La France restera au Mali jusqu'à sa stabilisation

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LA FRANCE VEILLERA À LA TRANSITION POLITIQUE AU MALI
LA FRANCE VEILLERA À LA TRANSITION POLITIQUE AU MALI

par Bate Felix et Elizabeth Pineau

BAMAKO/DUBAI (Reuters) - La France achèvera son intervention militaire au Mali une fois le pays stabilisé et un processus électoral mis en oeuvre, a déclaré mardi François Hollande, ouvrant la perspective d'une opération coûteuse et prolongée contre les rebelles islamistes.

Au cinquième jour de l'opération annoncée par le président français, Paris a continué à déployer ses forces et poursuivi ses frappes aériennes sur le terrain en attendant le déploiement d'une force ouest-africaine, qui devrait prendre "une bonne semaine", selon le chef de l'Etat.

Les chefs d'état-major des pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) se sont réunis mardi à Bamako pour approuver l'accélération du calendrier requise par l'intervention française.

Cette force ouest-africaine, validée par le Conseil de sécurité de l'Onu le 20 décembre sous le nom de Misma - Mission internationale de soutien au Mali -, ne devait pas être pleinement opérationnelle avant septembre, mais la soudaine progression des rebelles vers la capitale malienne a conduit les pays de la région à hâter leurs préparatifs.

Le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria et la Guinée ont tous promis de contribuer à la Misma. Le colonel Mohammed Yerima, porte-parole du ministère nigérian de la Défense, a déclaré que 190 premiers militaires nigérians seraient déployés au Mali dans les 24 heures.

DIABALI SOUS CONTRÔLE REBELLE

Face à l'urgence, la France intervient depuis vendredi à l'appel des autorités maliennes dans son ancienne colonie pour bloquer la progression des islamistes et bombarder leurs installations dans le nord du Mali, dont les rebelles ont pris le contrôle au printemps 2012 en profitant du vide du pouvoir créé par un coup d'Etat militaire à Bamako.

Soulignant que "la France n'a pas vocation à rester au Mali", François Hollande a ajouté lors d'une visite aux Emirats arabes unis : "Nous avons en revanche un objectif, c'est de faire en sorte que, lorsque nous partirons, il y ait une sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et (qu'il n'y ait) plus de terroristes qui menacent l'intégrité du Mali."

Accompagnant François Hollande à Abou Dhabi, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a déclaré que l'offensive contre les rebelles islamistes pourrait prendre du temps et l'engagement des forces françaises s'étaler sur plusieurs semaines. L'organisation d'élections au Mali, où le président Dioncounda Traoré est chargé de la transition en vertu d'un accord signé en mai, devrait prendre plusieurs mois.

La France a d'ores et déjà déployé quelque 800 militaires sur le sol malien et devrait porter leur nombre à 2.500, selon le ministère de la Défense. Les troupes africaines doivent s'élever à terme à 3.300 hommes.

Les rebelles, que les responsables français qualifient de mobiles, lourdement armés et très déterminés, ont montré leur capacité de riposte en délogeant lundi les forces maliennes de la localité de Diabali, à 350 km au nord de Bamako.

La ville était toujours sous le contrôle des islamistes mardi malgré plusieurs raids aériens, ont rapporté des habitants. Un témoin joint près de Ségou, plus au sud, a dit à Reuters avoir vu une vingtaine de membres des forces spéciales françaises en route vers Diabali.

En outre, la ville de Konna, verrou stratégique sur la route de Mopti et dont la chute avait déclenché l'intervention des forces françaises, n'a toujours pas été reprise par l'armée malienne aux djihadistes, a déclaré à Paris le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Les forces françaises ont également bombardé dimanche des bases arrière de la rébellion dans le Nord, près de Gao et Tombouctou. "Cette nuit, il y a encore eu des frappes qui ont atteint leurs objectifs", a déclaré François Hollande.

A Bamako, la population s'est majoritairement félicitée de l'intervention française, après avoir vu son armée subir une série de revers face aux insurgés.

SOUTIEN LOGISTIQUE

La France, qui a officiellement abandonné son rôle de "gendarme de l'Afrique", insiste sur le soutien international dont bénéficie l'opération "Serval".

Aux Emirats, Laurent Fabius a déclaré que la campagne avait le soutien des pays du Golfe tandis que la Belgique a annoncé l'envoi au Mali de deux avions de transport C130 et de deux hélicoptères médicalisés à la demande de Paris.

Le gouvernement français a également déclaré que les Etats-Unis, le Canada, le Danemark et l'Allemagne avaient promis un appui logistique.

"Il est de notre responsabilité de pourchasser les gens d'Al Qaïda partout où ils se trouvent", a dit le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, à l'entame d'une visite en Europe, tout en excluant l'envoi de troupes sur le terrain.

En privé, des responsables américains redoutent une coordination entre les mouvements djihadistes actifs en Afrique, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique), le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest) et Ansar Dine au Nord-Mali, Boko Haram au Nigeria ou les Chabaab en Somalie.

Les Chabaab, qui ont fait échec ce week-end à une opération de la DGSE pour libérer un otage français, ont lancé un appel au soulèvement des musulmans contre ce qu'ils présentent comme des attaques "chrétiennes" contre l'islam.

"Nos frères au Mali, faites preuve de patience et de tolérance et vous vaincrez. Les avions de chasse ne libèrent jamais une terre", a déclaré un porte-parole de la milice islamiste, Sheikh Ali Mohamud Rage, dans un message audio diffusé sur le site des rebelles.

L'intervention au Mali augmente les risques pour les huit otages français détenus au Sahel et pour les 30.000 expatriés français installés dans les pays voisins.

La France a renforcé son plan Vigipirate au niveau "rouge", sans aller jusqu'à activer le niveau culminant "écarlate" en cas d'attentat imminent. "Ce n'est pas encourager le terrorisme que de combattre le terrorisme", a cependant estimé Laurent Fabius à Abou Dhabi.

Une conférence de donateurs devrait se réunir fin janvier en marge d'un sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba pour financer les efforts africains contre les divers mouvements rebelles islamistes liés à Al Qaïda, a-t-il dit.

"Je ne sais pas quel est le but des Français", s'interroge un responsable militaire américain. "Cela me rappelle notre intervention initiale en Afghanistan."

"Les frappes aériennes, c'est très bien. Mais assez vite, on manque de cibles faciles. Alors qu'est-ce qu'on fait quand ils prennent la direction des montagnes ?"

Selon l'Onu, environ 30.000 Maliens ont fui les récents combats et sont venus grossir les rangs des 200.000 déplacés que comptait déjà leur pays.

Pierre Sérisier, Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Gérard Bon pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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