La France inquiète pour ses exportations de volaille

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LA FRANCE INQUIÈTE POUR SES EXPORTATIONS DE VOLAILLE
LA FRANCE INQUIÈTE POUR SES EXPORTATIONS DE VOLAILLE

par Gus Trompiz et Pierre-Henri Allain

PARIS/RENNES (Reuters) - La France va demander à l'Union européenne de reconsidérer une réduction de moitié des subventions accordées aux exportations de volaille, a déclaré vendredi à Reuters le ministre délégué chargé de l'agroalimentaire, Guillaume Garot.

Le gouvernement redoute notamment que cette décision, prise avec effet immédiat, soit préjudiciable au groupe volailler Doux, placé en redressement judiciaire après son dépôt de bilan en juin et principal allocataire de ces aides.

La mesure a été publiée vendredi au Journal officiel de la Commission européenne, cette réduction intervenant après l'échec de discussions entre les Etats membres dans ce dossier.

Au total, en prenant en compte une mesure similaire décidée l'an dernier, cela signifie que ces subventions européennes ont été réduites des deux tiers depuis octobre.

Quelque 5.000 emplois directs pourraient être touchés par la baisse de ces subventions, selon la Fédération des industries avicoles (FIA), qui représentent environ 30.000 emplois en France, pour une grande part concentrés en Bretagne.

Ces aides à l'export, qui s'appliquent pour certaines destinations comme le Moyen-Orient, représentent un soutien financier important pour Doux. Elles ont atteint 55 millions d'euros en 2011 pour le groupe, qui ne devrait plus percevoir que 20 millions d'euros environ en 2013, selon un calcul effectué par le syndicat CFDT de l'entreprise.

Tilly-Sabco, l'autre grand groupe volailler français, a pour sa part reçu 19 millions d'euros de ces aides européennes en 2011.

"Comment voulez-vous que des entreprises comme Doux, qui est fragile et sort d'un redressement judiciaire, qu'une entreprise comme Tilly-Sabco puissent s'en sortir ?", a déclaré Guillaume Garot par téléphone.

"Nous allons saisir très rapidement le Commissaire européen (à l'Agriculture)", a-t-il ajouté. "Nous allons plaider pour des aménagements au moins jusqu'en 2015."

Dans une note publiée jeudi annonçant la décision d'adopter une réduction des subventions, la Commission européenne a justifié la nouvelle réglementation par "les prix élevés, les coûts alimentaires stables, le bon niveau de marge des producteurs et la hausse des exportations sans financement".

La Commission a décidé de réduire le montant unitaire des aides à l'export de volaille de 21,70 euros pour 100 kg à 10,85 euros. En octobre, le montant des aides avait déjà été réduit de 32,70 euros à 21,70 euros.

"ON VA NOUS ENTERRER"

Une réunion d'urgence s'est tenue vendredi au ministère de l'Agriculture avec des représentants de Doux et Tilly-Sabco. Dans un communiqué publié à l'issue de la rencontre, le gouvernement a contesté les arguments économiques avancés par Bruxelles.

"Toutes les possibilités d'accompagnement à court terme de la filière pour faire face aux conséquences financières et économiques de cette décision seront explorées aux niveaux français et communautaire", écrit le ministère, qui évoque l'activation du crédit d'impôt compétitivité emploi ou encore l'appui de la Banque publique d'investissement.

L'inquiétude sur l'avenir du groupe Doux est d'autant plus grande que celui-ci doit présenter dans les prochains mois un plan de continuation qui pourrait être mis à mal, les baisses des aides européennes s'ajoutant aux cours élevés des céréales et à l'euro fort défavorable aux entreprises à l'export.

"Nous savions que les aides à l'export n'avaient pas vocation à perdurer mais il fallait au moins nous laisser le temps de restructurer la filière au cours des cinq ans à venir", a réagi Raymond Gouiffès, délégué du syndicat CGT chez Doux.

"C'est une catastrophe. On ne pouvait pas mieux faire pour supprimer des milliers d'emplois et faire de l'ouest de la Bretagne des terres désertiques", a renchéri Jean-Luc Guillard, délégué CFDT du groupe. "Cela concerne aussi bien les salariés des entreprises de transformation que les transporteurs, les éleveurs ou les fournisseurs d'aliments."

"On était déjà sous perfusion, pour le coup on va nous enterrer."

Blandine Hénault pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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