La France n'est pas pénalisée par Moody's

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par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - La France n'est pas attaquée par les investisseurs mardi matin après la décision de Moody's d'abaisser sa note souveraine, une initiative largement intégrée par les marchés alors que Standard & Poor's avait retiré dès janvier sa note maximale à la dette française.

Moody's a abaissé lundi soir la note de la dette long terme de la France de "Aaa" à "Aa1", avec maintien d'une perspective négative. L'agence de notation a jugé les perspectives de croissance affaiblies et les perspectives budgétaires incertaines, un diagnostic en partie reconnu par les autorités françaises, qui ont rejeté la faute sur leurs prédécesseurs.

A 9h43, l'indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, qui avait pris près de 3% la veille, cédait 0,43% à 3.424,91 points.

Au même moment, l'indice EuroStoxx 50, qui regroupe les principales valeurs de la zone euro, cédait 0,25%, la Bourse de Francfort perdait 0,1%, Londres 0,24% et Madrid 0,23%.

"La communauté financière attendait ce 'downgrade' depuis deux mois. Il y aura probablement un peu de dégagement sur les taux français à 10 ans à venir, mais pour l'instant rien ne se passe. Même l'euro est stable", observe un vendeur actions en poste à Paris.

Le taux à 10 ans de l'emprunt d'Etat français se négocie à 2,09%, contre 2,08% la veille en clôture, son écart avec le rendement de même maturité du Bund allemand s'élevant à 74 points de base (pdb), contre 72 pdb la veille.

"RÉFORMES"

"Cela va-t-il se traduire par des taux d'intérêt plus élevé ? Je ne suis pas persuadé. La question sera de savoir si cela se traduira par une incitation supplémentaire à mettre en oeuvre des réformes et donner à la France la capacité de créer des emplois de façon efficace à moyen terme", commente Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM.

"Si rien ne bouge, il ne peut être exclu d'avoir des taux d'intérêt un peu plus élevés. L'enjeu est de savoir comment les réformes évoquées par le gouvernement seront discutées puis mises en oeuvre. C'est cet horizon qu'il faut regarder", estime-t-il.

Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse, rappelle de son côté qu'indépendamment de la dégradation de Standard & Poor's le 13 janvier, la France n'a jamais bénéficié de taux d'emprunt aussi faibles.

"Le marché de la dette française est très liquide et reste un placement de référence pour les investisseurs internationaux, notamment dans un univers financier où le 'AA' devient la norme dans les grands pays occidentaux", ajoute-t-il.

Les valeurs bancaires françaises ne sont pas davantage victimes de la décision de Moody's, Crédit agricole lâchant 1,74%, Société générale 1,43% et BNP Paribas 1,39% quand au même instant l'indice regroupant les principales banques de la zone euro s'inscrit en repli de 1,16%.

"Le secteur bancaire français est plus solide qu'il y a un an, il a réduit considérablement sa dépendance au financement de marché, il a amélioré son exposition à certains pays, il a accru ses fonds propres", a déclaré lors d'une conférence de presse le ministre de l'Economie Pierre Moscovici.

"Nos banques, notre secteur financier sont solides, très solides et les réformes que nous entreprendrons renforceront cette solidité", a-t-il assuré.

L'euro perd un peu de terrain face au billet vert, à 1,2801 dollar contre 1,2811 dollar lundi, dans l'attente de la décision de l'Eurogroupe dans la journée sur une aide à la Grèce.

Désormais, parmi les principales agences de notation, seule Fitch attribue encore un triple A à la dette française.

Avec Jean-Baptiste Vey et Blandine Hénault, édité par Dominique Rodriguez

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  • lelis le mardi 20 nov 2012 à 10:35

    Pas pénalisée ? Et les CDS sont en hausse ?!

  • M1335936 le mardi 20 nov 2012 à 10:17

    Aucun des détenteurs de dette française n'a intérêt à déstabiliser le marché en vendant massivement aujourd'hui. Beaucoup y sont tenus par leurs statuts, certains le feront car ils devront mettre en face trop de fonds propres pour que la détention de cette dette soit rentable. Donc bref, il faut s'attendre à une hausse progressive mais pas brutale des taux longs français. Au passage, c'est aussi la fin des prêts immobiliers pas chers.

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