La France et l'UE pas à la hauteur du défi terroriste-rapport

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    * La commission fait 40 propositions 
    * Pour une agence nationale de l'antiterrorisme 
    * Une meilleure gestion du fichier Schengen recommandée 
    * Faille belge dans le signalement de Salah Abdeslam 
    * Selon Fenech, Abaaoud aurait pu être interpellé 
    * L'opération "Sentinelle" critiquée 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 5 juillet (Reuters) - La France et l'Europe ne sont 
pas "à la hauteur" en matière de lutte contre le djihadisme, 
juge une commission d'enquête parlementaire, qui a proposé mardi 
40 mesures pour pallier notamment les failles du renseignement 
français et européen.  
    Au terme de cinq mois d'enquête, cette commission suggère, 
entre autres mesures, une refonte du renseignement territorial, 
et la création, en France, d'une agence nationale de lutte 
antiterroriste, sur le modèle américain. 
    "Nous ne sommes pas à la hauteur de ceux qui nous agressent 
aujourd'hui", a déclaré Georges Fenech, le président Les 
Républicains de la commission d'enquête, lors d'une conférence 
de presse. "Nous devons élever la barre très haut dans la lutte 
contre le terrorisme international." 
    Si la "cible" du Bataclan aurait difficilement pu être 
anticipée par les services, malgré une menace contre cet 
établissement dès 2009, des auteurs des attentats du 13 novembre 
2015 auraient pu être arrêtés, et leur suivi révèle les carences 
du renseignement français et européen, selon la commission. 
    A la suite de l'échec du suivi de Samy Amimour, l'un des 
assaillants de la salle de concert qui a rejoint la Syrie malgré 
son placement sous contrôle judiciaire (CJ) en France pour un 
départ avorté vers le Yémen, la commission suggère le 
renforcement du CJ en matière terroriste.  
    Elle recommande aussi la création d'une nouvelle direction 
du renseignement territorial, "pour traiter le bas et moyen 
spectre de la radicalisation", et une "accélération" de la mise 
en place d'un véritable bureau du renseignement pénitentiaire.  
     
    FAILLES BELGES 
    Elle propose enfin la mise sur pied d'une agence nationale 
de l'antiterrorisme dépendante du Premier ministre ou du 
président, qui s'appuierait sur une base de données commune à 
tous les services.  
    "Nous voulons une agence (...) qui analyse la menace, et 
mette en place une véritable stratégie opérationnelle de  
contre-terrorisme", a expliqué mardi Georges Fenech.  
    Au niveau européen, les députés préconisent l'amélioration 
du fichier d'information Schengen, dit SIS 2, pour qu'il précise 
la menace terroriste éventuelle de chaque individu. 
    Une proposition qui découle directement du suivi de Salah 
Abdeslam, suspect-clef dont la cavale a duré quatre mois, malgré 
son arrestation dès le lendemain des attentats du 13 novembre.  
    Dans son cas, "le fichier (SIS 2) a été mal alimenté" par 
les Belges, a assuré Georges Fenech.  
    Lors de son interpellation à la frontière franco-belge, au 
matin du 14, son nom apparaît en effet dans la catégorie des 
personnes connues pour des infractions de droit commun, et non 
dans celle liée à la sûreté de l'Etat. Ce n'est qu'une heure et 
demie plus tard que les Belges informent leurs homologues 
français qu'il est aussi connu pour sa radicalisation.  
    La commission d'enquête déplore aussi le manque de 
coopération bilatérale efficace entre certains pays européens.  
     
    "SENTINELLE" EN QUESTION 
    Abdelhamid Abaaoud, soupçonné d'avoir été le chef 
opérationnel des attentats du 13 novembre, aurait pu être 
interpellé si la Grèce, où il avait été localisé en janvier 
2015, n'avait pas été informée au dernier moment par les Belges 
de l'assaut contre la cellule de Verviers, dont il était la tête 
pensante présumée, d'après Georges Fenech. 
    Pour les familles des victimes des attentats du 13 novembre, 
reçues mardi matin par la commission, certaines pistes sont 
intéressantes. "Mais qu'est-ce qu'elles vont devenir?" 
s'interroge toutefois Stéphane Gicquel, secrétaire général de la 
Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents 
collectifs (Fenvac). "Je crains qu'on rentre très vite dans 
l'inertie de la campagne présidentielle et que ces 
préconisations restent lettre morte", ajoute-t-il.  
    Mohammed Zenak, dont la fille de 22 ans a été blessée le 13 
novembre au Comptoir Voltaire, un bar, souligne par ailleurs que 
certaines questions restent en suspens. "On se demandera 
toujours pourquoi les militaires de Sentinelle n'ont pas pu 
intervenir" le 13 novembre, a-t-il dit à Reuters.  
    Ce soir-là, huit soldats se trouvent devant le Bataclan. 
Mais ils ne reçoivent pas d'ordre d'intervenir et refusent de 
donner leurs fusils d'assaut à des policiers qui le demandent, 
un militaire ne pouvant se défaire de son arme, raconte Georges 
Fenech. 
    "À quoi sert la force Sentinelle si elle ne peut pas 
intervenir? Cette question se pose", dit-il.  
    La commission, très critique envers cette opération, 
recommande son retrait progressif, accompagné du recrutement de 
2.000 policiers et gendarmes pour muscler le plan Vigipirate. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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