La France s'apprête à accueillir un Euro 2016 sous haute sécurité

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    * Un événement majeur sept mois après les attentats de 
novembre 
    * Les organisateurs se veulent rassurants 
    * Certaines procédures revues 
    * Des policiers déjà très sollicités 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 2 mars (Reuters) - La France accueillera dans 100 
jours le match d'ouverture d'un Euro de football sous haute 
sécurité, dans le contexte toujours sensible de l'après-13 
novembre 2015. 
    Pour les organisateurs et le gouvernement, le défi consiste 
à garantir la sécurité des 2,5 millions de spectateurs attendus, 
de dix stades situés dans dix villes différentes, de 51 matches 
et de 24 sélections nationales itinérantes. 
    Ils assurent que le dispositif est prévu pour parer à toute 
éventualité mais "la problématique sécuritaire va peser comme  
une épée de Damoclès", reconnaît Jacques Lambert, président 
d'Euro 2016 SAS, la société organisatrice. 
    "C'est un sujet de préoccupation qui demeurera jusqu'au 10 
juillet aux alentours de minuit", souligne-t-il dans un 
entretien au Figaro de mercredi. 
    Toutefois, dit-il, l'hypothèse d'un attentat ne l'empêchera 
pas de dormir. 
    Jusque-là diffuse, la menace a changé de nature en 2015, et 
plus encore le 13 novembre, lorsque trois assaillants ont 
actionné leur ceinture d'explosifs aux abords du stade de 
France, en plein match des Bleus. 
    Ce même stade, d'une capacité de 80.000 personnes, doit 
accueillir le match d'ouverture le 10 juin, la finale le 10 
juillet, et cinq autres rencontres.  
    "On voit arriver cet événement avec pas mal d'anxiété, à la 
fois à cause du risque terroriste et en raison de la fatigue de 
nos collègues, qui sont déjà très sollicités", selon Nicolas 
Comte, du syndicat Unité Police. 
    Pour faire face, le ministère de l'Intérieur compte déployer 
dans les villes hôtes des compagnies de CRS et des escadrons de 
gendarmerie - une quinzaine au total pour la seule 
Ile-de-France, dit-on de source policière. 
     
    "LE RISQUE N'EST PAS NOUVEAU" 
    La société Euro 2016 SAS, à qui revient la responsabilité de 
la sécurité dans les stades, prévoit quant à elle 900 agents de 
sécurité privée en moyenne par match, un chiffre qui pourra 
grimper à environ 1.200 pour le stade de France. 
    Il faut y ajouter 200 volontaires chargés d'orienter les 
spectateurs, et autour de 80 secouristes, soit plus d'un millier 
d'agents en moyenne dans chaque stade les jours de match -- 
environ 30% de plus que pour une rencontre ordinaire.     
    "La France a les moyens de faire face, c'est une question de 
répartition et de coordination optimale des moyens", assure le 
préfet Nicolas Desforges, délégué interministériel aux grands 
événements sportifs.  
    Pour arriver à leur siège, les spectateurs devront en 
théorie franchir trois étapes, soit une de plus que pour les 
matches habituels de l'équipe de France : à l'extérieur, où ils 
seront fouillés, à l'entrée, puis dans le stade. 
    Les tueries de 2015 ont incité les organisateurs à revoir 
certaines procédures. Ils ont par exemple décidé de soumettre 
également les spectateurs "VIP" aux fouilles. 
    "A la suite des attentats de janvier et de novembre, nous 
n'avons pas remis en cause notre schéma de sécurité. Nous avons 
simplement renforcé certaines mesures", relève Ziad Khoury, 
directeur de la sécurité d'Euro 2016 SAS.  
    "Le dispositif était déjà dimensionné. Le risque n'est pas 
nouveau. On était déjà à un niveau de sécurité élevé", 
ajoute-t-il, tout en précisant que le tournoi ne fait l'objet 
d'aucune menace particulière. 
     
    MAINTIEN DES 'FAN ZONES' 
    Le risque de nouvelles attaques sanglantes a tout de même 
conduit à une hausse des budgets consacrés à la sécurité depuis 
le mois de novembre. Celui d'Euro 2016 SAS a augmenté d'environ 
15%, à 34 millions d'euros, d'après Jacques Lambert. 
    Les enceintes ne sont pas l'unique sujet d'inquiétude pour 
les organisateurs: il faudra aussi assurer la sécurité des "fan 
zones", des lieux clos installés dans les espaces publics des 
villes hôtes où sont censés se retrouver les amateurs. 
    Les parties prenantes ont décidé, lors d'un comité de 
pilotage exceptionnel réuni onze jours après les attentats de 
novembre, de maintenir ce principe, notamment pour éviter un 
éparpillement de supporteurs dans les villes. 
    Les "fan zones" devraient attirer 7 à 8 millions de 
personnes durant le mois de compétition, selon un chiffre donné 
mercredi par le ministre des Sports Patrick Kanner. Autant 
d'amateurs qui devront se soumettre à des palpations de 
sécurité, en vertu d'une circulaire envoyée fin février par le 
ministère de l'Intérieur aux préfets.      
    Mais "les 'fan zones' ne sont pas une bonne idée", selon 
Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat policier 
SCSI.  
    "On peut facilement surveiller un stade. Les 'fan zones' 
sont certes des lieux clos, mais en milieu ouvert. Elles 
représentent une charge supplémentaire et leur surveillance se 
fera forcément au détriment d'autres missions", poursuit-il. 
    Et à la menace d'attentats s'ajoutent les risquent habituels 
liés à l'organisation de ce genre d'événements sportifs, comme 
la présence en grand nombre de supporteurs parfois remuants 
venus de toute l'Europe. 
    Si aucun incident ne vient gripper le déroulement de la 
compétition, la France pourra la présenter comme un modèle en 
vue des Jeux olympiques de 2024, pour lesquelles la ville de 
Paris est candidate. 
    "Le succès de l'Euro 2016 sera de bon augure pour la 
candidature de Paris 2024", anticipe Nicolas Desforges.  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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