La France maintient ses lignes rouges sur le budget européen

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PARIS MAINTIENT SES LIGNES ROUGES SUR LE BUDGET EUROPÉEN
PARIS MAINTIENT SES LIGNES ROUGES SUR LE BUDGET EUROPÉEN

par Emmanuel Jarry et Mark John

PARIS (Reuters) - A quatre jours d'un bras de fer au sommet sur le budget de l'Union européenne pour la période 2014-2020, la France se dit prête au compromis mais maintient ses lignes rouges, en particulier sur la politique agricole commune (PAC).

Elle demande également une révision des "rabais" accordés à plusieurs pays membres, Grande-Bretagne en tête, a précisé lundi le ministre français des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, dans une interview à Reuters.

Or ce sont là des points, avec l'ampleur des coupes budgétaires proposées par la présidence du Conseil européen, sur lesquels les discussions des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, jeudi et vendredi à Bruxelles, s'annoncent houleuses.

"L'Europe a besoin d'un budget qui prolonge l'ambition de croissance du pacte de 120 milliards d'euros arrêté au Conseil européen de juin", déclare Bernard Cazeneuve. "Nous agirons activement pour que ce compromis soit possible."

"Mais la souplesse que nous voulons introduire dans la discussion ne peut pas se faire au préjudice de notre seul pays", ajoute le ministre français.

La présidence du Conseil européen propose de fixer le budget global de l'UE pour la période 2014-2020 à 973 milliards d'euros, en baisse de quelque 77 milliards par rapport au précédent budget pluriannuel 2007-2013.

Elle suggère ainsi une réduction supplémentaire de 14,5 milliards d'euros du budget de la PAC - dont la France est la première bénéficiaire - par rapport aux propositions de la présidence chypriote de l'UE.

Ce projet de compromis d'Herman Van Rompuy prévoit aussi une réduction supplémentaire de 17 milliards pour les politiques de "cohésion", qui profitent surtout aux pays d'Europe de l'Est.

"Nous considérons que les propositions qui ont été faites concernant la PAC sont inacceptables, comme un certain nombre de coupes sur la cohésion", confirme Bernard Cazeneuve. "Toutes ces politiques font de la croissance."

Il estime par ailleurs que les réductions de contribution accordées à certains pays membres ne "correspondent pas" au principe de recettes "lisibles, transparentes et équitables".

La présidence du Conseil propose de maintenir le "mécanisme de correction" dont la Grande-Bretagne bénéficie depuis 1984 - un rabais annuel aujourd'hui équivalent à 3,6 milliards d'euros.

CONTEXTE DIFFICILE

Allemagne, Pays-Bas et Suède continueraient pour leur part de bénéficier respectivement de réductions forfaitaires de 2,8 milliards, 1,15 milliard et 325 millions d'euros.

"Les rabais doivent être revus", déclare Bernard Cazeneuve, selon qui la France insistera en revanche sur la nécessité de doter le budget communautaire de ressources propres - la taxe sur les transactions financières qu'une dizaine de pays vont mettre en place ou une fiscalité écologique encore à inventer.

Le ministre des Affaires européennes estime que la France a quant à elle déjà fait "beaucoup de concessions".

Le prédécesseur du président François Hollande, Nicolas Sarkozy, "était favorable à des coupes budgétaires excessives, qui plaçaient la France dans une situation proche de celle du Royaume-Uni. Nous n'avons plus cette position", dit-il.

La France souhaite certes que le budget européen soit "raisonnable", de même que sa propre contribution, afin de ne pas mettre en cause ses engagements de réduction des déficits publics, explique le ministre des Affaires européennes.

Mais "les coupes budgétaires ne peuvent pas être le seul objectif de la négociation. Il faut aussi que l'Europe ait un budget qui lui permet de faire de la croissance", ajoute-t-il.

Bernard Cazeneuve refuse de chiffrer les coupes que la France serait prête à envisager.

"C'est dans la dynamique de la négociation que l'équilibre se fera", dit-il. "Des pays qui demandent des coupes de 200 milliards d'euros - c'est la Grande-Bretagne (...) D'autres considèrent qu'il ne faut pas de coupes supplémentaires. A un moment donné, il faudra bien tomber d'accord sur une enveloppe et sur la répartition de cette enveloppe."

Tout en jugeant le contexte "difficile", il refuse à ce stade d'envisager un accord à 26, sans la Grande-Bretagne, si celle-ci maintient ses exigences.

"Nous ne le souhaitons pas, nous agirons pour que cela n'advienne pas", explique-t-il. "En même temps, l'Europe a besoin d'une perspective de budget. Il faudra voir quelle est la situation au soir du sommet."

"C'est à la Grande-Bretagne de se déterminer, de dire si elle souhaite assouplir ses positions ou pas et nous verrons à ce moment-là ce qui peut être construit", ajoute-t-il

Edité par Yves Clarisse

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