La folie du cachemire fait grimper les prix

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L'engouement pour cette matière luxueuse provoque des tensions sur l'approvisionnement en Chine.

Il n'y aura bientôt plus ­assez de chèvres en Chine pour fournir tout le cachemire nécessaire aux pulls qu'on s'arrache un peu plus chaque hiver de Paris à New York ou Tokyo. Naguère symbole de luxe rare, cette ma­tière confortable s'est démocratisée depuis quelques années. On en trouve à un prix compris entre 50 et 100 euros le pull dans les chaînes d'habillement grand public ou la grande distribution. La rigueur retrouvée des hivers stimule l'engouement.

«Nous allons vendre 300.000 pièces cette année, 30% de plus que l'an dernier, et nous prévoyons encore une croissance de 30% l'an prochain, notamment avec de ­nouvelles collections pour enfants», annonce Michel Roulleau, directeur général adjoint des Galeries Lafayette. L'enseigne se situe au deuxième rang en volume derrière le leader français, le spécialiste Éric Bompard, qui prévoit, lui, de dépasser les 500.000 pulls cette année (pour environ 65 millions d'euros de chiffre d'affaires).

Bompard fut l'un des pionniers de la popularisation du produit. Le cachemire provient à plus de 85% de Mongolie intérieure chinoise. Dans le désert de Gobi, aux variations climatiques extrêmes, une race de chèvres, la Capra hisca, développe un poil long au duvet soyeux. Une fois par an, à la fin du printemps, son ventre et son cou sont peignés et le poil, après avoir été traité à la farine de riz, est vendu aux enchères à Canton. Il y a vingt-cinq ans, ces précieuses biquettes étaient tout au plus 15.000, selon Éric Bompard. On en dénombrerait près de 70 millions aujourd'hui!

 

Quasi-monopole chinois

 

À l'époque, les Chinois se contentaient d'exporter la matière première brute en Écosse et en Italie, où quelques marques expertes tricotaient des pulls vendus au bas mot l'équivalent de 300 euros. La suppression des quotas d'importation d'habillement au milieu des années 1980 permet à une filière industrielle de se constituer en Chine. Éric Bompard s'associe à un partenaire local, Erdos (qui détient 20% de son capital), ce qui lui permet de diviser les prix par trois. Plusieurs groupes chinois s'organisent sur ce modèle vertical, de l'élevage au tissage et au produit fini. «La Chine a développé un quasi-monopole mondial. Cette intégration industrielle a permis de compenser la cherté de la matière première par la faiblesse des coûts de production», explique Philippe Pasquier, directeur du salon spécialisé dans le textile Première Vision.

C'est là-bas que tout le monde s'approvisionne, dans une bataille sans merci pour trouver les bons sous-traitants, aux capacités suffisantes. Car l'essor des ventes entraîne des tensions sur l'offre, comme d'ailleurs pour les autres matières premières. «La demande est de plus en plus forte et les spéculateurs misent sur l'effet de rareté pour faire monter les prix», explique Tancrède de Lalun, directeur des achats mode au Printemps, qui prévoit d'ores et déjà de devoir augmenter ses prix l'an prochain (compris entre 95 et 130 euros le pull actuellement).

«Cette année, nous n'avons pas encore eu de problème, mais la demande explose et nous avons déjà dû acheter à l'avance la tonte du printemps prochain», confie Michel Roulleau, des Galeries Lafayette. Tous les spécialistes évoquent une hausse des cours de la matière d'au moins 15% en 2011, qui sera en ­partie répercutée dans les tarifs ­publics.

Une démarche délicate alors que les consommateurs avaient été ­habitués ces derniers temps à les voir baisser. Certaines enseignes n'hésitent pas à vendre le cache­mire sans marge comme produit d'appel. Les Galeries ont fait un tabac cet automne avec une promotion à 39,90 euros. «C'est malsain», estime Éric Bompard, qui prévient: «Il faut savoir qu'il existe des dizaines de qualités de cachemire, entre lesquelles il peut y avoir autant d'écart qu'entre un gevrey-chambertin et un vin de table.»

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