La France incrimine la Turquie pour les djihadistes présumés

le
2

* Une initiative "malencontreuse" de la Turquie, dit Le Drian * Le ministre confirme la panne du système français de contrôle * Les trois hommes seraient actuellement injoignables PARIS, 24 septembre (Reuters) - Le ministre français de la Défense a accusé mercredi les autorités turques d'être à l'origine du "gros cafouillage" provoqué la veille par l'interpellation ratée de trois djihadistes français présumés à leur arrivée en France. En plus de cet imbroglio entre Paris et Ankara, Jean-Yves Le Drian a confirmé que le système de contrôle des passeports était en panne au moment de l'arrivée des trois hommes à Marseille, parmi lesquels figure le beau-frère de Mohamed Merah, le tueur de sept personnes en 2012 à Toulouse et Montauban. La confusion la plus totale a régné mardi sur leur sort avant que le ministère de l'Intérieur, qui avait d'abord annoncé leur arrestation à Orly, confirme qu'il ne les avait pas interpellés, les présumés djihadistes ayant pris un autre vol. Ce pataquès s'explique par le fait que les services de sécurité français n'ont pas été prévenus à temps par les autorités turques d'un changement de destination. Les trois hommes appréhendés en Turquie devaient arriver à Paris mais ont finalement été embarqués dans un appareil pour Marseille. "C'est une mauvaise articulation mais l'initiative des autorités turques de changer d'avion a été malencontreuse", a dit Jean-Yves Le Drian sur France Info, insistant sur l'absence de "bonne collaboration" avec ces dernières. "Ce cafouillage montre qu'il faut renforcer les relations, les méthodes et les actions avec les autorités turques et je suis convaincu que (le ministre de l'Intérieur) Bernard Cazeneuve (...) va prendre les initiatives nécessaires et que les autorités turques seront collaboratives", a-t-il ajouté. Les autorités turques n'étaient pas joignables dans l'immédiat pour commenter ces accusations. PANNE DU SYSTÈME DE CONTRÔLE A leur arrivée à Marseille, les trois hommes soupçonnés d'avoir participé au djihad en Syrie ont passé les contrôles sans encombre et se sont étonnés de repartir libres de l'aéroport, ont rapporté mardi leurs avocats. Interrogé sur le fait que le système de contrôle des passeports ne fonctionnait pas au moment de leur arrivée, le ministre a répondu : "Il y a eu une panne à Marseille, cela je le sais, il y a parfois des pannes a Marseille." Les avocats des trois hommes les disaient mardi prêts à collaborer avec les services français. Mais Pierre Le Bonjour, avocat d'Abdelouahab el Baghdadi, le compagnon de Souad Merah, avec laquelle il est marié religieusement, a déclaré mercredi n'avoir aucune nouvelle de son client, qui fait partie des trois hommes recherchés. "Nous n'avons aucune nouvelle de nos clients, nous ne savons pas où ils sont et ce qu'ils veulent faire", a-t-il dit. "Encore hier, ils ont de leur propre chef formulé la demande de s'expliquer devant les services de police. Ils veulent comprendre pourquoi le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'ils avaient été interpellés et placés en garde à vue alors qu'ils sont arrivés libres à Marseille où personne ne les attendait." Selon l'avocat d'Abdelouahab el Baghdadi, les trois hommes auraient voulu embarquer sur un premier avion au départ d'Istanbul. Celui-ci étant complet, ils auraient pris le suivant et seraient arrivés vers 17h à Marseille. LES DJIHADISTES PRESUMÉS CONDAMNÉS PAR L'EI ? Pierre Le Bonjour explique que les trois hommes voulaient à tout prix quitter la Syrie et l'un d'entre eux, Imad Djebali, a demandé à son avocat, Pierre Dunac, de contacter l'ambassade de France à Ankara pour organiser leur retour en France. Christian Etelin, qui était l'avocat de Mohamed Merah et conseille aujourd'hui sa soeur Souad, a dit mardi avoir été en contact à plusieurs reprises avec le compagnon de Souad, Abdelouahab el Baghdadi, quand celui-ci était détenu en Turquie. C'est en voulant quitter la Syrie que les trois hommes auraient été arrêtés et jugés en tant qu'espions français selon le récit qu'Abdelouahab el Baghdadi a fait à Christian Etelin. "Ils sont persuadés d'avoir été condamnés à mort par l'Etat islamique et c'est pour cette raison qu'ils ont tout fait pour s'échapper et qu'ils se sont livrés à la police turque et ont demandé l'aide et la protection des autorités turques." Me Christian Etelin, qui se dit aussi en contact régulier avec Souad Merah, affirme que celle-ci ne s'est jamais rendue en Syrie et qu'elle serait actuellement en Algérie. "Elle devrait revenir bientôt à Toulouse", a ajouté l'avocat toulousain. Selon les autorités, le nombre de Français impliqués dans les filières djihadistes en Syrie et en Irak est passé de 555 à 932 depuis le 1er janvier. Trente-six d'entre eux ont été tués, 185 combattants ont quitté le théâtre des opérations et 118 sont de retour en France. Quelque 230 personnes auraient des velléités de départ. (Marion Douet, avec Johanne Decorse à Toulouse, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • grinchu1 le mercredi 24 sept 2014 à 12:39

    une fois de plus honte à nos fonctionnaires et à un Etat irresponsable...

  • M6437502 le mercredi 24 sept 2014 à 11:01

    Il ne faut pas oublier que le pouvoir turc est islamiste.Toute leur sympathie va donc aux membres de ce mouvement.Bien sûr le business oblige une certaine souplesse,mais on s'arrange pour que les porteurs de bonnes nouvelles puissent arriver à bon port.