La France envisage un début de retrait du Mali dès mars

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LES SOLDATS FRANÇAIS COMMENCERONT À SE RETIRER DU MALI EN MARS, DIT LAURENT FABIUS
LES SOLDATS FRANÇAIS COMMENCERONT À SE RETIRER DU MALI EN MARS, DIT LAURENT FABIUS

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - La France envisage d'entamer dès mars prochain le mouvement de retrait de ses forces du Mali, sauf imprévu sur le terrain, quatre semaines après le début de l'opération Serval qui a permis de repousser les djihadistes dans le nord du pays.

François Hollande, qui s'est rendu samedi dernier au Mali pour promettre que les soldats français resteraient "le temps qu'il faudra", l'a confirmé mercredi en conseil des ministres.

"Nous considérons que si les choses se passent bien", le retrait des soldats pourra commencer "dans le courant du mois de mars", a déclaré la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, lors du compte rendu de la réunion.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit mercredi que le contingent français avait atteint son niveau maximum et confirmé un début de retrait "d'ici quelques semaines". Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait parlé mardi d'un retrait possible en mars.

L'opération Serval mobilise aujourd'hui 4.600 soldats français, dont 3.500 sur le sol malien.

Après avoir repris les principales villes du Nord-Mali - Gao, Tombouctou et Kidal - aux groupes islamistes qui en avaient pris le contrôle au printemps 2012, l'armée française doit passer le relais progressivement à une force africaine dans le cadre de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali).

"Aujourd'hui nous avons (...) 4.000 soldats africains (au Mali), ce qui veut dire que le passage progressif de la présence française militaire à la présence militaire africaine pourra se faire relativement rapidement", a estimé Jean-Yves Le Drian.

"A partir de quelques semaines, on pourra commencer à diminuer notre format", a-t-il ajouté sur Europe 1.

Selon une source diplomatique française, le passage de témoin ne se prépare pas seulement avec les troupes africaines.

Une coopération s'est ainsi nouée à Kidal avec les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), près du massif montagneux frontalier de l'Algérie où des djihadistes pourraient détenir des otages français.

"Nous leur donnons des tâches à accomplir et ça marche plutôt bien pour le moment", explique cette source. "Ils ont des combattants et des armes, plus qu'on ne le pensait."

MODUS VIVENDI

Jean-Yves Le Drian avait évoqué mardi soir des "relations fonctionnelles" à Kidal entre les forces françaises et le MNLA, qui avait conquis tout le nord du Mali l'an dernier avant d'être débordé par Al Qaïda et ses alliés islamistes.

Dès lors que le MNLA proclamera son renoncement à la violence et à la sécession et sa volonté de participer à un dialogue interne au Mali, "il sera à la table" des discussions, avait ajouté le ministre de la Défense sur BFM-TV.

La recherche d'un modus vivendi entre les autorités de Bamako et les indépendantistes touareg est une des questions à régler dans les semaines et les mois à venir pour préserver les chances de stabiliser le nord du Mali.

"Le MNLA est extrêmement divers et recouvre différentes réalités sur le terrain. Nous essayons de comprendre qui est qui", souligne un responsable français familier des opérations, selon qui une cellule a été créée au Quai d'Orsay pour évaluer les différentes factions et voir comment traiter avec elles.

Les rebelles du MNLA refusent à ce stade la présence de troupes maliennes à Kidal, leur fief. Une exigence jugée inconcevable à Paris : "Il n'est pas réaliste de penser que l'armée malienne ne sera pas déployée à Kidal. Nous devons trouver une solution", dit-on de source diplomatique française.

En attendant, le MNLA a annoncé mardi être entré à Menaka, une localité du nord-est du Mali, dont il avait été chassé l'an dernier par les djihadistes, à 250 km de Kidal, et a capturé deux personnalités du groupe islamiste Ansar Dine.

"VRAIE GUERRE"

Interrogé sur la relative facilité avec laquelle les forces françaises ont repris le contrôle de la boucle du Niger, entre Gao et Tombouctou, et de Kidal, Jean-Yves le Drian a assuré sur Europe 1 que le conflit au Mali était une "vraie guerre".

"Quand on a repris Gao, il y a eu des combats", a-t-il dit. "Lorsque toutes les nuits en ce moment, y compris la nuit dernière, les forces françaises ciblent et frappent des lieux de centres d'entraînement, de regroupement de pick-up de groupes djihadistes, c'est la guerre."

Il a fait état de "pertes significatives" infligées aux islamistes, après avoir évoqué mardi des "centaines de morts" parmi les groupes djihadistes.

Des accrochages se sont d'ailleurs produits mardi entre les forces franco-maliennes et des groupes djihadistes armés dans la région de Gao au Mali, a-t-il expliqué.

Dans les villes reconquises, les forces maliennes et françaises ont découvert du matériel de guerre, des manuels d'utilisation des armes, des laboratoires artisanaux pour la fabrication de mines.

"On découvre vraiment la préparation d'un vrai sanctuaire terroriste", a souligné Jean-Yves Le Drian, selon qui les groupes djihadistes sont considérablement handicapés par la décision de l'Algérie de fermer ses frontières avec le Mali, ce qui les empêche notamment de se ravitailler en essence.

"Nous sommes en train progressivement de gagner la partie", a-t-il ajouté. "Il faut poursuivre pour que le territoire qu'on appelle l'Adrar des Ifoghas, ces montagnes (...) à la frontière algérienne où se regroupent manifestement les plus durs d'entre eux, puisse être un territoire malien comme les autres".

Avec John Irish et Emmanuel Jarry édité par Yves Clarisse

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