La France et le Maroc scellent leur réconciliation

le , mis à jour à 15:57
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* Rapprochement après un an de brouille diplomatique * 14 accords signés, priorité à la lutte contre le terrorisme * Des ONG s'inquiètent de l'accord de coopération judiciaire par Marine Pennetier PARIS, 28 mai (Reuters) - La France et le Maroc ont scellé jeudi leur réconciliation en renforçant leur partenariat mis à mal par une année de tensions sur fond de poursuites engagées à Paris contre un haut responsable marocain accusé de torture et complicité de torture. Tant inédite qu'inattendue, la brouille diplomatique entre Paris et Rabat a pesé sur la coopération sécuritaire et l'échange d'informations à l'heure où les deux pays sont confrontés à des cas de ressortissants partant rejoindre les rangs de l'Etat islamique en Irak et en Syrie. "Nous avons passé une année de brouille, aujourd'hui elle est dépassée, elle est derrière nous", a déclaré le Premier ministre marocain Abelilah Benkirane, reçu jeudi à Matignon par Manuel Valls. "La France reste le pays privilégié avec lequel on a des relations privilégiées". "C'est une relation à laquelle le Maroc tient énormément mais il voudrait qu'elle aille davantage dans le sens d'un partenariat dans lequel tout le monde trouve son compte quelque part", a-t-il ajouté, accompagné par une douzaine de ministres. Au total, 14 accords ont été signés et une ligne de crédit de 25 millions d'euros visant à renforcer le partenariat franco-marocain en Afrique a notamment été signée. Ces crédits doivent permettre aux PME marocaines souhaitant investir en Afrique d'acquérir du matériel français pour réaliser leurs projets dans le domaine de la sécurité alimentaire, des investissements économiques et de l'Enseignement supérieur, a précisé Manuel Valls. "L'objectif de la France est simple, c'est de rester le partenaire de référence du Maroc dans tous les domaines." TERRORISME ET RADICALISATION La crise entre Paris et Rabat avait éclaté en février 2014 avec la convocation délivrée par un juge français à la résidence de l'ambassadeur du Maroc à Paris visant le chef du renseignement marocain Abdellatif Hammouchi, accusé de "torture" et de "complicité de torture". Après cet incident, Rabat avait suspendu les accords de coopération judiciaire qui n'ont été rétablis qu'en janvier dernier après près d'un an d'interruption. Au-delà de l'impact sur le plan pénal et civil, cet épisode a pesé sur la coopération sécuritaire entre les deux pays à l'heure où plusieurs milliers de Français et de Marocains ont rejoint les rangs de l'Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak. "Le partenariat franco-marocain est plus que jamais un rempart qui conditionne notre sécurité commune", a déclaré Manuel Valls, faisant de la lutte "contre le terrorisme et la radicalisation" la priorité de la relation avec Rabat. Entamé depuis le début de l'année, le rapprochement franco-marocain suscite toutefois l'inquiétude des organisations de défense des droits de l'Homme qui redoutent que le nouvel accord de coopération judiciaire entre les deux pays ne favorise "l'impunité pour les présumés responsables marocains de graves violations des droits humains". Ce texte, signé en janvier et qui doit être approuvé par le parlement, stipule notamment que la France devra informer "immédiatement" le Maroc de toute procédure sur des faits susceptibles d'impliquer un Marocain. VALLS RASSURANT SUR LES DROITS DE L'HOMME Il prévoit aussi "prioritairement" la clôture ou le renvoi vers le Maroc d'affaires relatives à des crimes et délits commis au Maroc par un Marocain, une disposition valable aussi pour les victimes binationales. "Il ne doit pas y avoir d'inquiétudes quand il s'agit d'accord entre deux pays non seulement amis qui ont un partenariat d'exception mais qui ont aussi la même analyse sur ce monde qui change", a déclaré Manuel Valls. "Les dispositions de cet accord s'inscrivent naturellement dans le respect de nos législations, de nos institutions judiciaires, de nos engagements internationaux et donc de nos principes", a-t-il souligné. Sa mise en oeuvre "n'empêchera en aucun cas un juge français de continuer à se saisir ou d'instruire un dossier comme il le souhaite ni un ressortissant français ou marocain de continuer à déposer une plainte à tout moment devant la justice française", a-t-il ajouté. Les associations de défense des droits de l'homme ont reçu le soutien la semaine dernière de la commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) qui a recommandé le rejet du texte par les parlementaires. Le 27 mars dernier, le parquet de Paris a dénoncé à la justice marocaine des faits de torture présumés qui auraient été commis au Maroc à l'encontre de Zakaria Moumni, un Franco-Marocain dit avoir été torturé pendant quatre jours sur ordre d'Abdellatif Hammouchi. (Edité par Yves Clarisse)

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