La France face au grand chambardement sur la TVA

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Si la hausse du taux normal devrait avoir un impact limité, celle du taux intermédiaire pourrait être plus douloureuse pour les ménages et les entreprises.

Ce sera le premier grand chambardement de l'année 2014 pour les Français. Dans deux jours, le 1er janvier, la hausse de la TVA votée fin 2012 - et tant redoutée par certains secteurs - deviendra une réalité. Le taux normal passera de 19,6 % à 20 %, et le taux intermédiaire de 7 à 10 %. Quant au taux réduit, qui devait à l'origine descendre à 5 %, il sera maintenu à 5,5 %. Ces mesures doivent apporter plus de 6 milliards d'euros à l'État, dans le but de financer une partie du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) qui allégera le coût du travail des entreprises de 10 milliards l'an prochain. Ce dispositif sera-t-il douloureux pour les ménages? Cela dépend. L'augmentation de 0,4 point du taux de TVA normal devrait avoir un impact «relativement indolore sur les prix, surtout dans un contexte de faible inflation», estime l'économiste Nicolas Bouzou, directeur du cabinet Asterès. «Traditionnellement, les hausses de TVA se traduisent pour moitié par une hausse des prix - soit 0,2 point dans ce cas - et pour une autre moitié par une réduction des marges des entreprises», précise-t-il. L'effet sur les prix pourrait être d'autant plus«neutre» que l'environnement, «où la demande des ménages est très faible», ne devrait pas inciter les marques à trop transférer cette augmentation de taux sur leurs étiquettes, ajoute Philippe Waechter, économiste en chef chez Natixis Asset Management.

Les réactions seront d'ailleurs variables au sein d'un même secteur. Parmi les opérateurs télécoms, Orange va ainsi augmenter ses tarifs de 6 à 20 centimes pour les forfaits fixes et de 9 centimes pour les clients mobiles. Contrairement à Bouygues Telecom ou SFR, qui ne les modifieront pas.

De son côté, la grande distribution ne devrait «pas répercuter la hausse de la TVA de façon uniforme sur l'ensemble des prix: elle connaît les produits dont la demande reste robuste et ceux sur lesquels il faut être plus prudent», poursuit Philippe Waechter. Ce qui n'empêche pas certaines enseignes d'adopter un ton alarmiste: «Dans nos magasins, on va temporiser, on va différer cette hausse, mais au final, vu son importance, c'est le consommateur qui va la payer», fait savoir Michel-Édouard Leclerc, le patron du groupe du même nom.

Effets très différenciés

La progression du taux intermédiaire (restauration, rénovation de logement, hébergement, transports...), beaucoup plus significative (+ 3 points), aura en revanche des conséquences plus spectaculaires. «On peut avoir des effets très différenciés en fonction des types de marchés. Toute la question est de savoir quels arbitrages - entre hausse des prix et ajustement des marges - feront les entreprises», souligne Philippe Waechter. Dans des secteurs déjà fragilisés, comme celui du bâtiment, la hausse de la TVA constitue un véritable choc. Des augmentations de prix risquent en effet de ralentir encore l'activité. Et le secteur aura des difficultés à réduire ses marges. D'où l'éventualité, selon certains économistes, d'une accélération du travail au noir. Le secteur a toutefois obtenu un geste du gouvernement: les travaux induits de rénovation énergétique bénéficieront aussi du taux réduit de 5,5 %.

Difficile par ailleurs de prévoir quelle sera l'attitude des restaurateurs, qui avaient bénéficié début 2009 du taux réduit - dont les consommateurs estiment avoir peu profité -, avant de se voir appliquer le taux intermédiaire en 2012. Mais a priori la profession ne peut pas se permettre de trop gonfler l'addition.

Au-delà de l'augmentation réelle des prix, la question est de savoir quel sera «l'effet psychologique» de la hausse de la TVA sur les consommateurs, s'interroge Nicolas Bouzou, alors que l'atmosphère est déjà à l'exaspération fiscale. Cette mesure «ne participera pas à un éventuel rebond de la consommation», prévient en tout cas Philippe Waechter.

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  • hvin99 le mardi 31 déc 2013 à 18:50

    Les marges des entreprises sont réduites, les charges augmentent, la TVA aussi. Les entreprises ne pourront pas prendre en charge une énième baisse de marge.Même si l'augmentation est faible, les 6 milliard récupérés en plus ne seront pas consommés tout comme les 20 milliards déjà ponctionnés.Plus les impôts s'alourdiront, plus la consommation baissera et donc la croissance.Bref, toujours dans le court terme sans aucune réforme de notre modèle.Mais bon, c'est tellement plus facile