La forêt, un placement au long cours

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L'investissement n'est pas très rentable, mais la fiscalité reste très incitative. Ce qui fidélise les propriétaires.

Chaque année, environ 100.000 hectares de forêts changent de mains alors que le marché détenu par les propriétaires privés est estimé à quelque 11 millions d'hectares. Ce qui signifie que 1% en moyenne du patrimoine forestier est vendu chaque année. «Les propriétaires sont très peu vendeurs et l'essentiel de l'offre émane des successions», indique Michel de Warren de la Société ­Forestière (groupe Caisse des dépôts). En face, la demande explose depuis quelques années.

Constitution d'un patrimoine, organisation d'une transmission et avantages fiscaux... restent les principaux moteurs des investisseurs. Résultat, les prix ont progressé régulièrement depuis les années 2000, augmentant même de 19,5% entre 2009 et 2011 selon la dernière étude conjointe FNSafer/Société Forestière.

Le marché n'a toutefois pas échappé à la crise. En 2012, l'hectare de forêt s'est replié de 1,5%, se négociant 3930¤ en moyenne, tous massifs confondus, moyenne qui ne reflète que très partiellement l'offre sur le terrain. «On ne trouve plus de grands massifs à ce prix, note Benoît Léchenault, responsable d'Agrifrance (département de BNP Paribas Walt Management), il faut plutôt tabler sur 5000 euros/ha, sachant qu'une belle forêt peut même atteindre 15.000 à 20.000 euros/ha.»

Les meilleurs sols se situent dans le quart nord-est de la France (Jura, Vosges, Ile-de-France...) et dans le quart sud-ouest (Landes). «Ce qui fait la valeur d'une forêt, c'est d'abord sa capacité à produire des bois», lance Michel de Warren.

Il faut aussi s'intéresser à la diversité des essences et à leur maturité. «À une époque, la monoculture, notamment du pin maritime, était à la mode, explique Bruno Cheuvreux, associé et cofondateur de Cheuvreux Notaires. Aujourd'hui, les gestionnaires ont compris qu'une diversité de plantations ­offrait une meilleure résistance aux tempêtes, aux problématiques ­sanitaires et aux incendies.» De la composition de la forêt dépend le revenu tiré des coupes. «Selon sa qualité, un pin se vend de 25 à 45¤/m3, un chêne de 70 et 200¤/m3», précise Bruno Cheuvreux.

Une rentabilité qui peut doubler

Autre élément qui compte: la possibilité de louer la forêt pour la chasse ou la pêche. «Il est possible d'en tirer de 10 à 100¤/ha, voire plus en fonction du gibier existant», note Henri d'Ormesson à la Chambre des experts immobiliers de France. Entre les coupes et le bail de chasse ou de pêche, une forêt rapporte autour de 2% par an, frais d'exploitation déduits.

«Mais, si l'on regarde la valeur d'une forêt et la fiscalité qui y est ­attachée, la rentabilité peut doubler», note Benoît Léchenault. Les coupes n'étant pas régulières, le fisc a prévu un mécanisme qui limite considérablement l'imposition: les revenus sont imposés sur la base d'un forfait calculé à partir du revenu cadastral et qui définit un rendement à l'hectare. Attention: les revenus tirés de la chasse ou de la pêche sont à déclarer dans la catégorie des revenus fonciers.

Mais l'attrait de la forêt est ailleurs. Au plan des revenus, le dispositif Défi-Forêt vous permet à l'achat, sous certaines conditions, de bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu égale à 18% du montant de l'investissement, dans la limite de 5700¤ pour un célibataire ou de 11.400¤ pour un couple. La même réduction s'applique pour les travaux en forêt ou les honoraires de gestion par un expert ou un organisme spécialisé (avec des plafonds différents). Attention: la loi de finances rectificative pour 2013, prévoit de proroger le dispositif qui devait s'éteindre fin 2013 et d'augmenter le taux de la réduction dans certains cas. «Une réduction de 25% serait accordée aux propriétaires qui agrandissent leur forêt de 4 ha au maximum», indique Nicolas Rondeau chez ­Forêt Privée française. La réduction d'impôt se transformerait en crédit d'impôt de 18% avec plafond de 12.500 ¤ pour un couple. Là encore sous conditions.

De vrais atouts pour l'ISF

Les avantages fiscaux de la forêt sont bien connus. En matière d'ISF, l'investisseur ne déclare que 25% de la valeur de la forêt, celle-ci bénéficiant d'une exonération de 75%. Même chose en matière de donation ou de succession. En contrepartie, le bénéficiaire doit s'engager sur 30 ans à pratiquer une gestion durable de la forêt.

La loi de finances rectificative pour 2013, qui a été présentée la semaine dernière, prévoit aussi la création d'un Compte d'investissement forestier et d'assurance (Cifa). Les sommes versées sur un tel compte, issues du produit de la vente des bois, bénéficieront des mêmes avantages fiscaux en matière d'ISF et de droits de mutation. Mais cet avantage sera toutefois conditionné à la souscription d'une assurance forêt contre les risques tempête et incendie.

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