La fragilité économique de l'Egypte éclipse la victoire de Morsi

le
0

par Edmund Blair

LE CAIRE (Reuters) - Le président égyptien Mohamed Morsi n'aura guère le temps de savourer sa victoire annoncée au référendum constitutionnel compte tenu de l'état de l'économie égyptienne et de la nécessaire politique d'austérité qu'il va devoir mettre en oeuvre.

En optant pour une procédure accélérée afin de faire adopter la nouvelle Constitution, le président égyptien, issu des Frères musulmans, a peut-être dissipé toute chance de forger un consensus national sur une hausse de la fiscalité et une baisse des dépenses jugées nécessaires pour réduire le déficit budgétaire.

D'après des estimations encore non officielles émanant de la confrérie islamiste, le "oui" l'a emporté avec une majorité de 64% des suffrages exprimés lors des deux phases du référendum constitutionnel, ces deux derniers samedis.

Mais l'opposition affirme de son côté que le "non" est majoritaire au Caire, la capitale. Et Mohamed Morsi s'est aliéné au passage une grande partie des libéraux, des laïcs, de la gauche et des coptes, hostiles à ce texte constitutionnel qui, disent-ils, impose un carcan religieux à l'Egypte.

Difficile dans ces conditions pour le gouvernement Morsi de bâtir un large soutien aux réformes impopulaires qui seront nécessaires si Le Caire veut obtenir un prêt de 4,8 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros) en négociation avec le Fonds monétaire international (FMI).

Pour Amr Adly, expert des questions économiques et sociales au sein de l'Association égyptienne pour les droits des personnes, les rivaux de Morsi, échaudés par ce qu'ils considèrent comme un passage en force de la Constitution, pourraient tenter de capitaliser sur le mécontentement social plutôt que de contribuer à faire adopter cette politique de rigueur jugée pourtant indispensable.

"Ses adversaires politiques traitent déjà de ces problèmes sur une base très opportuniste. Rien n'indique la fin des violentes de rues ou des très profondes divisions politiques", ajoute-t-il.

DÉFICIT CROISSANT ET HÉMORRAGIE DES RÉSERVES DE CHANGES

Au cours du mois écoulé, l'opposition, jusque-là fracturée et battue à chaque scrutin depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011, a resserré ses liens.

"Ce que Morsi a fait nous a unis", dit Ahmed Saïd, président du Parti des Egyptiens libres et membre influent du Front de salut national, la coalition formée en vue du référendum constitutionnel et qui pourrait présenter un front uni lors des élections législatives à venir.

Tout en reconnaissant que des mesures sont nécessaires pour sortir l'économie égyptienne de la crise, Ahmed Saïd reproche au président Morsi de n'avoir à aucun moment recherché un dialogue politique.

"Qui ne serait pas d'accord avec des réformes économiques ?", dit-il avant d'ajouter: "Nous n'avons pas du tout été consultés sur notre soutien éventuel à ces politiques, nous ne sommes pas certains de ce qui se passe dans ce pays."

Au lendemain du référendum constitutionnel, Morsi va donc devoir composer avec une opposition tentée de marquer des points politiques à chaque annonce d'une hausse de taxes ou d'une coupe budgétaire, à commencer par la baisse des subventions des carburants.

Il en a déjà eu un avant-goût avant le scrutin, lorsqu'il a fait repousser l'entrée en vigueur d'une hausse de taxes sur les biens et services (boissons alcoolisées, cigarettes, permis de conduire, licences d'exploitation de carrières) quelques heures seulement après leur publication au Journal officiel.

L'octroi du prêt du FMI a aussitôt été différé. Le gouvernement égyptien indique aujourd'hui qu'il pourrait être approuvé en janvier.

Naguère prisée des investisseurs sur les marchés émergents, l'Egypte traverse une grave crise économique. Son déficit budgétaire s'est creusé à 11% du PIB sur l'exercice fiscal qui s'est terminé en juin, et est attendu à plus de 10% sur les douze mois suivants.

Dans le même temps, les réserves de changes ont subi une véritable hémorragie, à hauteur de 600 millions de dollars par mois, et sont retombées à 15 milliards, moins de la moitié de ce qu'elles étaient avant la chute de Moubarak.

Avec Shaimaa Fayed et Tamim Elyan; Henri-Pierre André pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux