvent qu'une hausse de 10 cents de l'euro représentait un milliard d'euros de résultat opérationnel annuel en moins pour EADS, la maison mère d'Airbus, dont l'essentiel des ventes est libellé en dollar.

Une étude de Deutsche Bank établi à 1,22-1,24 dollar le niveau de l'euro à partir duquel l'économie française est fragilisée. Pour l'Italie, ce niveau serait de 1,16-1,17 dollar, tandis qu'il serait de 1,54-1,94 dollar pour l'Allemagne et de 1,83-1,90 dollar pour l'Espagne.

"PAS LA PANACÉE"

Ewald Nowotny, gouverneur de la Banque d'Autriche et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a déclaré mercredi que malgré sa hausse face au dollar et au yen, l'euro restait dans sa bande de fluctuation historique.

Benoît Coeuré, ancien numéro deux du Trésor français et membre du directoire de la BCE, a quant à lui récemment mis en garde contre une lecture trop simpliste des niveaux des devises.

"La baisse du taux de change n'est pas la panacée dont rêvent les industriels", a-t-il dit sur BFM Business le 18 janvier, soulignant qu'"une dépréciation du taux de change ajouterait aux prix des produits importés pour les entreprises et les ménages."

"Le taux de change est une variable importante dans le processus de décision de la BCE parce que ça a un impact sur les prix, sur le fonctionnement de l'économie, ça ne peut pas être une cible en tant que telle", a-t-il poursuivi. "C'est une variable importante qu'on suit mais ça n'est pas un objectif de la politique monétaire de la BCE."

Avec Anooja Debnath à Londres, édité par Yves Clarisse

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