La France parie sur le "vert" pour sauver sa filière automobile

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LE PLAN AUTOMOBILE N'AIDERA PAS QUE LES CONSTRUCTEURS FRANÇAIS
LE PLAN AUTOMOBILE N'AIDERA PAS QUE LES CONSTRUCTEURS FRANÇAIS

par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le gouvernement mise sur le développement des véhicules "verts" pour assurer la survie de la filière automobile française mais son plan, présenté mercredi, est critiqué faute de s'attaquer à la compétitivité et de bénéficier de moyens suffisants.

Pour aider une industrie en difficulté et menacée par la concurrence internationale, ce plan prévoit comme mesure la plus saillante d'augmenter de 40 à 100% selon les cas les bonus pour les véhicules électriques, hybrides ou thermiques peu polluants.

La stratégie du gouvernement, annoncé le même jour que les pertes financières et le plan de restructuration de Peugeot, se démarque de celle de son prédécesseur de droite, qui a distribué en 2008 et 2009 de généreuses primes à la casse et des milliards d'euros de prêts aux constructeurs français.

Balayant les critiques et les "porteurs de pessimisme", le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a dit avoir pour objectif "la renaissance de l'automobile française".

L'Etat se veut le fer le lance de cet effort et fera en sorte que 25% des véhicules qu'il achètera à l'avenir soient à moteur électrique ou hybride et que tout nouveau véhicule de sa flotte à usage urbain soit électrique.

Le gouvernement promet aussi d'accélérer l'implantation de bornes de recharge des véhicules électriques et s'engage à débloquer des fonds pour favoriser l'innovation dans la filière.

Mais l'option d'une réduction du coût du travail à travers une hausse de la CSG ou de la TVA, souhaitée par certains chefs d'entreprises n'a pas été retenue.

COMPÉTITIVITÉ

Prié par un député de dire pourquoi il n'empruntait pas cette piste, Arnaud Montebourg a estimé à l'Assemblée nationale que le problème n'était pas là, ou en tout cas pas seulement là.

"Tous les constructeurs français, quels qu'ils soient, répètent (...) qu'en vérité le coût du travail concerne 8 à 15% du prix de revient d'une voiture", a-t-il dit.

Or, pour Marc Touati, du cabinet de conseil ACDEFI, "le problème de fond c'est un manque de compétitivité, ce plan ne fera que colmater les brèches".

Un banquier interrogé par Reuters a pour sa part estimé qu'il n'y avait pas d'issue pour le secteur automobile, et plus largement pour l'industrie française, hors une baisse draconienne du coût du travail.

"Concrètement, il faut faire repasser la durée du travail à 40 heures, supprimer une semaine de congés payés et la moitié des jours fériés !" a-t-il dit en exigeant l'anonymat. "C'est le mal français. Je ne suis pas très optimiste."

Ces arguments sur la baisse du coût du travail ont aussi été employés par l'opposition.

"Le gouvernement fait l'impasse sur la compétitivité et l'impasse sur la baisse du coût du travail", a ainsi dit la députée UMP Valérie Pécresse dans les couloirs de l'Assemblée.

URGENCE SOCIALE

Pour Christian Estrosi, ancien ministre de l'industrie de François Fillon, "ce plan automobile n'est qu'une énumération de mesurettes vaguement inspirées du plan mené sous la présidence de Nicolas Sarkozy".

Le même terme est employé par la présidente du Front national, Marine Le Pen, qui ne voit dans ce plan que "des mesurettes et des taxes déjà testées cent fois, qui n'apportent aucune réponse solide sur la durée".

Le plan du gouvernement suscite aussi le scepticisme à la gauche du Parti socialiste et chez les syndicats.

"Le plan ne résout pas nos problèmes", a ainsi dit Tanja Sussest, secrétaire du comité d'entreprise et déléguée du SIA, syndicat majoritaire du site de PSA d'Aulnay-sous-Bois, condamné, lors d'une manifestation devant le siège du premier constructeur français. "Il propose des mesures bidon."

La députée communiste Marie-George Buffet a jugé de son côté que le plan ne faisait pas face à l'urgence sociale et laissait notamment la voie libre à la restructuration de Peugeot.

"C'est un plan très partiel et très sur le long terme et qui ne répond pas à l'urgence des plans sociaux annoncés", a-t-elle dit à Reuters, appelant le gouvernement à légiférer sur les "licenciements boursiers".

Avec Gilles Guillaume, Gérard Bon et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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  • nandfer le mercredi 25 juil 2012 à 18:47

    Il faut choisir : ou bien on parie sur l'énergie électrique , et alors il faut intensifier le nucléaire. De toute façon , les plans sauce hollandaises sont des plan à effet long terme, et ce n'est pas cela qui sauvera la crise. Encore des mots , de l'eau bénite à se noyer dedans..

  • odnaz le mercredi 25 juil 2012 à 17:50

    Un avocat au redéploiement industriel Bravo ... on n'a pas assez de scientifiques ou d'X (sont tous dans la finance ... pas fous). La voiture électrique c'est avant tout une BATTERIE, et laissez-moi rire l'empreinte carbone des énormes batteries prévues pour rouler qq km. Quand on va avoir à gérer des millions de batteries, le charbon va nous paraître écologique !! Bande de nazes qui dirigent, décident de tout, font de la stratégie industrielle sans savoir car sans avoir appris.

  • M2941863 le mercredi 25 juil 2012 à 17:40

    PSA vivra en délocalisant comme son concurrent l'a fait.

  • M2941863 le mercredi 25 juil 2012 à 17:40

    Moi je parie pas sur la france ...

  • M8743521 le mercredi 25 juil 2012 à 17:33

    Ce plan n'est pas plus viable que les précédents. Ce n'est pas en subventionnant l'achat de voitures électriques que l'on résoudra le pb .L'argent donné à l'électrique manquera au thermique ou un autre secteur...qui lui devra licencier à son tour ou pire ne pourra pas se développer par manque de fonds.Politiquement on donne l'impression d'avoir une solution, mais économiquement ce choix est douteux. Il faut réduire le coût du travail avant tout.

  • M3748275 le mercredi 25 juil 2012 à 17:23

    j'aimerai bien qunand meme, ne serai-ce qu'une fois, entendre les arguments de ceux qui soutiennent que les vehicules "vert" on une emprunte carbonne moindre que les meilleurs moteurs thermiques... Les voitures electriques que l'on peut acheter aujourd'hui ne trouvent pas preneurs, et ce n'est pas qu'une question de prix!

  • JJYYBB le mercredi 25 juil 2012 à 17:20

    pourquoi l'état distribue nos impots pour aider des boites privees???va t'il m'en donner si ma boite perd des sous???il faut laisser couler les boites plus rentables d'autres prendront la place

  • G.DESJON le mercredi 25 juil 2012 à 17:12

    les charlots-écolos-socialos-bobos font de la politique...et la France s'enfonce.

  • riboule6 le mercredi 25 juil 2012 à 17:06

    vehicule electriques renault= 25000 euros a l achat + batteries etc ect

  • odnaz le mercredi 25 juil 2012 à 16:57

    Quand les décisions stratégiques en matière d'innovations technologiques sont laissées aux politiques et idéologues de tout poil c'est DANGER IMMINENT. Si Peugeot se lance dans la voiture "verte" pour faire plaisir à des ignorants, Peugeot est mort. Le moteur thermique basse consommation restera encore longtemps LA solution ... sauf dans les centres grandes-villes où de petites électriques peuvent se concevoir. Mettons plutôt le fric massivement dans la recherche (énergie, ogm, etc ..)